ablaCeci est une déclaration du président du parti politique « Le Faso autrement », Ablassé Ouédraogo. Tout en fustigeant la décision du gouvernement d’augmenter le prix du litre à la pompe du super et du gasoil, l’opposant politique propose des solutions pour une stabilisation du prix du carburant. Lisez plutôt !

L’énergie est la base du développement. Autrement dit, le carburant est pour l’économie ce qu’est le sang pour le corps humain. Donc, toute action sur le carburant affecte directement l’économie. Les prix connaîtront une surchauffe généralisée et les Burkinabè les plus démunis, c’est-à-dire l’ensemble des Burkinabè en fait, vivront le calvaire et l’enfer.

L’ampleur des conséquences de cette augmentation du prix du carburant sur les autres produits de grande consommation et de certains services sera difficilement supportable par la population. Et ainsi, la « rochosité » continue d’approfondir son enracinement et d’étendre ses tentacules.

C’est dire que, pour une économie aussi désarticulée et exsangue, comme l’est celle du Burkina Faso de nos jours, une augmentation des prix du carburant de 75 Fcfa en une seule fois et en même temps pour l’essence super 91 et le gazoline ne peut qu’être un coup de massue qui pourrait lui être fatal.

La cacophonie dans l’argumentaire du gouvernement pour justifier sa décision prise en Conseil de ministres tenu le mercredi 8 octobre 2018 en l’absence remarquée du Président du Faso est une illustration de la gouvernance à tâtons et sans vision de SEM Roch Marc Christian KABORE et de son régime.

En effet, quand le gouvernement par son Porte-Parole explique la mesure prise par la nécessité de sauver la SONABHY qui serait dans une piteuse situation financière et à cause du prix élevé du pétrole sur le marché, le ministre en charge du Commerce dans le même gouvernement parle d’effort de guerre que doit supporter le pays.
Aucun de ces arguments ne tient la route et ne peut donc justifier la décision d’augmentation du prix du carburant, de cette façon :

• Sur la situation financière catastrophique de la SONABHY :

Rappelons qu’à la dernière Assemblée générale des Sociétés d’Etat, tenue à Ouagadougou du 28 au 29 juin 2018, la santé financière et les hautes performances de la SONABHY ont été saluées dans le rapport de performance des Sociétés d’Etat exercice 2017. Et la situation resplendissante de la SONABHY s’illustre par sa forte contribution au budget de l’Etat à hauteur de 157,627 milliards Fcfa en 2016 représentant 73,74 pourcent de la contribution de toutes les Sociétés d’Etat.

Dans le même temps, le gouvernement indique devoir à la SONABHY une dette à hauteur de 240 milliards Fcfa sans en expliquer clairement la structuration. Et s’il y a une exigence de vérité et de responsabilité à démontrer comme le prétend le Président du Faso, c’est de donner aux fins de transparence toutes les informations et les justifications réelles de cette dette qui plomberait les activités de la SONABHY, perçue tout simplement chez tous les Burkinabè, tout comme la LONAB comme une vache à lait des gouvernants. De ce qui précède, il est difficile de parler de situation financière tendue dans cette entreprise en l’espace de 4 mois.

Et si c’était vraiment le cas, un audit externe s’impose immédiatement en même temps que la suspension de l’équipe de direction de cette entreprise hautement stratégique pour notre pays.

• L’effort de guerre du ministre chargé du Commerce à payer par les consommateurs :

Dans le Burkina Faso d’aujourd’hui, parler d’effort de guerre est ubuesque, extrêmement dangereux et ne sert qu’à installer artificiellement la psychose au sein de la population. Il est impératif que très vite le gouvernement fasse le démenti de ce fallacieux argument qui a été servi aux Burkinabè.

Le Burkina Faso n’est pas en état de guerre et plaise à Dieu, il ne le sera pas. Et quand bien même ce serait le cas, il n’appartient pas à un Ministre quel qu’il soit et surtout pas celui en charge du Commerce, de venir l’annoncer sur le plateau de la RTB /Télé. Seul le Chef de l’Etat peut déclarer l’état de guerre et seule l’Assemblée nationale peut décider de l’effort de guerre qui dans cette hypothèse, est constitué par des impôts spéciaux et non par des hausses du prix du carburant, dont l’impact certain est l’affaiblissement de l’économie.

Au demeurant, cette sortie hasardeuse et hautement condamnable du ministre en charge du Commerce est probablement révélatrice de l’état de panique du système MPP et constitue certainement une faute lourde qui devrait être promptement sanctionnée. Nous appelons donc le Chef de l’Etat et le chef du gouvernement à tirer les conséquences de cette grave sortie de route de leur ministre en charge du Commerce en le rappelant publiquement à l’ordre.

• Sur la hausse du prix du pétrole sur le marché international :
L’argument sur l’envolée des prix du pétrole sur le marché international est contredit par le fait que depuis le pic du début du mois d’octobre 2018, les prix du brut ont baissé de 20 pourcent. D’ailleurs, le prix du baril de pétrole continue de chuter sensiblement, pour atteindre même à la date de ce mardi 13 novembre 2018 son plus bas niveau depuis 2015.

Dans la réalité, le prix du baril de pétrole est tombé jusqu’à 55,62 dollars aujourd’hui, ce qui est très loin des 80 dollars indiqués par le gouvernement dans ses tentatives d’explications pour justifier la hausse du prix du carburant.

Pour l’histoire, c’est en 2008 que le pétrole a connu sa plus forte hausse avec le prix du baril à 140 dollars, soit près de trois (3) fois le prix actuel de 55,62 dollars et pourtant à la pompe, le litre de carburant se vendait à la même période à environ 700 Fcfa au Burkina Faso. Pour comparaison, la décision du gouvernement du mercredi 8 novembre 2018, met le prix du carburant à 677 Fcfa à Ouagadougou et Bobo Dioulasso et certainement à 700 Fcfa et plus dans les autres provinces du pays en tenant compte du coût du transport rendu dans la localité.

Dans les meilleures pratiques pour la hausse du prix du carburant, cela se fait crescendo par des petits montants, et surtout pas avec un montant aussi élevé que les 75 Fcfa pouvant représenter le coût de la ration alimentaire quotidienne de nombreux burkinabè. L’exemple de la Côte d’Ivoire, qui vient de procéder, par trois fois de suite, à des augmentations du prix du carburant, dont le total n’a pas dépassé 40 Fcfa, est une illustration édifiante. Ces ajustements n’ont pas touché le gasoil.

En outre, les deux produits sont généralement augmentés à des taux différents, le gasoil demeurant à un taux toujours plus bas que l’essence pour permettre à l’économie de continuer à produire avec des coûts raisonnables et au transport, épine dorsale de l’économie d’un pays enclavé comme le Burkina Faso, de pouvoir continuer à assurer les échanges et les mouvements des biens et des personnes sans contraintes.

• Une proposition de solutions :

Le gouvernement dit n’avoir que deux options possibles pour faire face à la situation présentée, à savoir : procéder à la hausse des prix du carburant pour permettre d’assurer la continuité de l’approvisionnement à la pompe ou garder les prix en l’état et courir vers le risque de la rupture des stocks donc le manque de fourniture de carburant à la pompe.

Techniquement, d’autres solutions existent bel et bien au niveau de la gestion des taxes, si une volonté politique de soulager les populations existait au niveau du gouvernement. Pour ce faire, rappelons qu’au Burkina Faso, le consommateur paye à la pompe les trois taxes suivantes en achetant son litre d’essence super 91 ou de gasoil conformément à l’Arrêté 2018-007/MCIA/MINEFID du 8 novembre 2018 portant sur la composition des structures de prix des hydrocarbures (Annexe 1) sur le dépôt de Bingo :

• La taxe sur les produits pétroliers (TPP), d’un montant de 125 Fcfa par litre ;

• La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) d’un montant de 94,83 Fcfa par litre (18 pourcent) ;

• Les taxes douanières d’un montant de 41,44 Fcfa par litre.

Ces trois taxes réunies majorent le litre de carburant de 264 Fcfa, alors que celui-ci rendu à Ouagadougou quel que soit le cours mondial du pétrole n’atteint pas 400 Fcfa. Ces taxes représentent déjà une grande contribution supportée par les consommateurs.

Ainsi, clairement l’augmentation de 75 Fcfa du prix du carburant décidée par le Conseil des Ministres du 8 novembre 2018, aurait pu être absorbée par une réorganisation des différentes taxes susmentionnées pour une stabilité des prix. 
Il était bien possible au gouvernement de faire autrement en prélevant le montant de la hausse de 75 Fcfa sur ces taxes, et ainsi garder le prix du carburant au même niveau afin de soulager les souffrances des populations et de donner à l’économie les moyens de maintenir son niveau de production.

Déjà le 25 juillet 2016, dans une lettre ouverte que nous avions adressée à SEM Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso, nous exprimions nos craintes sur la gouvernance du pays en disant que le Burkina Faso allait mal, même très mal, que tous les signaux étaient au rouge vif, et qu’il n’y avait aucune dynamique d’inversion perceptible. Le style de gouvernance imprimé est le tâtonnement et la tergiversation soutenus par une poisse jamais égalée qui s’abat au quotidien sur notre pays. Notre tort est d’avoir eu raison trop tôt. Nous étions simplement visionnaire.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que le pays est en danger. Et cette hausse du prix du carburant dans le format d’une dévaluation monétaire de par sa surprise et le manque de concertation entre les acteurs concernés et de communication sur le sujet, indique clairement que le Burkina Faso s’enfonce inexorablement dans la crise.

Nous invitons, par conséquent, Le président du Faso, à rapporter cette décision de son gouvernement d’augmenter le prix du carburant à 75 Fcfa, en une fois et en même temps pour les deux produits, le gasoil et l’essence super 91 et à faire son mea culpa, comme il en a l’habitude, pour avoir pris une décision erronée et pénalisante pour la nation entière.
Travaillons ensemble dans la solidarité et dans l’unité pour sauver et développer notre cher et beau pays, le Burkina Faso.

Ouagadougou, 17 novembre 2018

Dr. Ablassé OUEDRAOGO
Président du Parti Le Faso Autrement