senegalMehsen Fenaiche est le seul Sénégalais mort dans l’attentat de Ouagadougou, qui a fait 18 morts. Ses bourreaux lui ont ôté la vie et ses rêves.

L’attentat de Ouagadougou, au Burkina Faso, a fait 18 morts dont un Sénégalais. Il s’agit de Mehsen Fenaiche, 32 ans, d’origine libanaise, qui a perdu la vie en même temps que son épouse, Tammy, une Canadienne enceinte de 5 mois d’un enfant qui devait, fille ou garçon, s’appeler Ryan.

Mehsen est le quatrième garçon des Fenaiche, une fratrie de cinq dont une jeune dame, Karina. La famille vit au 93 de l’avenue Blaise Diagne, aux abords du centre-ville, avec leur père. Leur mère, décédée l’année dernière, est inhumée au cimetière de Yoff.

Mehsen s’était expatrié au Burkina Faso, il y a six ans, après quelques expériences professionnelles au Sénégal et une formation au Niger. Il tenait un magasin d’ameublement à Ouagadougou, la capitale burkinabè.

D’après les membres de sa famille, le seul Sénégalais victime de l’attentat de Burkina Faso aimait ce pays et voulait y fonder une famille. Il y a 8 mois, il épouse Tammy Chen, une Canadienne qui travaille dans un organisme international. Qui avait embrassé la religion musulmane et était sur le point de donner naissance au premier enfant du couple.

La folie de Jihadistes sans foi ni loi s’y est opposée. Pis, confie les Fenaiche, Mehsen et Tammy ne reposeront pas côte à côte. La famille de cette dernière souhaite inhumer leur fille au Canada. Celle de son époux a choisi de s’incliner respectueusement. 

Mehsen, un dur à cuire

Présentement, les Fenaiche attendent le rapatriement du corps de leur frère. Leur père est à Ouagadougou depuis mardi, lendemain de l’attaque, pour s’occuper des formalités. Avec l’aide de Libanais et de Burkinabé.

« Il n’a pas encore vu la dépouille, mais on lui a présenté le rapport d’autopsie et quelques photos, informe Naïm, l’aîné de la fratrie qui, le premier, a appris la mauvaise nouvelle. Il nous a dit une chose qui a confirmé notre appréhension. Mon père nous a dit que toutes les victimes de l’attentat avaient le visage intact, hormis Mehsen qui présentait des tuméfactions et des hématomes. Preuve qu’il s’est bagarré comme on s’y attendait. »

En effet Nader, un des frères Fenaiche, connaît le tempérament de Mehsen. Il sait que même face à des individus armés, il n’est pas du genre à courber l’échine. Surtout, certainement, s’il a une épouse et un futur bébé à défendre. « Donc, on s’est dit que s’il était dans ce restaurant, au moment de l’attaque, il n’y a aucune chance qu’il en réchappe. »

Au mauvais endroit, au mauvais moment

Mehsen était présent dans ce restaurant le soir de l’attaque. Naïm est informé par son frère, Nader. Ce dernier a appris la nouvelle de leur sœur, Karina, qui vit au Congo et qui raconte que, le jour du drame, sa belle-sœur a mis prématurément un terme à leur conversation téléphonique pour une sortie avec son époux au restaurant Istanbul de Ouagadougou, le lieu du crime.

Après des heures d’attente, dans le flou, la nouvelle tombe : l’époux de Karina apprend d’un collègue de son beau-frère établi dans la capitale burkinabé et qui avait été mobilisé pour les recherches dans les hôpitaux et morgues, que Mehsen fait partie des victimes de l’attentat. Il épargne son épouse et informe son beau-frère, Naïm, à Dakar. 

« Je me suis enfermé dans un bureau et j’ai pleuré pendant une vingtaine de minutes, souffle l’aîné des Fenaiche. Puis, j’ai appelé ma femme. Elle n’a pas réagi à la nouvelle. »

Le père est informé. En bon chef, il se montre fort. Les larmes, c’est pour plus tard. Il faut s’occuper des formalités pour le rapatriement de la dépouille de son enfant. Karina prend un vol pour Dakar. Naïm prend le relais du pater pour consoler ses frères et sa sœur. Et gérer le défilé des amis, proches et parents, qui affluent pour prêter leur épaule.

Naïm avait joué le film de la mort de son frère

En même temps, les souvenirs affluent. Naïm repense à son frère. Un mec courageux, qui ne recule devant rien. Un mec généreux aussi. Qui lui a offert un jour 10 millions de francs Cfa « pour l’éducation des enfants », alors qu’il n’avait rien demandé. Un mec qui savait profiter de la vie et chambrer son frère : « Il m’a dit (une fois) d’arrêter de thésauriser et de vivre », se rappelle Naïm. 

Mais l’aîné des Fenaiche ne peut manquer de repasser le film d’une blague qu’il avait faite à son épouse le jour de l’attentat de Ouaga. Le couple était attablé dans un restaurant dakarois. « Vers 21 h 45, il y a eu une coupure de courant, rembobine Naïm. Ma femme s’est étonnée et en voulant lui faire peur, je lui ai dit que lorsque le courant serait remis, il y aurait des terroristes avec des mitrailleuses prêts à nous abattre. On en a rigolé en cherchant des cachettes dans le resto. »  

Au même moment, à Ouaga, la réalité était en train de rattraper la fiction. Naïm représentait donc le film de la mort de son frère. Sans se douter de quelque chose. Même pas lorsqu’au petit matin une notification de son téléphone l’informe d’un attentat terroriste dans la capitale burkinabé.

Mehsen reposera aux côtés de sa mère au cimetière de Yoff.

 

Auteur: Seneweb news-RP (L’Observateur) – Seneweb.com

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