coton abandonné (2)

La nouvelle est tombée  comme un couperet pour les citoyens lambda, ce mois de Décembre 2017. Le Burkina Faso n’est plus le premier producteur de coton en Afrique. Il se fait devancer par le Mali .Ceci vient remettre au goût du jour  l’intérêt du retour exclusif  au 100 % conventionnel. Etait-ce la bonne option, ce retour  sans étape ?

                    Zoom sur une filière porteuse mais malmenée

La culture du coton Bt, ne fait plus l’unanimité auprès des producteurs burkinabè. Déjà le 26 avril 2016, l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina (AICB) renonce pour  un temps à la culture du coton Bt de Monsanto. La cause  principale  un défaut de  rentabilité dû à la mauvaise qualité de la fibre. Prosper Somé, un des grands producteurs de Dano dans le Ioba s’en rappelle « C’est vers la troisième année que les rendements ont commencé à baisser et la SOFITEX est venue nous dire d’arrêter, sinon le Bt était bon »  C’est tout le contraire chez un autre  producteur qui a voulu garder l’anonymat « Avec  mes six hectares je gagnais à peine 10 tonnes, voilà que cette année je suis à 12 tonnes sur ses mêmes six hectares. Donc, pour ma part le coton Bt n’est pas bon ». Et M  Somé de relativiser  « si les sociétés cotonnières veulent savoir le choix des producteurs qu’elles disposent les deux semences. Les producteurs vont se ruer sur le Bt parce qu’ils gagnent en temps en traitements et en rendements »

Pour permettre une meilleure connaissance  du coton Bt – ce qu’il est – ce qu’il n’est pas – et tirer les conséquences à ce retour exclusif  au conventionnel est notre leitmotiv. Nous nous inscrivons dans la même veine que la Directrice Générale de L’ANB (L’Agence Nationale de Biosécurité), le Professeur Chantal  Zoungrana / Kaboré qui au cours d’un atelier tenu le 03 Octobre  à Ouagadougou a rappelé qu’ « en tant que régulateur  notre rôle n’est pas d’imposer cette biotechnologie mais de permettre à ceux qui la veulent d’avoir une technologie avec le moins de risques possible et à ceux qui ne veulent pas  d’être protégés ».

Que savons-nous du cotonnier Bt ?

Les cotonniers Bt sont des cultivars de cotonnier de l’espèce Gossypium hirsutum qui ont été modifiées génétiquement par l’ajout du gène leur conférant la capacité de produire un insecticide. Le terme « Bt » fait référence au Bacillus thuringiensis dont le gène codant la protéine insecticide a été extrait. Bacillus thuringiensis  est une espèce de bactérie utilisée pour ses propriétés insecticides. On le retrouve dans pratiquement tous les sols, l’eau, l’air et le feuillage des végétaux.

Du coton Bt du Burkina

Le coton Bt du Burkina a été obtenu à partir d’un croisement conventionnel entre une des variétés du Burkina à longue fibre (FK37) et une variété américaine à fibre courte. La variété américaine ayant été  génétiquement modifiée par insertion de deux gènes provenant de  Bacillus thuringiensis (gène Cry1Ac et gène Cry2Ab) qui confèrent à la plante transformée la capacité de produire des protéines de type cristalline (Cry). La variété burkinabè FK37 n’ayant pas été elle-même transformée, c’est à travers un processus de retro croisement (Backcross ou BC) que les gènes provenant de la variété américaine lui ont été transférées. La protéine Bt est alors produite de façon systématique par la plante, lui permettant ainsi de contrôler avec succès les ravageurs majeurs dont Helicoverpa amigera. Ainsi, ce cotonnier n’aura besoin que de deux traitements insecticides pour contrôler les autres ravageurs de type piqueur suceurs qui ne sont pas tués par la protéine Bt.

Le Dr Edgar Traoré, Chercheur à l’Institut de l’Environnement et des Recherches Agricoles (INERA), Coordonnateur national du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB-Burkina) de préciser que cette protéine a longtemps été utilisée comme insecticide naturel dans l’agriculture biologique. Aussi il rassure de la non-toxicité de la protéine pour l’homme et l’animal excepté pour le ver du cotonnier.

Environnement social ayant conduit au Bt au Burkina

Le Dr Roger Zangré, alors Directeur de L’Agence Nationale de Valorisation des Résultats de le Recherche (ANVAR) en 1999 celui – là même par qui la firme américaine est arrivée au Burkina de rappeler que «  c’est dos au mur » que le Burkina  Faso a opté pour le Bt de Monsanto car « les ravageurs du cotonnier étaient devenus résistants aux insecticides. Il y avait urgence à sauver le premier produit d’exportation du Burkina ». Et le chercheur d’insister «voici un coton qui peut lutter contre ses propres insectes et qui évite de lourds traitements. Les gens ont estimé que c’était une bonne voie pour la protection de l’environnement  ». C’est ainsi qu’après plusieurs concertations entre l’ensemble des acteurs de la filière, le coton Bt a été introduit pour une culture à grande échelle. Cela, non sans avoir respecté le protocole de biosécurité de l’Agence Nationale de Biosécurité (ANB) précise le Dr Oumar Traoré, Chercheur et Directeur du Laboratoire National de Biosécurité.

Après huit années de production, producteurs et techniciens s’accordent à dire que le coton Bt a rempli son contrat qui est de : permettre aux cultures de résister aux nuisibles, de réduire le recours aux insecticides et d’accroître les rendements.  Pourquoi alors cette psychose autour d’une technologie sensée révolutionnée l’agriculture face aux nouveaux contraintes climatiques?

De la question écologique 

Selon Dr  Oumar Traoré, du début à la suspension du Bt au Burkina aucun risque potentiel ne s’est avéré. Les producteurs et les acteurs de la filière reconnaissent même que certains insectes qui avaient été décimés par les insecticides du conventionnel étaient de retour dès les premières années du coton Bt. De la toxicité du cotonnier Bt pour les animaux, les producteurs comme Prosper Somé soulignent aussi que leurs animaux ont consommé les feuilles et les tiges sans que l’on ne signale un seul cas d’empoissonnement. Pour lui par contre ce sont ces millions de litres d’herbicides et d’insecticides déversés dans la nature qui constituent un véritable risque. Certains acteurs de la filière qui ont requis l’anonymat estiment que l’inquiétude est entretenue à dessein sur les  risques potentiels pour maintenir l’état de psychose. Alors où se trouve le dilatoire ?

De la question des rendements

Prosper Somé de Dano « Avec le Bt j’ai toujours fait plus de 2 tonnes/ha contre 1,6t/ha au conventionnel ». Dr  Roger Zangré de préciser que le faible poids du Bt s’explique par le fait que certains producteurs avaient tellement confiance au Bt qu’ils ne faisaient pas les deux traitements recommandés. Toute chose qui permet aux autres ravageurs comme les piqueurs-suceurs de vider la graine de sa substance. Donc avec les deux traitements recommandés et un suivi phytosanitaire de l’évolution des plantes, les rendements plus élevés avec le Bt sont garantis concluent les techniciens.

De la question de la  résistance

« Cela est une loi même de la nature » précise Dr Traoré de l’ANB. Tout organisme soumis à un certain stress, à un produit réagit et développe par conséquent des résistances. Donc que cela soit avec le Bt ou tout autre produit chimique, des résistances peuvent se développer. Cette question de résistance  probable au Bt fait sourire un producteur. Il nous demande avec insistance «Pourquoi sommes-nous allés au Bt ? N’est- ce pas cette même question de résistance aux insecticides ?  »

De la question de la fibre

Tous les acteurs sont unanimes pour reconnaitre la dépréciation du label burkinabè, prisé autrefois sur le marché international pour la qualité de la fibre. La longueur de la fibre est passée de 28,58mm avec le coton conventionnel à 26,98mm avec le coton Bt. La Recherche nationale et la firme américaine ce sont intéressées à la question même si cela semble avoir été tardif. Et pour Dr  Edgar Traoré « c’était un problème technique survenu dans une technologie qui avait sa solution  au niveau technique».

Il estime que  « si on avait fait une transformation génétique directe à partir de notre variété de coton, le problème de fibre ne serait pas survenu, car la variété resterait stable » Mais c’est parce que le suivi récurrent du gène d’une génération à une autre n’a pas été fait que le pourcentage de fibre courte a commencé à prendre le dessus. Et le généticien de poser la question de la nécessité du ‘’pourquoi de longues fibres ?’’ ; les machines de FILSAH filent correctement les fibres courtes. Il semble affirmatif sur ce point «tant que  le Burkina continuera à produire des fibres longues on sera obligé d’exporter notre coton brute». Toute chose qui l’amène à s’emporter  « même pour couvrir nos morts, nous somme obligé de faire recours au tissu importé. C’est quoi cette agriculture ou l’on est obligé d’exporter la presque totalité de sa production de façon brute ? »

La suite, on  la connaît les  sociétés cotonnières renoncent  à la production du Bt alors que le conseil des ministres  avait opté pour un retour progressif au conventionnel. Ils sont nombreux parmi les producteurs à penser qu’un deal a été passé entre les sociétés cotonnières et la firme Monsanto ce, d’autant plus que cette dernière a été acculé à leur verser environ 48 milliards de nos francs. Pour les producteurs ce retour ne profite qu’aux dirigeants de la filière.

Je rappelle que malgré nos multiples relances par téléphone et par e-mail pour avoir la version de tous les acteurs du secteur coton, la SOFITEX, Faso Coton, l’UNPCB et la FILSAH (La Filature du Sahel) ont remis notre interview à demain jusqu’à ce que l’on boucle cet article.

Le retour au Bt au Burkina est-il encore possible ?

Dr Edgar Traoré rappelle qu’il n’y a pas longtemps on communiquait par courriers. « Aujourd’hui nous sommes à l’ère du numérique ». Il se demande alors pourquoi avoir adopté ces technologies sans s’intéressé ou même feignant de ne pas en connaître les risques et refuser de le faire avec les cultures Bt qui peuvent contribuer à résoudre la question de la sécurité alimentaire. Mais face au processus inexorable du changement climatique, producteurs et chercheurs pensent que le retour  au Bt est inéluctable.  Un acteur de la filière signale que  le plus tôt sera le mieux.

Si retour il y’en aura, comme le souhaitent de nombreux acteurs de la filière coton, le  Dr Oumar Traoré de l’ANB de prévenir cependant que de l’ANB veillera au respect strict de la procédure de biosécurité.

Quant aux producteurs, ceux-ci souhaitent par ailleurs que les chercheurs nationaux soient assez impliqués dans ce retour. Et déjà, ils saluent cette décision de l’ANB d’impliquer et de communiquer davantage avec les populations avant toutes décisions sur les organismes modifiés.       

 

Ouabouè BAKOUAN

 

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