sexC’est un fait. Nous le savons toutes. L’orgasme n’est pas toujours au rendez-vous quand nous faisons l’amour. Mais est-ce si grave ?

Revendiquer notre droit à l’orgasme reste  un signe d’empowerment

Pendant des siècles, personne ne se posait la question du plaisir féminin. Pire encore, il a pu être diabolisé, stigmatisant une femme de petite vertu, ou jugé par la psychiatrie d’autrefois comme un signe de démence !

Heureusement, les temps ont bien changé. Notre plaisir a peu à peu cessé d’être un objet de tabou ou de réprobation, avant de devenir un centre d’intérêt, et de se mettre au cœur des dialogues. Comment ne pas voir cela comme un progrès ?

Les femmes revendiquent leurs droits, tous leurs droits, et parmi eux se trouve le droit à la jouissance. Elles aspirent à l’égalité des genres dans tous les domaines, y compris la sexualité.

Lever les tabous sur notre plaisir, mieux connaître notre corps et mieux le faire connaître au sexe opposé, c’est évidemment un geste naturel d’empowerment.

Les femmes aspirent à être des sujets sexuels, pour ne plus jamais être des objets sexuels. Elles veulent reprendre le pouvoir sur leur plaisir, le maîtriser, le provoquer, et non plus attendre qu’il leur soit donné (ou pas !) par un partenaire, qui est prié toutefois de s’en soucier ! Vouloir jouir plus souvent, plus  consciemment, plus fort, plus librement, et même plus savamment (car évidemment, plus on développe la connaissance de son corps, mieux on jouit), c’est un souhait naturel d’une femme contemporaine et qui vit avec ambition !

Mais dans cette quête de l’ultime orgasme, de la jouissance simultanée, ou encore de l’éjaculation féminine, ne finit-on pas par en oublier l’essentiel ? Jouir est-il devenu l’unique objectif d’une étreinte ? Si on ne veut plus d’hommes qui prennent leur plaisir sans prendre le nôtre en compte, un amant qui nous demande avec angoisse « Tu as joui ? », comme s’il attendait une bonne note, nous semble tout aussi hors-sujet. Et si l’intérêt pour l’orgasme avait fini par devenir une obsession ? Et si, à force de chercher à jouir, nous finissions pas oublier de jouir de l’instant ?

 

 

Jouir ou ne pas jouir. Et si ce n’était pas la question ?

Tu as souvent entendu dire que les hommes et les femmes avaient un rapport différent à l’orgasme : chez l’homme, ce serait assez automatique, cela marcherait à tous les coups, alors que chez la femme , l’orgasme lors d’un rapport sexuel advient bien plus rarement. La différence entre hommes et femmes n’est pas si nette : si tu poses la question aux hommes de ton entourage, tu pourras constater que s’ils donnent l’impression de toujours jouir, c’est parfois mécanique, sans intérêt, très loin des orgasmes intenses qu’ils vivent, finalement, aussi rarement que nous.

Jouir ou ne pas jouir n’est donc pas l’ultime critère, ni pour les femmes, ni pour les hommes, pour jauger l’intensité du plaisir pris lors d’un rapport sexuel. A l’inverse, si nous voulons un orgasme assuré et sur mesure, nous avons à notre dispositions les sex toys les plus élaborés, de vrais bijoux de technologie ! Alors, si nous cherchons encore un plaisir bien plus aléatoire dans les bras les bras d’un autre humain, c’est que faire l’amour apporte quelque chose de plus que la simple jouissance : la relation, avec tout ce qu’elle contient d’échange, de découverte, d’émotion et de trouble.

La sexualité et la notion de performance n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre, et on a beau le savoir, hommes et femmes restent soucieux de correspondre, même dans ce domaine de l’intime, à des normes ou à des modes. Pourtant tu sais à quel point un amant soucieux de performer devient stressant, et ce-faisant, tue chez toi tout désir, annihile toute chance que tu jouisses tandis qu’il enchaîne les positions comme s’il voulait te montrer tout ce qu’il sait (ou croit savoir) faire, et te met une pression contreproductive en guettant les manifestations de ton plaisir, pour enfin te demander : « C’était comment ? »

Dans ces conditions, comment pourrait-on se laisser aller à notre plaisir ? L’orgasme féminin n’est ni garanti par la technique savante d’un amant, ni par les mensurations intimes de celui-ci, ni par la durée du rapport sexuel, ni même par les sentiments et/ou le désir qu’une femme éprouve pour son partenaire. En réalité, rien ne garantit l’orgasme féminin… Mais une condition le facilite néanmoins : le lâcher-prise, la capacité à s’abandonner, à arrêter de contrôler et à être dans l’instant. Le paradoxe est là : pour atteindre l’orgasme, et avoir des orgasmes de plus grande intensité, il faudrait arrêter de chercher à en avoir !

Un couple vraiment uni, proche, dont la sexualité est vraiment riche, voit sa sexualité comme un échange sans finalité. Il peut commencer à faire l’amour et arrêter pour se câliner, et continuer plusieurs heures après, ou le lendemain, sans avoir l’impression de le pas avoir achevé son étreinte. Ce même couple ne voit aucun inconvénient à ce que seul un des deux ait joui : l’autre partenaire, au lieu de se sentir frustré, se sent pleinement comblé d’avoir donné du plaisir, et d’en avoir pris énormément, dans tout ce qui constitue 99% d’un rapport sexuel : le plaisir de l’étreinte en elle-même, et non sa conclusion.

Et si, parmi tous nos objectifs de rentrée, notre objectif en matière de plaisir sexuel était de ne pas se donner d’objectif, mais plutôt… du plaisir ?

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