chefcLes chefs coutumiers membres de l’Association Song Naam de Koudougou ont animé une conférence de presse le samedi 10 février 2018 autour du dossier Faso Fani, notamment sur l’implantation de l’usine turque Ayka textile à Ouagadougou. Sous la houlette de son président, le Naaba d’Issouka, Saaga 1er, Song Naam a invité le Président du Faso à œuvrer au respect de sa promesse de campagne liée à la réouverture de Faso Fani.

 

 

L’association Song Naam compte une dizaine de membres tous chefs coutumiers de Koudougou et de ses environs. Elle est apolitique et regroupe des chefs coutumiers politiquement non partisans. «Song Naam œuvre auprès de la population et des autorités par la promotion des valeurs de paix, de solidarité et de développement », a introduit le chef d’Issouka, Naaba Saaga 1er, président de l’Association. Il a indiqué que cette conférence est conforme à leur rôle de veille citoyenne et de garants de la paix et de la stabilité dans leurs contrées. «Nous nous sommes sentis interpellés par ce sujet qui crée de la passion dans la cité du Cavalier rouge. Nous félicitons le gouvernement pour avoir compris qu’étant un des premiers producteurs de coton, il était urgent que nous ayons une usine pour transformer notre production sur place afin de créer de la valeur ajoutée. Cependant, nous avons été approchés par des personnes qui ont formulé leurs inquiétudes et affiché leur désapprobation quant au choix de Ouagadougou comme site de cette usine, nonobstant la promesse du Président Roch Marc Christian Kaboré de ressusciter Faso Fani », avance le chef d’Issouka, regrettant qu’une communication n’ait pas été faite pour mieux éclairer la population à ce sujet.

«Nous élevons notre voix pour appeler à l’apaisement tout en souhaitant une reconsidération de cette décision », ont lancé les chefs coutumiers de Song Naam. Ils fondent leur appel sur le fait que Koudougou a été toujours présentée comme la cité du textile, la ville est traversée par le chemin de fer, abrite une usine d’égrenage de la SOFITEX, dispose d’infrastructures d’accueil ainsi que d’une expertise avec l’université Norbert-Zongo. En outre, la zone a une bonne production en coton. «Pour nous, une promesse est sacrée. Les autorités du pays ont la clé de l’apaisement concernant ce dossier et elles doivent travailler à rassurer les populations que la promesse à elles faite sera respectée », poursuit Naaba Saaga 1er. Tout en invitant la population à faire preuve de patience et de retenue, il a exhorté les autorités à honorer la confiance placée en elles. ‘’Nous avions indiqué qu’un espace, dans le prolongement de l’ex-Faso Fani, est disponible pour accueillir une nouvelle usine si d’aventure on estimait que l’ancien site n’est pas viable. Jusqu’à présent, le Président du Faso ne s’est pas prononcé sur ce sujet. Nous avons des fils auprès de lui. Nous espérons qu’ils lui souffleront à l’oreille afin qu’il réponde au vœu des fils et filles de la région’’, ont souligné les conférenciers.

 

« Nous vous supplions, au nom de notre Bonnet »

 

Ils ont émis des doutes quant à la viabilité de deux usines textiles au Burkina Faso. Chose qui les a motivés à demander au gouvernement de revoir sa position dans le sens d’orienter les investisseurs à Koudougou. Les chefs coutumiers ont indiqué avoir eu vent du mécontentement ressenti par les populations de la région du Centre-Ouest à l’annonce de l’implantation d’une usine textile à Ouagadougou. « Le vœu de ces gens, c’est que cette décision soit reconsidérée. Ils nous disent avoir l’impression que tout est fait pour étouffer économiquement Koudougou et la région. Ils en veulent pour preuve la fermeture de la Brakina, de la SAP, du Cours Normal, de l’usine de savonnerie, du camp militaire ainsi que de l’arrêt des dédouanements à l’agence SITARAIL de Koudougou. Ces citoyens estiment qu’on cultive la révolte en eux. Nous nous posons aussi des questions. Pourquoi ces faits ne tombent que sur Koudougou ? Nous nous alignons derrière les citoyens pour exhorter le gouvernement à respecter la promesse de campagne. Ceci, en rouvrant Faso Fani, ou à défaut en ramenant l’usine de textile à Koudougou », ont réagi les ‘’têtes couronnées’’ en réponse aux questions des journalistes. Ils ont fait remarquer que leur rôle de garants des coutumes et de leaders d’opinion, leur commande de prôner l’apaisement et la cohésion entre les citoyens et les gouvernants.

Leur position leur permet de voir et d’entendre tout ce qui émane du peuple et de faire des projections sur ce qui peut arriver. Aussi, afin d’anticiper les mécontentements, les chefs, se disant attachés à la paix, ont appelé les uns et les autres à s’inscrire dans l’esprit républicain et dans l’interpellation citoyenne. «Avec le poids de notre Bonnet, nous supplions le gouvernement et particulièrement le chef de l’Etat de ramener l’usine textile à Koudougou ou de prendre des dispositions pour remettre en marche l’ex-Faso Fani», ont lancé très solennellement les garants des coutumes membres de l’Association Song Naam. Ils ont clos la conférence en réaffirmant leur rôle de défense du juste, de la paix et des intérêts populaires.

Cyrille Zoma

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