hommage-a-jean-baptiste-natama-le-president-du-faso-salue-la-memoire-d-un-patriote-_5ab2d865802f1_l250_h250Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a organisé, le samedi 18 août 2018 à Ouagadougou, un panel en hommage à son président, le Dr Salifou Diallo, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition.

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a initié une série d’activités pour marquer d’une pierre blanche la célébration du premier anniversaire de la disparition de son président,  le Dr Salifou Diallo. A cet effet, les militants et sympathisants du parti majoritaire ont organisé un panel, le samedi 18 août 2018 dans la salle de conférence du Conseil burkinabè des chargeurs (CBC). Deux personnalités de marque, tous enseignants chercheurs ont eu la charge d’animer la conférence publique.
Il s’agit du sociologue et ancien délégué général du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), Pr Basile Guissou et de l’historien politique, Domba Jean-Marc Palm. Ce dernier a indiqué d’entrée de jeu que Salifou Diallo fut un homme politique très engagé, marqué par des convictions et un franc-parler. « Ce qui faisait que, face à certaines situations, il tenait parfois des propos jugés courageux par certains de ses camarades militants », a-t-il dit. Pour le panéliste, l’héritage de Salifou Diallo doit être un fervent pour les jeunes en politique. « Les jeunes d’aujourd’hui font face à des défis politiques, économiques et sociaux et il va falloir s’inspirer de cet exemple de courage hors pair et de valeurs qu’incarnait le défunt Salifou Diallo », a-t-il expliqué. Cela, a-t-il souligné, parce que chaque génération à ses pyramides à construire et les jeunes engagés en politique ont des missions à accomplir pour marquer leur temps. Il a donc invité la nouvelle génération à se départir des « business et autres deals » qui sont des pratiques courantes.
De l’avis du spécialiste des questions politiques, l’habileté et le pragmatisme qui caractérisaient l’ancien ministre de l’Agriculture, lui ont permis de laisser des traces indélébiles notamment dans le monde rural comme la construction de barrages, la culture de contre-saison, l’opération Saga, le projet Samandeni …
Sans vouloir verser dans le culte de la personnalité, M. Palm a laissé entendre ceci : «Salif n’était pas ange, mais il n’était pas non plus démon».  Le communicateur se souvient des derniers échanges téléphoniques avec le disparu. « A la veille de son départ à l’étranger, nous avons échangé à l’Assemblée nationale sur des dossiers en instance.
Quelques jours après les attaques terroristes qui ont visé le café-restaurant Aziz Istanbul le 13 août 2017, il m’a fait savoir au téléphone qu’il revient compte tenu du malheur qui a frappé le pays. Et c’est dans la nuit qu’on me saisit pour m’annoncer son décès», a-t-il relaté.

«Gorba n’était pas aveuglé par le pouvoir»

A son avis, la meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de perpétuer son œuvre et son combat politique. M. Palm a ajouté que contrairement à ce que certains pensent, «Gorba» n’était pas aveuglé par le pouvoir. Sa principale préoccupation était de réussir la mission que le peuple burkinabè lui a confiée. Quant à Basile Guissou, le deuxième panéliste, dès l’entame de son exposé, il a qualifié Salifou Diallo d’adversaire politique redoutable, avant d’évoquer les circonstances dans lesquelles ils se sont connus. « J’ai fait sa reconnaissance dans la polémique politique. En effet, alors qu’il était étudiant à Dakar au Sénégal en 1983, il s’opposait à l’idée qu’un coup d’Etat puisse opérer une révolution comme c’était le cas au Burkina Faso.
Au cours de la veillée révolutionnaire organisée par les étudiants burkinabè à Dakar dont Arsène Bognessan Yé, j’ai dû faire un exposé sur cette idéologie politique pour tenter de le convaincre », a expliqué l’ancien DG du CNSRT. Poursuivant son récit, il a relaté qu’une année plus tard, il a constaté avec joie que de retour au pays, Salifou Diallo a intégré les rangs de la révolution sans garder rancune. « L’homme ne faisait pas de la discrimination entre ses camarades et pénétrait tous les milieux. Ce qui lui permit d’avoir une grande capacité de mobilisation durant sa carrière politique », a fait observer le Pr Guissou non sans préciser que même dans l’adversité, Salifou a toujours su rester loyal. « Salifou Diallo est un exemple de vie militante dont le pas mérite d’être emboité. Dans tout ce qu’il faisait, il collait la théorie à la pratique. J’ai toujours dit que si j’étais cinéaste, j’aurai fait un film pour magnifier l’homme dans toutes ses facettes », a-t-il conclu. Selon le président par intérim du MPP, le ministre d’Etat auprès de la présidence du Faso, Simon Compaoré, cette activité est un devoir de mémoire à l’endroit d’un homme au parcours politique hors pair. « Salifou a été un homme d’Etat, un visionnaire, un stratège politique, un combattant pour la démocratie », a-t-il loué.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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Des proches témoignent…

Germaine Pitroipa, ancienne haut-commissaire
« J’ai connu Salifou Diallo, après les événements du 15 octobre 1987. Je garde de lui, l’image d’un combattant, d’un militant et non celle d’un politique qui courait après les honneurs et le pouvoir. Quand il commettait des erreurs, il le reconnaissait et se battait pour les corriger et en tirer les conséquences. Avant son départ à l’étranger où il a trouvé la mort, il m’a dit : grande sœur comme il m’appelait, le 15 octobre, on nous a trompés, on nous a menti et on a fini par nous trahir. Nous n’allons pas revenir sur tous les fondamentaux de la révolution, nous nous inspirerons de certaines de ses valeurs. A mon retour nous allons débuter ce travail de transformation. Nous devons œuvrer à l’unité conjurant le sort de tout pouvoir de la gauche. Il était vu comme celui qui gênait les autres sur la scène politique et dans bien de milieux politiques ».

Moussa Ouédraogo, ex-travailleur du CNRST et frère de Salifou Diallo
« Contrairement à ce que pense l’opinion, Salifou n’était pas peulh. Il a hérité le patronyme Diallo de son père Bilali Ouédraogo. Ce dernier pour échapper au recrutement des militaires par les colons avait pris ce nom puisque l’on ne voulait pas des peulhs. C’est ainsi que toute sa descendance portait le nom Diallo, sinon ce sont bel et bien des Ouédraogo. On en trouve même dans cette région, certains Mossi qui portent le nom Traoré et autres pour diverses raisons. Salifou Diallo a été un petit frère qui a beaucoup fait pour moi. Je n’aurai pas les mots justes pour le remercier. C’est une grosse perte pour la famille et pour le Burkina Faso entier».

Propos recueillis par B.R.N.

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