Les journaux ont rapporté les propos de Gilbert Diendéré lorsque les députés sont allés le rendre visite à la MACA. Gilbert Diendéré n’a pas été tendre avec Ministre d’Etat, ministre de la sécurité Simon COMPAORE. Ceci est une réaction d’un ancien officier qui requiert l’anonymat.

Le général Gilbert Diendéré
Le général Gilbert Diendéré

Mon Général, au nom de qui parlez-vous? Aux noms de quels soldats de l’ex-RSP parlez-vous? Sur la base de quelle légalité voulez-vous vous offusquer des propos du Ministre d’Etat, ministre de la Sécurité, Simon COMPAORE?

Voulez-vous qu’il vous soit rappelé l’histoire des fils de notre cher Faso que vous avez savamment regroupés et intelligemment utilisés pour servir vos propres desseins qui sont pour me résumer, les ambitions démesurées et la mégalomanie d’un pouvoir dont vous êtes une des pièces maitresses?

N’est-ce pas autour du bataillon du Centre National d’Entraînement Commando (CENC) qui avait activement participé au coup d’État du 15 octobre 1987 que vous avez bâtit mon Général par la terreur le pouvoir de Blaise COMPAORE?

Devrai-je vous rappeler que dans toutes ses configurations, de Garde de Sécurité Rapprochée, en passant par Garde de Sécurité Présidentiel (GSP) et enfin Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) cette machine n’a été autre chose que la projection du CNEC une unité de notre armée qui était sous votre commandement que vous avez iniquement instrumentalisé en unité de terreur et de boucherie humaine. Je mesure mes mots mon Général. Un proverbe de chez nous ne dit-il pas que la sorcière oublie l’enfant qu’elle a mangé mais que la maman de l’enfant s’en souviendra toujours. Croyez-vous que le peuple ait oublié ses enfants injustement assassinés pour leur opinion, torturés, meurtris, abattus comme des chiens, laissés handicapés ou humiliés de la pire manière par cette machine que vous refusez d’appeler milice ou garde prétorienne.

Dites-moi, mon Général, comment pouvez-vous justifier que nos ‘’boys’ du RSP aient été envoyés là-bas au Libéria aux côtés de Charles Taylor et en Sierra-Léone pays en proie à des guerres civiles, pour y combattre et verser leur sang? Puisque vous êtes convaincu que ce corps militaire n’était pas une milice montrez-nous la résolution de l’Assemblée Nationale ou de toute autre instance de notre pays vous ayant autorisé à envoyer de ces hommes dans ces contrées pour faire la guerre, pour tuer et y mourir aussi. Si ce Corps de notre Armée n’était pas utilisé comme une milice, pourquoi ce ne fut pas le Chef d’Etat-major Général des Armées de l’époque qui ait conduit ces opérations mais vous? Pouvez-vous nous dire mon Général quelle était votre motivation dans ces guerres civiles? Etait-ce pour soutenir vos amis ou pour une quelconque justice? Alors diable pour quelle raison avez-vous envoyé ces hommes braves et dignes de notre cher Faso verser leur sang dans ces contrés lointaines? Pouvez-vous justifier que notre pays ait eu un intérêt particulier dans ces guerres civiles et que cela vous commandait de mettre œuvre la logistique aérienne et les armes de l’Etat à cet effet?

Dites-nous alors combien d’argent est revenu dans les caisses de l’Etat de ces mallettes de diamants que vous rameniez-vous-même du Libéria? Et puisque ce Corps de notre armée n’était pas une milice ou une garde prétorienne à la solde d’un homme et de son pouvoir expliquez-nous pourquoi vous avez abandonné ces vétérans, ces braves hommes qui ont eu la conscience d’obéir aux ordres de leurs chefs. Etait-ce l’Etat du Burkina qui les avait envoyés combattre dans ces contrées lointaines? Il a bien fallu que ces hommes se révoltent et s’engagent en procès contre vous pour que vous fassiez payer par l’Etat à ces hommes les promesses d’argent que vous leur aviez faites à la genre ZIDA «tant de millions tant de villas». Pourquoi ne leur avez-vous pas restitué le prix de leur sang car vous aviez bien engrangé des sommes colossales des mallettes de diamants de Charles TAILOR. L’argent n’a peut-être pas d’odeur à vos yeux mais pour Dieu et les hommes justes vous avez fondé votre puissance d’argent sur du sang et ces sommes avec lesquelles vous manipuliez si bien vos courtisans par un clientélisme savamment organisé autour du palais de Kosyam, ces paquets d’argent que vous distribuiez si volontiers à qui mieux-mieux chantait les louanges de votre mentor Blaise COMPAORE sont à base de sang versé par les fils de ce pays.

Le général Diendéré présantant triomphalement l'otage suisse qu'il est allé chercher par hélicoptère au Nord Mali
Le général Diendéré présantant triomphalement l’otage suisse qu’il est allé chercher par hélicoptère au Nord Mali

Mais le sang appelle le sang et vous avez, mon Général, surfé sur le sang de ces hommes qui ont été placés sous votre responsabilité directe de Chef d’état-major particulier du Président du Faso et vous savez très bien qu’ils n’ont jamais été de fait sous le contrôle de l’état-major général des Armées ou des autres chefs militaires.

Voulez-vous, mon Général, qu’il vous soit rappelé les sales besognes que ces hommes ont exécutées sur vos instructions pour être ensuite simplement faits (nettoyés) selon votre jargon? Et même que les faiseurs (nettoyeurs) étaient par la suite soigneusement éliminés par des agents extérieurs au RSP et bien malin qui saura remonter jusqu’aux donneurs d’ordres qui sont toujours par coïncidence absents ou malades au lit quand ces événements macabres arrivaient.

Combien de ces hommes sont tombés dans le piège et qui après avoir exécuté vos instructions ont compris tardivement le stratagème et donc ce qui allait leur arriver? Ils ont vécu comme des fugitifs, la peur au ventre et comme des chiens errants au sein même du RSP, d’aucuns se défonçant à l’alcool ou à la drogue, attendant d’être simplement abattus. Dans quelle instance pouvaient-ils vous dénoncer et dans quel pays pouvaient-ils fuir à l’époque du tout-puissant pouvoir du régime COMPAORE?

Mon Général, pouvez-vous nous dire où sont le lieutenant Gaspard SOME, l’exécuteur principal du régime Blaise COMPAORE, où sont Marcel KAFANDO et ses hommes qui ont tué et boucané Norbert ZONGO qui s’est tenu droit dans ses bottes pour la justice et contre votre mépris total de la vie humaine? Ce héros de la plume a refusé la compromission en rejetant toutes vos avances à cet effet, en ne cédant pas à vos menaces et intimidations de toutes sortes pour réclamer ce que le minimum de décence humaine exigeait pour la veuve et les orphelins de David OUEDRAOGO, ce dernier brulé vif par vos soudards.

Où est le sergent Otis affecté à Gaoua et qui n’a jamais rejoint son poste car simplement intercepté et abattu comme un animal par vos nettoyeurs? Où est NEBIE quatre roues? Où sont tous ces autres dont les noms devraient en principe hanter votre conscience si, du reste, vous en avez encore une, mon Général?

Mon Général, devrai-je parler de la guerre civile en Côte d’Ivoire? Je crois savoir que vous n’avez pas eu à y envoyer des hommes de l’ex-RSP, que vous n’avez même pas eu à y envoyer des vétérans du Libéria. Je ne dirai donc pas que ces vaillants soldats, que la nation a consenti des efforts pour servir l’Etat, ont servi vos intérêts personnels lors de cette longue guerre à telle enseigne que l’ex-RSP, sous vos ordres, était devenue une entreprise d’exportation de café et de cacao dont les principaux dirigeants, les officiers en charge des affaires ont maintenant des comptes en milliards. Je ne dirai surtout pas que cette entreprise faisait au fait de l’import-export et que les marchands d’armes étaient leurs principaux amis et que la destination d’importation finale Burkina Faso à bien servi à importer massivement des armes de toutes sortes dont la destination finale à bien été ailleurs.

N’est-ce pas qu’une enquête internationale a épinglé notre pays et que sentant l’étau se resserrer, quelques mutineries ont été suscitées à dessein pour simuler par l’effraction des magasins d’armes, un alibi sur l’évasion des armes vers les pays où elles ont en fait été vendues?

Et je ne dirais pas non plus, mon Général, que la mutinerie de 2011 était celle d’un ras le bol de ces soldats du RSP qui, comprenant l’origine de leurs tourments, s’en sont directement pris à vous-même, brulé le respect à votre mentor qui fut obligé de fuir un instant le palais et défié quelques autres de ses chefs qu’ils estimaient à tort ou à raison responsables. Ils n’ont pas épargné ces soi-disant hommes d’affaires principaux courtisans de la belle-famille et de Kosyam dont la richesse et l’opulence n’avaient d’égales que leur arrogance et leur mépris des autres. De façon sélective, ils ont reçu la visite de ces hommes révoltés qui se sentaient en droit de prélever une part des richesses amassées sur leur dos.

Dites, mon Général, si le sang des soldats de l’ex-RSP n’a pas fait le solde de vos comptes bancaires et de celui de votre mentor Blaise COMPAORE, pourquoi n’avez-vous pas eu le courage de les sanctionner ne serait-ce que pour un souci de justice alors que vous avez réprimé durement et sanctionné sans pitié les autres mutineries que celle du RSP a entrainées à Bobo et à Ouaga?! Bien sûr, mon Général, qu’eux aussi étaient des personnes régulièrement recrutées et intégrées dans des corps régulièrement créés. Mais comme ils ont servi régulièrement leur pays et n’ont pas contribué à consolider les comptes bancaires de l’entreprise personnelle de Blaise COMPAORE, ils payent alors le prix de leur forfaiture.

Qu’avez-vous voulu insinuer, mon Général, en disant que les gendarmes touchaient plus que les ex-RSP qui étaient toujours là à assurer la garde car eux ils étaient considérés comme des sous-officiers? Devons-nous comprendre que les gendarmes ne sont pas des militaires ou que les sous-officiers de la Gendarmerie ne devraient pas être employés au regard de leur grade?

Voulez-vous que l’on vous énumère en rappel les avantages formels et non écrits dont vos hommes et vous bénéficiaient? Je ne vous dirai pas que vous aviez par exemple été gratifié d’un véhicule 4×4 neuf par une banque de la place pour n’avoir pas touché un seul franc de votre salaire viré dans le compte de la banque depuis plus d’une vingtaine d’années. Qui d’autre officier de l’Armée régulière pouvait manquer un seul mois de toucher son salaire?

Aussi devriez-vous reconnaitre que l’érection du RSP comme une armée dans l’Armée, a précarisé la situation de l’Armée en général et les privilèges particuliers dont jouissaient vos hommes ont été le corolaire de bien d’injustices et de traitements discriminatoires dans les avancements, les missions, la gestion des hommes et l’administration des ressources matérielles et financières de l’Armée. Toutes choses ayant entrainé des frustrations et des profondes fractures dans la cohésion de cette armée dont les signes patents ont été les révoltes successives des soldats, les procès sur des tentatives de coup d’Etat, les multiples tracts dans les casernes, les désertions en temps de paix, et l’indiscipline dans les rangs. Le Burkina Faso a détenu à une certaine époque la palme des mutineries militaires en Afrique de l’Ouest.

Quelle confusion voulez-vous semer et quelle révolte espérez-vous encore susciter en ces hommes qui ont bien compris depuis votre jeu? Ne savez-vous pas que l’insurrection populaire d’octobre 2014 a été salutaire pour ces hommes? Pourquoi la majorité d’entre eux ont refusé de massacrer le peuple en ne tirant pas sur les insurgés autour de l’Assemblée nationale? Pourquoi Baise est parti en plein midi alors que c’est le peuple révolté avec sa jeunesse mains nues qui bravait en ligne de front le palais de Kosyam face à des soldats pourtant bien armés jusqu’aux dents? Mon Général, c’est parce qu’il avait compris avant vous tous, dès la prise du palais de l’Assemblée nationale, que l’essentiel de ces soldats du RSP avaient pris position pour le peuple et il n’avait plus l’assurance que la poignée des quelques inconditionnels le sauverait de ce qui pouvait advenir.

Les mains  nues face à des barbares du RSP
Un éléments de l’ex-RSP lors de la répression de l’insurrection

Etes-vous allez bien loin dans cette aventure de coup d’Etat qui vous vaut d’être là où vous êtes? On vous a bien entendu dans ces fameuses conversations téléphoniques diffusées dans les médias et sur le net traiter ces soldats de vauriens, qui ont pillé l’argent que vous leur avez donné et qui n’ont rien fait. Et vous voulez nous faire croire que vous êtes le chef qui se soucie de ses soldats même en taule? Si le ridicule pouvait tuer? Il y a longtemps que vous n’êtes plus que le chef de vous-même, mon Général.

Le peuple du Burkina s’est dressé comme un seul homme et a refusé, croyez-moi mon Général, bien plus que la modification de l’article 37. Ce peuple courageux a rejeté l’iniquité d’un pouvoir fondé sur la prédation et le mépris de la vie.

Le peuple insurgé a redonné espoir et réconcilié ses enfants qui sont sous le drapeau, mon Général. Et si d’aventure vous ne croyez pas aux faits du peuple, croyez à ce qui est plus grand que les peuples, Dieu le maître des circonstances et des évènements. Il a aussi su apaiser les cœurs des uns et des autres et nous nous réjouissons de la manière dont il nous a préservés du chaos.

Un ancien officier

http://lesechosdufaso.net/

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