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Réalisateur télé, féru de culture, Michel Bossofa Somé fait partie de ces rares monuments du petit écran au pays des hommes intègres. Aujourd’hui formateur-consultant, il a cependant marqué de son empreinte indélébile l’univers musical, télévisuel et cinématographique burkinabè. Découverte.

Physique de sportif, éternel jovial, l’homme semble à première vue plus proche  de l’artiste musicien que du spécialiste de l’audiovisuel. Michel Bossofa Somé, 64 ans, est en effet réalisateur concepteur-producteur Télé/Cinéma.

De retour à Ouagadougou après le Hesbjerg Peace Research College  à Odense (Danemark) et l’obtention d’une licence ès sciences et techniques de l’audiovisuel « option création » à l’Institut Africain d’Education Cinématographique de Ouagadougou (1982), c’est le 17 janvier 1983, quelques mois avant l’avènement de la Révolution d’Août, qu’il intègre la Télévision Nationale, ‘’Volta Vision’’ à l’époque.

Son goût avéré pour la culture et la musique en particulier, pousse les responsables d’alors de la chaine nationale et surtout feu le président Thomas Sankara à lui confier la réalisation de documentaires, d’émissions  culturelles et de clips vidéo.

«C’est sous les directives de Sankara que j’ai créé «Reemdoogo», une émission de musique moderne nationale et africaine. C’est la seule émission qui porte aujourd’hui un nom tiré de l’une de nos langues nationales», soutient-t-il fièrement.

Débute alors une longue collaboration entre Michel et le leader de la Révolution burkinabè. Il se voit ainsi confié la réalisation de reportages  et d’émissions de propagande pour l’ensemble musical moderne dénommé «Les Petits Chanteurs aux poings levés», et «Les Colombes de la Révolution». «J’ai eu la chance d’avoir grandi avec lui à Gaoua où il a passé son enfance. Nous étions vraiment très liés.  Je fréquentais également la famille Sankara. De plus, la musique était notre passion commune», se souvient-il un brin nostalgique. Qu’à cela ne tienne, la flamme du 4e art n’a jamais quitté Mister «Reemdoogo». Il se donne alors corps et âme dans la production et la réalisation d’une pléiade de clips vidéo pour de grands noms de la musique burkinabè (Tidiane Coulibaly, Maurice Simporé, Jumas Sandwidi, Nick Dombi, Ouango Roger, Joseph Salambéré dit Salambo, Cissé Abdoulaye, etc.).

Tout comme la plupart des chanteurs de la nouvelle génération, de nombreux animateurs s’abreuvent également aux sources des «Ecuries de Bossofa». «J’ai travaillé avec beaucoup de grands noms du showbiz, tels Mascotte, Jah Press, Big Ben, El Tafa Siboné, Cheick Dave, etc. Ils ont travaillé d’abord avec moi. Si ce n’est pas exact, ils peuvent le démentir», assure-t-il, étouffant un sourire.

 « JE SUIS TRÈS CONSIDÉRÉ« 

Les relations entre l’homme et les artistes musiciens burkinabè ont quelques fois connu des hauts et des bas. La plus emblématique de ces difficultés est sans doute la «bagarre» avec la défunte chanteuse, Djata Ilébou. «Des gens ont voulu le faire croire. Une chose est sûre. Djata m’a demandé pardon pour m’avoir manqué de respect», affirme-t-il.

L’homme de télé a également la  réputation d’être d’un tempérament «bouillant». «La médiocrité est à mes yeux le pire des défauts. Je ne jetterai jamais des fleurs à quelqu’un qui ne le mérite pas. Cela n’engage donc que ceux qui l’affirment. Sinon,  la grande majorité des artistes musiciens burkinabè vous  diront du bien de moi», se défend Michel «l’intègre».


« J’ai créé l’émission Reemdoogo sous les directives du président Thomas Sankara »

Auteur- compositeur musicien, Michel Bossofa Somé a bercé, sur les ondes de Radio Volta (actuelle Radio Burkina, ndlr), des milliers de voltaïques. C’était, se remémore-t-il, entre 1972 et 1977. Mais, il se refuse, cependant, à entamer une «seconde carrière». Déçu, dit-il, de la prégnance des technologies de l’information et de la communication, notamment le numérique sur la véritable composition musicale. «On n’a pas besoin, aujourd’hui, d’être un chanteur professionnel pour être une grande vedette. N’importe qui peut chanter grâce aux possibilités électroniques et techniques que possède l’ordinateur», s’indigne-t-il.

Admis à la retraite depuis 2013, Michel Bossofa Somé projette donc, dans un proche avenir, la construction au sud-ouest du Burkina, d’un centre sous régional de formation et de métier dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel, du showbiz, du théâtre et de la musique. En attendant, il se dit «fier» de tout le travail qu’il a «accompli» durant sa riche carrière. Quelle récompense en avez-vous tirée ? «Je suis très respecté. Partout où je me rends, les portes me sont toujours grandement ouvertes. Comme quoi, l’argent ne règle pas tout», estime le réalisateur qui dit être fier, par ailleurs, d’avoir côtoyé des sommités de la musique africaine (Fela, Alpha Blondy, Rochereau, Francis Bebey, etc.).

Aubin W. NANA

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