balafonLe 22 août 2018, le président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso recevait en audience Allen Greenberg, le président de la Fondation Susan Bufett. Il était accompagné du ministre burkinabè de la Santé dont les propos ne sont pas passés inaperçus. Ils continuent d’ailleurs d’alimenter les débats, surtout dans les milieux confessionnels. Car le ministre, Pr Nicolas Meda, a évoqué l’idée « d’adapter l’arsenal juridique pour permettre aux femmes et aux jeunes filles en détresse d’avoir accès à une interruption sécurisée de leur grossesse ». Depuis lors, lettres ouvertes, déclarations, conférences de presse se sont multipliées pour condamner les propos du ministre ou mettre en garde contre toute idée tendant vers la légalisation de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) au Burkina.

 

Rarement une audience du président du parlement burkinabè, Alassane Bala Sakandé, a fait autant parler. Cette brève rencontre du 22 août dernier s’inscrivait dans le cadre d’un plaidoyer consistant à sensibiliser le premier responsable de la Représentation nationale à la nécessité de favoriser l’effectivité des droits de la femme et de la jeune fille au Burkina. En tant que partenaire, la Fondation Susan Bufett entend ainsi accompagner le ministère de la Santé. Particulièrement sur l’accès des populations aux services de planification familiale.« Permettre à la femme d’avoir tous les droits possibles, c’est lui donner aussi la possibilité d’une interruption sécurisée de la grossesse, quand avoir cet enfant va menacer sa vie », a déclaré le ministre Meda, à l’issue de la rencontre avec le président de l’Assemblée nationale. Pour ce faire, a-t-il poursuivi, il faudra « adapter l’arsenal juridique pour permettre aux femmes et aux jeunes filles en détresse, avec une grossesse non-désirée, d’avoir accès à une interruption sécurisée de cette grossesse ».

Ces quelques phrases ont fait l’effet d’une bombe au sein de l’opinion publique. Et il n’en fallait pas plus pour faire sortir surtout les religieux de leurs réserves. D’abord, ce sont des organisations féminines de confessions religieuses qui sont montées au créneau. Dans une déclaration commune, cinq organisations féminines des différentes confessions religieuses (musulmanes, catholiques et évangéliques) ont fait un tir groupé. Elles s’insurgent contre toute « perspective de légalisation de l’avortement ou de l’interruption volontaire de grossesse ».

Puis, ce sont des pasteurs-évangélistes qui ont prêché leurs inquiétudes. Ces « hommes de Dieu » ont organisé une conférence de presse pour mettre en garde contre toute tentative de modifier la loi en vue de légaliser l’IVG. Aussi, depuis lors, des déclarations et des lettres ouvertes de citoyens se multiplient dans la presse pour appeler à l’arrêt d’un tel projet.

Quoi de plus normal que les garants des normes religieuses et morales veillent au grain et manifestent leurs inquiétudes somme toute légitimes ? Ils sont, de ce fait, dans leur rôle. Et il aurait été plus qu’étonnant d’entendre un autre son de cloche de la part des adeptes d’une religion abrahamique. Mais elles pourraient faire mieux.

Autant elles sont unies pour barrer la route à toute velléité de légalisation de l’avortement, autant elles pourraient, dans cet élan d’union interconfessionnelle, en synergie, travailler pour combattre les grossesses non-désirées. Ce, à travers la promotion du planning familial, l’éducation sexuelle complète des jeunes filles et garçons, la promotion des méthodes contraceptives (prioritairement l’abstinence)…Toute chose qui évitera d’en arriver à la grossesse, a fortiori parler d’avortement.

Les actions des structures religieuses sont peu visibles sur le terrain dans ce combat. Elles pourraient s’inspirer du CRIGED (Centre de recherche et d’intervention en genre et développement) dont la première responsable clame haut et fort son opposition à la légalisation de l’IVG. Mieux, Dr Nestorine Sangaré/Compaoré et sa structure organisent des « Camps éducatifs » depuis deux ans au profit des filles en vue de lutter contre la sexualité précoce. Car, estime-t-elle, « ce sont les violences sexuelles, la précocité sexuelle, le libertinage et la sexualité transactionnelle qui sont les causes des grossesses non-désirées qu’il faut combattre ». Ainsi, elle se donne les moyens pour contribuer effectivement à la lutte contre les grossesses non-désirées qui en sont les causes de l’IVG. Ces initiatives pourraient et même devraient inspirer d’autres personnes et structures anti-IVG. Car, malgré l’interdiction, elle continue de se pratiquer clandestinement.

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L’avortement est interdit au Burkina, sauf dans certains cas. C’est notamment lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte ; à la demande de la femme, lorsque la grossesse est la conséquence d’un viol ou d’une relation incestueuse ; lorsqu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité au moment du diagnostic.

Dans les cas sus-cités, l’interruption volontaire de grossesse doit se faire dans de bonnes conditions de sécurité. C’est dire que le combat est ailleurs. Il faut donc s’attaquer aux causes, plutôt que de s’adonner à des polémiques stériles.

Moussa Diallo
Lefaso.net