yahya-jammeh-592x296D’après les résultats d’une enquête menée par les ONG Trial International et Human Rights Watch, publiés le 16 mai, l’ex-homme fort de Banjul serait responsable de l’exécution d’une cinquantaine de migrants échoués en Gambie en 2005. Un rapport d’enquête conjoint de la Cedeao et de l’ONU datant de 2008 avait pourtant innocenté le régime de Yahya Jammeh.

L’ex-président Yahya Jammeh sera-t-il traduit devant la justice ? Alors que la mobilisation s’organise pour que son cas suive la jurisprudence Habré, 50 nouveaux crimes lui sont imputés, selon des éléments d’enquête rendus publics ce mercredi 16 mai par les ONG Trial International et Human Rights Watch .

Selon ces deux organisations, le 22 juillet 2005, date anniversaire de la prise de pouvoir en Gambie de Yahya Jammeh, une cinquantaine de migrants en route vers l’Europe – dont une majorité de Ghanéens mais également des Nigérians, des Sénégalais, des Ivoiriens et des Togolais – échouent à Barra, en Gambie. Ils sont aussitôt arrêtés par la police. Les forces de sécurité gambiennes sont alors en état d’alerte, car elles ont reçu des informations selon lesquelles un coup d’État serait en préparation. Les corps de huit d’entre eux seront finalement retrouvés. La trace des autres se perd en Gambie.

Selon Trial International et Human Rights Watch, les migrants en perdition auraient été assassinés par les « Junglers », une unité paramilitaire issue de la garde présidentielle gambienne. Les témoignages de l’unique survivant du naufrage (un Ghanéen) et des anciens responsables de la sécurité gambienne ont permis aux ONG de pointer les responsabilités de la « brigade de tueurs de Jammeh », dont les chefs recevaient directement leurs instructions de l’ancien chef de l’État.

Des preuves compromettantes détruites ?

Ces accusations viennent directement contredire les conclusions d’un rapport d’enquête conjoint de la Cedeao et de l’ONU. Datant de 2008, celui-ci n’a jamais été rendu public. Les organisations régionale et internationale avaient estimé que le gouvernement gambien n’était pas « impliqué directement ou indirectement » dans les assassinats et les disparitions, qui étaient le fait d’« éléments incontrôlés » au sein des services de sécurité gambiens, « agissant pour leur propre compte ».

Les responsables de la sécurité gambiens auraient reçu des pressions en haut lieu afin de ne pas parler aux enquêteurs

Pour Bénédict de Moerloose, responsable du département « droit pénal et enquêtes » au sein de Trial International, l’enquête de l’époque n’avait pas pu se faire dans des conditions adéquates, les responsables de la sécurité gambiens ayant reçu des pressions en haut lieu afin de ne pas parler aux enquêteurs. Ils avaient de plus détruits des preuves compromettantes tels que les registres de police et des livres de bord des forces navales gambiennes.

Vers un extradition de Yahya Jammeh ?

Les regards se tournent désormais vers les autorités ghanéennes pour rouvrir l’enquête. Selon Bénédict de Moerloose, la Gambie n’est pas dans les conditions pour demander l’extradition de Yahya Jammeh, exilé en Guinée équatoriale après la chute de son régime. « C’est au Ghana d’agir. Il a désormais les bases juridiques pour le faire. Le pays est stable, c’est une démocratie durable et sa justice a les moyens de lancer ce genre d’enquête », affirme l’avocat.


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La société civile ghanéenne soutient très fortement la demande d’extradition de l’ancien homme fort de Gambie. Les autorités du pays sont également mobilisées. Le chef de la police ghanéenne, qui s’exprimait ce mercredi lors d’une conférence de presse, l’a affirmé : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir afin que cette démarche aboutisse ».

Mais le président de la Guinée équatoriale représente un obstacle de poids. Teodoro Obiang Nguema s’est positionné en protecteur de l’ancien chef de l’État et a affirmé en janvier dernier qu’il n’accepterait aucune demande d’extradition. Les ONG comptent donc désormais sur un isolement du président Obiang sur la scène diplomatique. Elles espèrent notamment que les pays de la Cedeao dont les migrants sont ressortissants – le Ghana, le Nigeria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo – soutiennent l’initiative. « C’est désormais une question politique », estime Bénédict de Moerloose.

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