Dans son camp caché dans la forêt en bordure de Bangui, le caporal chef anti balaka "Rambo" dirige quelques centaines d'hommes.
Dans son camp caché dans la forêt en bordure de Bangui, le caporal chef anti balaka « Rambo » dirige quelques centaines d’hommes.

C’est un véritable reître centrafricain que la CPI vient d’embarquer ce 17 novembre 2018 depuis Bangui avec cap sur la prison de La Haye : Alfred Yekatom alias «Rambo». Cet ancien caporal de l’armée de la RCA, s’est mué en véritable spadassin entre 2013 et 2014 au lendemain de l’accession de la seleka au pouvoir avec le président Michel Djotodia. Ecumant avec ses milices le PK 9  Bangui et les villes de Bimbo, Cekia, Pissa et Mbaiki, ce soldat en rupture de ban avec les FACA menait tranquillement des guerres de rapines dans les provinces d’Oubella-M’Poko, Lobaye et même sur le fleuve Oubangui. Rien ne semblait l’arrêter, puisque même les forces de Sangaris qui l’avaient alpagué le 23 juin 2014, le libéreront peu après. Il poussera le bouchon, cette même année 2014 pour attaquer un commissariat à l’arme lourde pour libérer son frère.

C’était sans compter avec la CPI qui enquêtait à l’époque, sur sollicitation de l’ex-présidente de la transition, Catherine Samba-Penza et l’erreur de trop est survenue ce 29 octobre 2018 sous la forme de 2 coups de feu tirés en plein hémicycle. Una algarade avec un député, au sujet de l’éviction de l’ancien occupant du perchoir, Karim Mackassoucan au profit de Laurent Ngar Baba, aura été à l’origine de ce comportement irresponsable qui lui coûte bonbon.

Car, en vertu du «délit de flagrance» qui fait sauter l’immunité parlementaire du député Alfred Yekatom, puisqu’il a été élu, celui-ci est emprisonné d’abord au camp de Roux le QG des FACA, et après des échanges au cours des jours suivants dont un entretien entre le président Archange Touadera et la procureure de la CPI, Fatou Bensoudan, «Rambo», sobriquet fautif s’il en est, puisque le personnage du cinéma défendait les faibles, ce faux Rambo centrafricain, deviendra un «colis pour La Haye». Un transfèrement qui a été entouré d’une discrétion étatique et judiciaire pour ne pas causer des troubles de la part des séides de Yekatom qui rime avec hécatombes en RCA, puisque la CPI laisse pendre sur sa tête les chefs d’accusation de «crimes contre l’humanité et crimes de guerre».

C’est donc un leader anti-balaka, qui vient ainsi d’aller vers la justice, et ils sont un certain nombre, qui au cours des récentes années de plomb (2013-2014)se sont livrés à des exactions, des viols et autres écarts avec les droits de l’homme qui devront répondre un jour. On se rappelle qu’un des généraux anti-balaka, qui fit le coup de feu contre sa rivale selekiste, a été condamné aux travaux forcés : le général Ondilo.

Une cour pénale spéciale officie désormais en RCA, sur les laideurs de la crise de 2013-2014 et sans doute, outre le fait que la CPI, juridiction supranationale œuvrera à punir les «seigneurs de guerre», cette justice locale, fera aussi son travail et les criminels qui ensanglantent l’ex-Oubangui-Chari, doivent payer. A qui le tour ?

Sam Chris