yahyajammeh-afp_Répondant au recours de Jammeh, la Cour suprême juge impossible de statuer avant des mois et prône une solution négociée avec le président élu Adama Barrow.

C’est un vrai coup de théâtre qui s’est produit à Banjul à propos du recours de Yahya Jammeh à la suite de sa contestation des résultats de la présidentielle. En effet, déterminé à rester au pouvoir en Gambie jusqu’au terme de ses recours électoraux, Yahya Jammeh a subi un nouveau revers mardi, la Cour suprême jugeant impossible de statuer avant des mois et prônant une solution négociée avec le président élu Adama Barrow. Cela est intervenu à la veille de la date prévue d’une nouvelle mission régionale à Banjul, conduite par le chef d’État du Nigeria, poids lourd du continent, Muhammadu Buhari, et son homologue libérienne Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, 15 pays). Du coup, la mission « a été reportée à vendredi à la demande » de M. Jammeh, a annoncé la présidence nigériane. La Gambie traverse une crise depuis que Yahya Jammeh, à sa tête depuis 1994, a annoncé le 9 décembre qu’il ne reconnaissait plus sa défaite à l’élection présidentielle du 1er décembre, une semaine après avoir pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire. Depuis ce revirement, il subit de nombreuses pressions extérieures, notamment de la Cedeao, pour quitter le pouvoir le 19 janvier, après l’expiration de son mandat. Le 13 décembre, son parti a saisi la Cour suprême d’une demande d’annulation de l’élection, arguant d’irrégularités dans la comptabilisation des votes et l’organisation du scrutin. Deux autres recours ont été déposés le 3 janvier.

L’impossibilité pour la Cour de statuer

Mais cette juridiction est dans l’impossibilité de se prononcer avant plusieurs mois, le temps de remplacer les juges manquants depuis plus d’un an et demi, a déclaré mardi son président, le magistrat nigérian Emmanuel Fagbenle. « Nous ne pourrons statuer que lorsque la Cour sera au complet », avec l’arrivée de juges du Nigeria et de Sierra Leone dans les prochains mois, a affirmé M. Fagbenle lors d’une audience sur le premier recours, précisant que ces deux pays avaient indiqué qu’ils ne disposaient pas de magistrats pour remplir cette mission dans l’immédiat. L’explication de cet état de fait, c’est que la Gambie, petit État de moins de deux millions d’habitants, fait souvent appel à des magistrats d’autres pays anglophones pour renforcer son système judiciaire. En attendant, l’audience a été renvoyée au 16 janvier, selon le juge Fagbenle, qui a exhorté les protagonistes à en profiter pour « résoudre pacifiquement » leur contentieux. Faute d’issue judiciaire à court terme, a-t-il dit, « il ne nous reste pour résoudre le litige que la médiation de la Cedeao et la commission inter-partis mise en place par le gouvernement » avec le soutien de l’ONU. Trois journalistes sénégalais, travaillant pour trois médias distincts, ont été interpellés mardi alors qu’ils couvraient l’audience de la Cour suprême, puis expulsés de Gambie par des agents de sécurité, selon des témoins et leurs rédactions. Un journaliste gambien a été interpellé et retenu quelque temps pour avoir pris des photos avec son téléphone à la même occasion, selon un témoin.

Jammeh, un homme de plus en plus isolé

La nouvelle mission de la Cedeao, après une précédente tentative infructueuse le 13 décembre, vise à « discuter avec le président Jammeh de l’impératif de respecter la Constitution », avait indiqué lundi le Nigeria, précisant qu’un transfert pacifique du pouvoir était préférable, mais qu’un recours à la force n’était pas exclu. Yahya Jammeh a assuré le 20 décembre qu’il ne céderait pas le pouvoir tant que la Cour suprême n’aurait pas statué sur ses recours électoraux. Et le 31 décembre, il a exclu toute négociation avec la Cedeao, l’accusant de partialité. À moins de dix jours de la fin de son mandat, il apparaît de plus en plus isolé.

Il a limogé mardi, sans explication, son ministre de la Jeunesse et des Sports, Alieu K. Jammeh, qui n’a aucun lien de parenté déclaré avec lui, en poste depuis 2012, selon un communiqué diffusé mardi soir. Une mesure similaire avait été annoncée lundi, sans explication non plus, pour son ministre de l’Information et de la Communication depuis janvier 2015, Sheriff Bojang. Ce dernier a affirmé dans un message sur Facebook avoir démissionné et s’être exilé au Sénégal voisin. Auparavant, une source au ministère des Affaires étrangères avait fait part lundi à l’AFP de la destitution de douze ambassadeurs gambiens à l’étranger qui avaient appelé Yahya Jammeh à céder pacifiquement le pouvoir à Adama Barrow.

http://afrique.lepoint.fr/

This Post Has Been Viewed 0 Times