koudougou1A Koudougou, des élèves mécontents parce que leurs professeurs ont déserté les classes du fait de grève, ont manifesté et mis en berne le drapeau national. A Boussé, pour les mêmes raisons, des élèves ont eux aussi violemment manifesté et barré la route à un convoi militaire qui se rendait au Nord dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Une «balle perdue» suite à un tir de sommation a blessé l’un d’eux. Des comportements que beaucoup de Burkinabè ont condamné en oubliant de se condamner eux-mêmes.

Car en vérité, les enfants nous renvoient l’image que nous leur donnions depuis quelques années. Si les élèves ne respectent plus le drapeau national, c’est parce que par notre propre comportement, nous leur avons appris qu’on peut ne pas respecter le drapeau national et il n’y a rien! Que n’avons-nous pas vu pendant l’insurrection populaireen 2014 et même bien avant? Les enfants ne sont pas violents, c’est nous qui sommes violents et qui leur avons transmis cette violence.

De grandes personnes ont arboré fièrement les couleurs nationales, des écharpes de députés qu’ils leur ont arrachées, brûlé l’Assemblée nationale, des véhicules, des habitations privées. Les images ont été fièrement publiées partout. On veut même faire du bâtiment de l’Assemblée nationale un musée, comme si le fait de l’avoir brûlée est un acte de bravoure. De grandes personnes ont publiquement dit que ce sont elles qui ont été les premières à mettre le feu. Et on a applaudi. De grandes personnes ont dit que ce sont elles qui ont organisé, planifié et réussi l’insurrection populaire et que ce sont dans leurs rangs qu’il y a eu plus de morts. Et on a encore applaudi! Les enfants reproduisent bien, et parfois mieux, ce qu’ils voient par devers les adultes. D’ailleurs, c’est le souhait de tout parent de voir son enfant faire mieux que lui (sic).

Nos enfants ont donc bien appris la leçon en faisant pire que nous. Ils ont coupé des fouets et chicoté correctement leurs enseignants, et brûlé le drapeau. On leur a fait quoi? Ils ont chicoté des parents d’élèves. On leur a fait quoi? Ils ont demandé et obtenu dans certains établissements, qu’on démette des censeurs ou des proviseurs de leurs postes parce qu’ils sont méchants. Que leur a-t-on fait?

Malheureusement, les actions qui sont posées pour mettre fin ou freiner ces comportements sont en même annihilées par nos propres comportements. Autrement dit, l’éducation civique pouvait servir à trouver solutions à ces questions. Mais, à la seule condition que cette éducation soit accompagnée par les bonnes pratiques des grandes personnes sur le terrain. Tant qu’on n’y arrivera pas, en nous remettant véritablement en cause, ce sera peine perdue. Les hommes politiques ont investi les établissements et les universités pour y faire de la politique et «se régler les comptes». Au détriment de l’éducation et de la formation de nos enfants. Certains enseignants enseignent plus la politique aux enfants que les cours pour lesquels ils sont payés. Ne soyons pas surpris. A moins…

Dabaoué Audrianne KANI

L’Express du Faso

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