La mauvaise foi est cette parade qui consiste à essayer de faire croire à l’autre ce que nous savons pertinemment faux. À la différence du mensonge, nous ne nions pas un fait, mais notre responsabilité. Acte conscient, la mauvaise foi est la construction virtuelle d’une vérité: je mens et je crois presque dire vrai. Elle tue la démocratie. Nous devons nous en défaire.


La mauvaise foi est un mal perfide qui ronge notre démocratie

On y est tous sujet à un moment ou à un autre: la mauvaise foi en politique néanmoins est le mal le plus perfide; celui qui ronge notre modèle démocratique jusqu’à la moelle. Cadres, militants et sympathisants de partis en sont parfois victimes. Le scénario est simple: Étant militant pour un candidat à l’élection présidentielle, il nous est arrivé de défendre telle ou telle proposition avec excès. Cela fait partie de la règle du jeu: il faut gagner une élection et l’on gagne les voix l’une après l’autre, conversation après conversation; nous ne pouvons alors pas toujours avouer nos désaccords avec un point, même minime, sans affaiblir la rhétorique de notre discours. Alors nous mentons, nous répétons des argumentaires sans les croire pour persuader l’autre que tel candidat est le meilleur. On en est certain, au fond de nous. Mais sur ce sujet, celui qui fâche, on laisse parler le parti et on met en retrait notre propre conscience pour l’efficacité de l’argumentation mais au détriment de la vérité.

Ainsi, la lutte contre la mauvaise foi en politique est d’abord une affaire personnelle, que chacun doit régler en son âme et conscience. Aucune institution ne pourra forcer personne à être honnête avec soi-même dans l’immédiat. Il y a bien l’école, la culture générale et les sciences, qui devraient inculquer un mode de raisonnement ne laissant aucune place à la complaisance; mais rien n’est automatique. La preuve, ce sont souvent les intellectuels qui excellent dans l’art de la mauvaise foi comme si elle était enseignée dans les universités. Au Faso, la mauvaise foi est devenue, malheureusement, le sport favori des Burkinabè. Elles sont multiples et variées, allant des plus insignifiantes aux plus graves.

Les plus graves. Celle du cadre du parti ou de l’élu qui, parfois en désaccord profond avec la tendance dangereuse que prend le parti, continue aveuglément à le défendre car il ne veut surtout pas perdre son travail, sa seule source de revenu.

Les plus compréhensibles. Celle du simple sympathisant qui s’est trop longtemps et trop ostensiblement engagé pour défendre un courant et qui a tellement donné de sa personne qu’il ne peut plus faire machine arrière sans affecter sa crédibilité vis-à-vis de ceux qu’il a cherché à convaincre. Pourtant, en réalité, s’il faisait l’effort de remettre en question ce qu’il affirme, le sympathisant le serait beaucoup moins.

Les plus cyniques. Il y a enfin celle de l’opposant farouche qui, s’il était honnête, dirait: «j’ai toujours haï celui-ci, je vais le faire passer pour un dictateur, un ségrégationniste et un démagogue parce que c’est bien plus facile et bien plus efficace que de trouver des arguments rationnels pour éclaircir ce qui nous oppose».


Fermer les yeux sur de petits ou de gros désaccords pour des raisons qui n’ont rien de politiques, c’est se renier soi-même. Toute chose qui est contre-productif en politique

Ces mauvaises fois consistent à fermer les yeux sur de petits ou de gros désaccords ou à en accentuer certains autres pour des raisons qui n’ont rien de Politiques (au sens noble du terme).

Accepter cette méthode rapide et qui a, au moins un jour, tenté chacun d’entre nous, se résigner à la mauvaise foi en politique, c’est accepter que s’instaure une facilité simplificatrice dans les débats démocratiques là où pourtant la complexité en fait sa richesse. La mauvaise foi tue la démocratie et c’est elle, en chacun de nous, que nous devons détruire si nous voulons un jour trouver les véritables solutions aux problèmes plus terre à terre, mais non moins complexes, qui empoissonnent la vie de nos concitoyens et qui sont l’objet de la Politique. Ceci est la responsabilité du dirigeant, du militant, du sympathisant et de toute personne véritablement intéressée par le débat politique pour ce qu’il peut apporter et non pour ce qu’il représente.

Théophile MONE

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