Le 22 août 2018, lors de l’audience que le président de l’Assemblée nationale Alassane Bala Sakandé, a accordée à Allen Greenberg, le président de la Fondation Susan Bufett, le ministre de la Santé, Pr Nicolas Meda, avait tenu des propos qui avaient fait couler beaucoup d’encre et de salive. En effet, il avait évoque l’idée «d’adapter l’arsenal juridique pour permettre aux femmes et aux jeunes filles en détresse d’avoir accès à une interruption sécurisée de leur grossesse».

Bien de Burkinabè et surtout les confessions religieuses ont ipso facto mis en garde les autorités burkinabè contre toute idée tendant à la légalisation de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) au Burkina.

La polémique née de la déclaration du ministre Meda montre clairement que les Burkinabè sont opposés à l’avortement de la même manière qu’ils sont contre l’homosexualité. Pour la plupart, la libéralisation de l’avortement banalisera la vie sexuelle et la fornication déjà inquiétantes surtout en milieu jeune.


Une femme a peut-être le droit de faire ce qu’elle veut de son propre corps, mais certainement pas du corps de quelqu’un d’autre, celui de l’enfant à naître

En d’autres lieux et en d’autres temps, l’avortement assurait ou pas la voix électorale. En termes plus clairs, aux États-Unis d’Amérique, autoriser ou ne pas autoriser s’analysait en termes de sièges au Congrès ou à la Maison-Blanche. Ce fut un argument électoral. Bien avant la politique, la religion s’y est longtemps mêlée et protège jusqu’à nos jours la mère et l’enfant à naître.

Au Burkina le problème commence à se poser avec acuité dans la cadre des droits de la femme. Il y a de plus en plus de bruits sur la question. Car les chiffres sur l’avortement commencent à parler. A titre d’exemple, selon une étude réalisée par l’Institut supérieur en sciences de la population (ISSP) de l’Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo et l’institut Guttmacher et publiée en 2014, le taux d’avortement provoqué clandestinement au Burkina tourne autour de 25 pour 1000 par an. Au niveau urbain, il est de 34 pour 1000 et à 22 pour 1000 en milieu rural. Derrière ces chiffres il faut y voir les grossesses non désirées, la peur de la stigmatisation sociale, …

Il faut souligner qu’au Burkina, l’avortement est légalement autorisé, notamment dans les cas de viol et d’inceste. L’article 387 du code pénal dispose en effet que «en cas de viol ou d’inceste établis, la matérialité de la détresse est établie par le ministère public et la femme enceinte peut demander à un médecin dans les dix premières semaines l’interruption de sa grossesse».

En dehors de ce que prévoit la loi, l’avortement est interdit et sa provocation est sévèrement punie.

Certes, le nombre de plus en plus croissant d’avortements clandestins incite certaines personnes à réclamer sa libéralisation car pour elles, la clandestinité est la « petite fille » de la censure. Mais, de manière générale, les Burkinabè refusent qu’on légalise l’avortement au risque de banaliser la vie sexuelle déjà si durement éprouvée.

Il est vrai que les gens parlent de l’avortement comme le «choix d’une femme». Le problème c’est que ce choix est en conflit direct avec le droit de vivre de l’enfant à naître. Une femme a peut-être le droit de faire ce qu’elle veut de son propre corps, mais certainement pas du corps de quelqu’un d’autre. Or, dès la conception, un nouvel être est créé, et cela est confirmé par la science.

Les promoteurs de l’avortement veulent faire croire aux femmes que leur enfant n’est rien d’autre qu’un amas de cellules. Pourtant, des recherches scientifiques démontrent qu’avant le 25e jour, le cœur de l’enfant commence à battre. Au 30e jour, il a déjà son propre réseau sanguin, ses yeux, ses oreilles, et sa bouche. À la sixième semaine, on perçoit de l’activité dans son cerveau. Le bébé bouge et nage dans le ventre de sa mère à la septième semaine. À la huitième semaine, tous les organes sont déjà en place… le développement progresse, et à la onzième semaine, le bébé peut saisir des objets dans ses mains. Il approche la complétude au premier trimestre.

Cela signifie qu’on ne peut pas définir l’être humain d’un point de vue arbitraire. L’enfant n’est pas qu’un objet de nos désirs (ou de nos refus). Il est un être humain qui mérite respect et dignité.

Chaque action ayant des conséquences, il est important de respecter le fait que l’acte sexuel, en lui-même, entraîne la possibilité de la «création» d’un nouvel être humain. Pour ce faire, la jeune fille qui ne se sent pas prête à avoir un enfant, ferait mieux de ne pas s’engager dans une relation sexuelle.

Par ailleurs, si l’avortement illégal est horrible, l’avortement légal ne l’est pas moins. Ce n’est pas parce qu’on légalise l’avortement que les conséquences sont moins sérieuses. Que l’avortement soit légal ou pas, le résultat final reste le même: le meurtre d’un enfant innocent. De plus, l’avortement amplifie et permet de masquer une mentalité tordue des relations sexuelles et de l’enfantement. Pour protéger les femmes, il faut apprendre la dignité et le respect.

Au Burkina, si l’on promeut l’IVG sans tenir compte de son contexte particulier, il y a de forte chance que les jeunes filles la considèrent comme une contraception. Ce qu’elles ont fait de la pilule du lendemain (devenue comme du paracétamol ingurgité régulièrement dans une foultitude de relations sexuelles dites à risque, pourtant bien préméditées) en dit long sur la perversion et la dépravation des mœurs. La prudence des Burkinabè est donc une sorte de protection de la morale qui ne cesse d’agoniser au Faso.

Théophile MONE

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