Auguste-denie-BarryQue s’est-il passé ? Que préparait le Colonel Barry ? Les langues commencent à se délier. Plusieurs militaires affirment avoir été contactés dans le cadre d’une action de déstabilisation. Certains affirment avoir reçu de l’argent de la part de l’ex-ministre de la Sécurité, le Colonel Denise

Auguste Barry. Le 5 janvier, le parquet militaire a davantage planté le décor : «Une importante somme d’argent a été saisie et mise sous-main de justice». Mais sans

autre précision. Il s’agit en réalité de 21, 5 millions de francs CFA. Mais il n’y a pas que ça.

Tout s’est passé comme si le Colonel Barry s’était jeté dans la gueule du loup. Le 29 décembre, aux environs de 11h, il passe un coup de fil au Directeur de l’Agence nationale de renseignements (ANR), François Ouédraogo. «C’est juste un bonjour», dit-il. Et en substance, il lui signifie qu’il a vu son épouse en circulation et qu’il a jugé bon de l’appeler pour avoir de ses nouvelles. Le Directeur de l’ANR saisit la balle au bond. Il lui dit de passer le voir, qu’il a un dossier qu’il souhaite examiner avec lui. Le Colonel Barry ne tarde pas. Il rejoint le patron du renseignement aux environs de 14h. Mais à peine est- il arrivé, qu’il voit le véhicule du chef d’Etat-Major de la gendarmerie nationale, le Colonel Marie Omer Tapsoba qui stationne. Et puis, curieusement, peu de temps après, le Directeur du renseignement militaire, le Colonel Madi Sawadogo, effectue son arrivée. Le Colonel Barry se dit probablement qu’il doit s’agir d’un dossier de haute importance et qu’ils ont peut-être besoin de son expertise. Mais, très vite, la sérénité qui se dessinait sur son visage disparait. Ses interlocuteurs lui signifient qu’il est suspecté d’être le «cerveau» d’une opération de déstabilisation du régime. Et que, pour les besoins de l’enquête, il sera conduit à la gendarmerie, précisément au camp Paspanga. Aussitôt, des Maréchal des Logis chef (MDL Chefs), postés non loin de là, avancent vers le colonel Barry. Ils retirent ses téléphones portables. De multiples questions fourmillent dans la tête de l’ancien ministre de la Sécurité et Directeur du Centre d’études stratégiques en défense et sécurité. Cet homme, qui a dirigé la table d’écoutes sous la Transition, sait bien que ses faits et gestes étaient bien suivis. Et que certains, dans le milieu du renseignement, cherchaient une occasion pour le cueillir. Fin décembre 2015, il était pressenti pour occuper le poste de l’ANR. Son nom avait même été proposé, en premier, au Président Roch Marc Christian Kaboré. Mais très vite, des proches du chef de l’Etat ont trouvé la formule subtile pour lui «couper les ailes». Le Colonel a ainsi été mis à l’écart. Mais il tentera, plus tard, de rebondir en créant le Centre qu’il dirige. Mais il avait du mal à prendre véritablement son envol. Las d’attendre son heure, a-t-il vraiment planifié l’«opération de déstabilisation» qui défraie la chronique ?

Déjà, dans le premier trimestre de 2017, l’un des militaires qu’il fréquentait avait contacté ses supérieurs hiérarchiques pour, dit-il, leur porter une «information sensible». Le soldat dont il est question avait affirmé avoir été contacté par le Colonel Barry et une tête de proue de la société civile dans l’intention de «faire un putsch». Les services de renseignements ont alors grandement ouvert les oreilles, procédé à des vérifications. Mais rien de concret. Aucune confrontation n’a été faite non plus. Mais le Colonel Barry et certains militaires qui lui sont proches sont restés sous les radars des fins limiers de la sécurité nationale. Et voilà qu’une nouvelle affaire, visiblement plus sérieuse, éclate fin décembre 2017. Selon les premiers éléments de l’enquête, le Colonel Barry aurait contacté un militaire qu’il juge de confiance. Il lui aurait affirmé que le climat était pourri et qu’il fallait impérativement faire «quelque chose pour sauver le pays d’un éventuel chaos». L’interlocuteur du Colonel se serait alors confié à un autre militaire. Ce dernier lui a suggéré de faire le jeu du Colonel tout en lui rendant compte du contenu de leurs entretiens. Objectif : disposer de suffisamment de preuves concernant le projet en gestation. D’autres rencontres ont ainsi été organisées. Selon nos sources, le Colonel Barry aurait rassuré son interlocuteur qu’il avait des soutiens, notamment des commandants d’unités. Si l’on en croit certains acteurs concernés par cette affaire, il s’agissait aussi, une fois le coup réussi, de réhabiliter certains officiers et de réintégrer dans les rangs, les militaires et policiers radiés suite à la mutinerie de 2011. Et puis, il y a aussi ce détail important qui revient dans les confidences. Le présumé déstabilisateur en chef aurait affirmé avoir des soutiens au sein de la DGSE, le service de renseignements français. Il aurait également tenté, selon certains militaires qui disent avoir refusé sa proposition, de contacter Blaise Compaoré, par un intermédiaire. Dans ce cadre, il se serait rendu en Côte d’Ivoire. Mais on ne sait pas si le probable envoyé du Colonel Barry a pu rencontrer l’ancien chef de l’Etat burkinabè. Les informations captées par notre Journal indiquent qu’il était question de faire revenir Blaise Compaoré quelques mois après avoir stabilisé la situation. Ce dernier devait être jugé, condamné et mis en « résidence surveillée » au regard de son statut d’ancien chef d’Etat. Et le lieu de cette résidence surveillée, c’était bien Ziniaré, sa ville natale. Une sorte de « résidence dorée ».

Des sources proches de l’enquête confirment que de l’argent a effectivement été distribué afin d’inciter certains militaires à adhérer au projet. Au moment où nous bouclions cette édition, dans le milieu des enquêteurs, on le dit avec précision : les fonds saisis s’élèvent à 21, 5 millions de francs. Contrairement à certaines rumeurs qui tendent à dire que cet argent a été saisi lors d’une perquisition du domicile de Barry, il n’en est rien. Son domicile et le Centre qu’il dirige ont effectivement été perquisitionnés par les officiers de police judiciaire le 30 décembre. Des ordinateurs ont été saisis pour les besoins de l’enquête. Mais les fonds saisis proviennent plutôt de militaires qui disent avoir été contactés par le Colonel Barry à titre de gratification. L’un des militaires concernés, que nous avons rencontré, affirme qu’il était prévu, dans un premier temps, de créer un climat d’instabilité, donc un environnement favorable au putsch. Et là, les présumés putschistes prendraient le relais. Nos « radars » au sein des services de renseignements indiquent qu’une importante figure de la société civile s’apprêtait à organiser des activités subversives que les putschistes auraient pu exploiter. Selon des sources concordantes au sein des enquêteurs, des conversations ont été interceptées. Elles précisent même que ce qui se préparait était « extrêmement grave ». Des explosions devaient avoir lieu, le 30 décembre, au centre-ville. Suivies de barricades, de casses et de pillages.

Autre donnée importante. « Il était question de neutraliser le président », confie un militaire proche du dossier. Et là, le Colonel Barry faisait comprendre à ses interlocuteurs qu’il aurait infiltré le Groupement de sécurité et de protection républicaine (GSPR), la garde présidentielle. Le vers était-il déjà réellement dans le fruit ou les présumés putschistes étaient-ils au stade des intentions ?

Selon nos sources, le projet n’était pas si avancé. Mis à part les fonds distribués, et les éléments sonores concernant la tête de proue de la société civile dont il est question, les enquêteurs pourraient avoir du mal à réunir de véritables éléments de preuves.

Mais certains acteurs ont commencé à livrer leur part de vérité. Le Colonel Serge Alain Ouédraogo, ancien chef d’Etat-Major adjoint de la Gendarmerie nationale, a déjà été auditionné deux fois : le 31 décembre et le 1er janvier. Selon des sources proches de l’enquête, le Colonel Barry a voulu passer par lui pour obtenir l’adhésion du Commandant Evrard Somda, le patron de l’Unité spéciale d’intervention de la Gendarmerie nationale (USIGN). Le Colonel Barry l’a contacté le 25 décembre. L’idée étant, à partir du Commandant Somda, d’entrainer des militaires de la même promotion que lui dans le putsch en perspective. Mais pourquoi le Colonel Serge Ouédraogo n’a-t-il pas dénoncé à temps le projet en gestation ? Contrairement à ce qui a été annoncé par un journal de la place, ce n’est pas lui qui a dénoncé le Colonel Barry. Ce dernier a été interpellé aux environs de 14h. Alors que nos sources indiquent très clairement que c’est vers 20h, le jour de l’interpellation de Barry, que le Colonel Serge Alain Ouédraogo est allé voir le ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, pour en parler.

Dans le lot des personnes auditionnées, figurent, en plus du Colonel Serge Alain Ouédraogo, d’autres chefs militaires. Il s’agit par exemple d’un haut responsable de l’Ecole nationale des Sous-officiers d’actives et un Officier en service à la première Région militaire à Kaya.

Vous pouvez lire la suite dans le Courrier Confidentiel N° 147, disponible chez les revendeurs de journaux.

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