missLe concours de beauté féminine Miss Burkina 2018 a connu son épilogue le 27 juillet dernier. À l’issue des différentes épreuves, c’est mademoiselle Sinthia Sankara qui a ravi la couronne face à ses concurrentes. Si certains ont loué l’initiative des organisateurs, d’autres, en revanche, n’ont pas manqué de fustiger le concours.

 

« Scolarisation de la jeune fille au Burkina Faso », c’est sous ce thème que s’est tenu Miss Burkina 2018. Au terme des délibérations du jury, c’est à mademoiselle Sinthia Sankara qu’est échue la couronne. Pour atteindre la plus haute marche du podium, elle a, tout comme ses concurrentes, défilé en tenue traditionnelle, puis en tenue de soirée. Après, elle s’est mesurée à l’exercice oral sur le thème de la scolarisation de la jeune fille, et enfin, miss Sankara s’est soumise au passage en tenue olympique. La Miss est repartie avec plus de 13 millions de francs CFA et de nombreux lots.

Le concours, qui était censé être un événement glamour pour le Burkina, s’est transformé par la suite en sujet de polémiques. Comme s’il était dans le secret des dieux, le représentant de Telecel Faso, partenaire de l’événement, avait invité les convives et téléspectateurs à « faire la fête ». Pour lui, il n’y a pas de place pour les polémiques. 
A l’en croire, « le comité d’organisation a voulu magnifier, par ce concours, la beauté et l’intelligence de la femme burkinabè ». Peine perdue donc, puisque, depuis près de deux semaines, les réseaux sociaux et autres lieux de rencontres sont animés de débats sur l’opportunité ou non de l’événement.

Mais à voir de plus près, le débat se focalise sur le défilé en tenue olympique. La tenue est jugée indécente par des internautes. Un de nos confrères s’est jeté dans le débat. Il a écrit un article sur l’événement dont le titre était : « Tenue de bain ou exhibition ? ». Pour lui, la tenue ne cachait pas toutes les parties intimes des filles. Il se demande donc s’il convient que l’ambassadrice de la beauté physique et intellectuelle du Faso défile ainsi habillée.

Même son de cloche chez certains internautes. Beaucoup n’ont pas manqué de crier leur indignation. L’un d’eux, paraphrasant un comédien de la série à succès « Trois hommes, un village », a écrit qu’il a assisté à « un étalage de la chair fraîche ». L’activiste Madi de Gounghin a, quant à lui, qualifié le défilé de « cinéma ». Un utilisateur du réseau social Facebook se demande si exposer « la nudité de la femme n’est pas une entrave à ses droits les plus élémentaires ».

Plus loin, certains condamnent le silence coupable du ministère de la Promotion de la femme et de certains(es) féministes. Ils disent ne pas comprendre qu’on ait interdit le concours « Miss Bim-Bim » de l’artiste Agozo et la soirée « Guerre des fesses » d’une discothèque de la place, pour se taire devant le « défilé presque nu » de Miss Burkina.

Ils sont nombreux aussi, ceux qui ont pointé du doigt le coût de l’événement. Ils estiment que « si c’est pour des activités pareilles, les sponsors se bousculent ». Pourtant, « des gens meurent de faim, de soif, de maladie ». Ils citent aussi de meilleurs élèves aux examens de fin d’année qui n’ont rien reçu comme récompense, alors que « Sinthia Sankara n’a fait que montrer son corps » pour répartir avec 13 millions de francs CFA.

Bref, les critiques sont nombreuses, mais il faut souligner que Miss Burkina n’a pas que des pourfendeurs.

En effet, les inconditionnels de l’événement trouvent que c’est « un cadre pour magnifier la beauté physique et intellectuelle de la femme burkinabè ». L’éducation comme thème du concours est également salué, ainsi que les nombreux prix décernés aux cinq meilleures filles au CEP ainsi qu’aux trois meilleures au BEPC et au Bac. 
Un internaute est même allé jusqu’à dire : « Quand ce sont des blanches qui défilent, chacun est couché sur son canapé et ne parle pas. Mais quand ce sont nos sœurs, tout un chacun trouve un mot à dire. Les concours de miss se font partout dans le monde. Pourquoi nos sœurs en feront exception ? ».

Cependant, la majorité appelle à une réflexion pour une appropriation du concept « Miss », en fonction de nos réalités socio-économiques et culturelles, d’autant plus que le défilé en tenue olympique n’est pas obligatoire. La preuve, Miss America n’est plus élue sur la base de critères physiques. Fini donc le défilé en maillot de bain. Le comité d’organisation de Miss Burkina pourrait peut-être s’en inspirer…

Dimitri OUEDRAOGO
Fabougue SOUGUE (stagiaire)
Lefaso.net