iaAvec l’IA, la gestion de la paie ou des factures des entreprises sont de plus en plus automatisées. Comptables et experts-comptables vont être amenés à faire évoluer leurs professions.

Gérer la paie ou les factures d’une grande entreprise est une tâche contraignante et… périlleuse. Une seule erreur peut coûter cher à l’échelle d’un groupe. Pour automatiser ce travail, il existe des solutions basées sur l’intelligence artificielle. Il suffit alors de scanner les factures de fournisseurs, par exemple, pour qu’elles soient automatiquement traitées par l’IA et inscrites ensuite dans les livres comptables. Un gain de temps, et donc d’argent.

Parmi ces outils, citons Conciliator Expert. Lancé en octobre dernier par Dhatim, l’outil est destiné aux experts-comptables. Ce logiciel permet de « supprimer la séquence de saisie » par l’humain lors du contrôle des factures, selon Philippe Remaud, directeur général du groupe d’expertise comptable Cogedis, utilisateur de cette solution. Il évoque un gain de 30% en termes de productivité. Et évidemment, le risque d’erreur est moins élevé qu’avec un humain : « la machine est moins hétérogène que l’humain et ses performances sont donc plus élevées ». « Avec Conciliator expert, on a masqué la complexité, il n’y a pas besoin d’être data scientist pour l’utiliser », promet Thomas Bourgeois, CEO de Dhatim.


Portail collaboratif de Cegid © Cegid

Les grands éditeurs de logiciels de gestion investissent aussi ce créneau. Cegid a développé un portail de gestion collaborative utilisant l’IA, également destiné aux experts-comptables. Ce portail peut notamment gérer la paie ou les factures des clients des cabinets. « Avant, l’humain devait indiquer au logiciel ‘Je vais scanner tel document’. Désormais, l’IA peut les classer seule », détaille Sylvain Moussé, CTO de Cegid. L’outil peut également « détecter une facture non reçue ou trop élevée ». Cegid a aussi racheté en septembre dernier Loop, une solution comptable qui utilise l’intelligence artificielle.

Mais si les experts-comptables utilisent l’IA, peut-elle les remplacer ? « La machine ne va pas remplacer l’humain », répond François Méro, directeur de la business unit experts-comptables de Cegid. Pour lui, un métier qui évolue n’est pas un métier qui disparaît. « On va plus vers le modèle des agences de voyages », explique-t-il. Les agences physiques sont certes concurrencées par les sites Internet « mais on voyage toujours autant ». En effet, l’apparition d’une technologie ne fait pas disparaître les besoins des clients. Si les tâches de saisie sont confiées à une IA, les cabinets auront plus de temps pour « le conseil et la relation client », souligne François Méro. « Il ne s’agit pas de faire la même chose avec moins de monde mais plus de choses avec les mêmes effectifs », conclut-il.

« Le cabinet d’aujourd’hui ne sera pas le cabinet de demain »

L’enjeu est donc la mutation de l’expertise-comptable. « La profession est consciente qu’elle va devoir s’adapter », estime Sanaa Moussaid, présidente du comité transition numérique du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables. Il n’est donc pas question de s’opposer à ces technologies mais plutôt de s’y adapter. « On sait que ces outils existent, on ne va pas leur faire la guerre », constate-t-elle. Résultat, la profession n’a pas d’autres choix que d’évoluer : « Avec l’arrivée du numérique, on doit développer de nouvelles compétences ». L’expert-comptable pourra, entre autres, « accompagner les clients dans le choix d’une solution automatisée ». « Il va devenir un expert-comptable augmenté », prédit Sanaa Moussaid.

Si les libraires font la guerre à Amazon, experts-comptables et concepteurs d’IA comptables travaillent main dans la main. Thomas Bourgeois, CEO de Dhatim, était au dernier congrès des experts-comptables en octobre : « L’IA est clairement un sujet qui les interpelle ». François Méro de Cegid, présent lui aussi au congrès, affiche également de bonnes relations avec le secteur : « Si la profession est préoccupée par ce challenge, elle est rassurée par nos investissements« .

Une question reste cependant en suspens : quid des petites mains, des aides-comptables qui étaient justement chargés de ce travail de saisie ? « C’est évident que leur métier est menacé », admet Philippe Remaud. « Notre enjeu, c’est de les faire monter en puissance », affirme Sanaa Moussaid. Mais l’usage de l’IA peut aussi créer des emplois au sein des cabinets, selon l’experte-comptable : « Il n’y aura plus uniquement des personnes de formation comptable mais aussi des ingénieurs, des data scientists, des data analysts. Le cabinet d’aujourd’hui ne sera pas le cabinet de demain ».