upc-1Après un long processus fait de valse-hésitation, le nouveau code électoral façon MPP vient d’être voté par l’Assemblée nationale, malgré une âpre mais vaine lutte de l’opposition pour contrer ce qui apparaît aux yeux de tout observateur sincère et averti, comme la base de futures élections opaques, ouvrant la voie à des possibilités de tripatouillage, notamment pour les élections de 2020.

 

Ce qui apparaît de plus en plus clairement dans la gestion chaotique du sujet au sommet de l’exécutif et à travers les contradictions publiques au sein même du gouvernement, c’est que le pouvoir MPP, sous l’impulsion du président Roch Marc Christian Kaboré, cherche jusque-là ‒ tout le monde l’aura compris ‒ à restreindre massivement la participation des Burkinabè de l’extérieur aux futurs scrutins nationaux.
Pourquoi ce vote apparaît-il comme une menace pour le pouvoir actuel ?

Ainsi, « les promesses », la main sur le cœur du président Roch Marc Christian Kaboré, « n’engagent que ceux qui y croient » et la diaspora burkinabè, qui attend depuis plusieurs décennies de pouvoir exercer ce droit constitutionnel élémentaire de citoyen qu’est le droit de vote, serait bien avisé de regarder de près ce que leur réserve ce nouveau code électoral. Il nous montre comment Le Président tient son engagement de faire voter pour la première fois en 2020, les Burkinabè vivant à l’extérieur. C’est-à-dire le moins possible.

Pour aller à l’essentiel, deux dispositions phares de ce nouveau code portant sur le vote des Burkinabè de l’extérieur posent problème et inquiètent l’ensemble de la diaspora. Ces 2 dispositions concernent les documents qui seront admis pour voter, à savoir le passeport et la CNIB et les lieux où seront ouverts les bureaux de vote, à savoir les ambassades et Consulats Généraux.

Il ne faut pas être un génie pour comprendre que l’impact de ces deux dispositions du nouveau code électoral, va réduire à une peau de chagrin le nombre des Burkinabè de l’extérieur qui pourront exercer ce droit que la constitution leur reconnaît. Mais les pouvoirs qui se sont succédés depuis 2009, date de la 1ère loi électorale promettant ce vote aux Burkinabé de l’extérieur, ont jusqu’ici allègrement piétiné ce droit, quelquefois avec le soutien et la compréhension bienveillante de certains Burkinabé de l’extérieur eux-mêmes.

Voyez par vous-mêmes.

La restriction du droit de voter, réservée uniquement aux détenteurs d’une CNIB ou d’un passeport, va exclure automatiquement tous ceux qui n’en ont pas et à qui il ne sera pas possible de se rendre au Burkina pour se faire établir ces documents d’ici 2020 – pour raison économique, pour raison professionnelle, pour raison de santé, et tous ceux qui, partis depuis longtemps du Burkina, n’ont plus de cellule familiale d’accueil au pays pour y revenir dans des conditions acceptables (sans pour autant avoir renoncé à leur nationalité), etc…

Au-delà des difficultés liées aux conditions mêmes d’établissement d’un certificat de Nationalité, le coût financier d’un aller-retour au Burkina pour faire une CNIB ou un passeport constitue un sérieux handicap pour les individus et leurs familles.

Cette restriction va donc concerner des millions d’électeurs (environ 2 millions ne serait-ce qu’en RCI et plus de 1 million au Ghana pour ne citer que ces deux exemples). 
Ces millions d’électeurs sont en droit d’attendre de leur pays et de leurs gouvernants, des mesures concrètes pour leur facilité l’accès à leurs droits fondamentaux.

Si le Président du Faso ne veut pas que son engagement sur ce sujet, tant de fois réaffirmé, donne l’image d’une montagne qui a accouché d’une souris, il doit trouver les voies et moyens pour lever cette injustice et cette nouvelle trahison de la confiance des millions de Burkinabè de l’extérieur qui ne sont pas moins Burkinabé parce qu’ils vivent en dehors de nos frontières. 
Qui ne sont pas citoyens uniquement quand ils doivent s’acquitter de leurs devoirs et s’abstenir de l’être quand vient le moment de jouir normalement de leurs droits.

Pour illustrer cette injustice aux yeux de tous ceux qui pensent que ce n’est pas si grave que ça, regardez combien de temps et à quel prix nos frères et voisins du Mali ont rendu possible la participation du Nord de leur pays aux mains des djihadistes aux élections nationales. . Et pourtant, il eut été plus facile d’admettre que l’organisation des élections y était impossible et de priver ainsi, tout comme notre code électoral veut le faire, des millions de Maliens du droit élémentaire de participer aux scrutins nationaux.

2 ou 3 bureaux de votes par pays de résidence des Burkinabè de l’extérieur :

Le pouvoir MPP veut empêcher le plus grand nombre possible de Burkinabè de l’extérieur de prendre part aux scrutins à venir. C’est le contraire qu’on attendait de lui et du président Roch Marc Christian Kaboré. Si les 1 à 2 millions de Burkinabè installés en RCI par exemple, devaient se déplacer pour voter dans leur ambassade ou dans leur Consulat en une journée, il ne faut pas être un grand devin pour imaginer l’impossibilité technique d’organiser un scrutin dans ces conditions.

Comment recevoir une telle marée humaine dans une ambassade et un Consulat aussi vastes soient-ils. N’est-ce pas là la preuve que le pouvoir MPP espère un nombre de votants ridiculement bas ? Cherche-t-il à décourager les Burkinabè de l’extérieur de prendre part aux scrutins à venir, eux qui, dans leur immense majorité, souhaitent un vote transparent, accessible à tous et donc massif ?

Pourtant, ce gouvernement ne manque pas d’informations pour connaître la détermination de la diaspora. L’élection des délégués CSBE, on le sait, a été pour lui un test grandeur nature pour jauger cette détermination, mesurer la capacité de la diaspora à se mobiliser pour un scrutin et surtout pour savoir jusqu’où cette communauté lui est favorable ou non.

Cette élection des délégués CSBE et la tenue en catastrophe du forum de la diaspora en juillet à Ouagadougou, sont à classer dans la catégorie « offensive de charme à l’adresse de la diaspora » mais aussi galop d’essai. Les Burkinabè de l’extérieur ont montré dans la plupart des pays où ces votes se sont tenus, un esprit d’indépendance et une extraordinaire capacité à résister aux méthodes habituelles de dévoiement des votes.

Quant à l’inscription sur les listes électorales, notamment pour ce qui concerne notre jeunesse, les propositions du gouvernement pour gérer l’arrivée massive de ces jeunes en âge de voter et leur enrôlement laissent sans voix.

Informer les électeurs de leurs droits par sms pour une population dont on ne sait pas combien détiennent des téléphones, ni qu’elle est leur aptitude à utiliser ce mode de communication et dont on sait par ailleurs qu’une frange non négligeable est analphabète, c’est faire preuve soit d’un incroyable cynisme, d’un amateurisme ou d’un impardonnable refus de prendre en compte les réalités sociales de notre pays et de sa diaspora en particulier.

Les Burkinabè de l’extérieur étaient déjà des sous-citoyens parce que privés d’un des piliers qui fondent la citoyenneté, le droit de s’exprimer par le vote. Le nouveau code électoral va établir deux catégories de Burkinabé de l’extérieur. Ceux qui auront le droit de voter et ceux à qui il va falloir expliquer leur condition de sous-sous-citoyens. Ce n’est bien évidemment pas le changement ce que les Burkinabè attendaient.

Ceux qui se répandent dans la presse avec des arguments trompeurs, manipulateurs, favorables à un vote minimaliste de la diaspora et qui laissent croire que la carte consulaire a été écartée parce qu’il y a déjà dans la nature un nombre incalculable de cartes consulaires falsifiées, passent sous silence le fait que la durée de validité de la carte consulaire est de 2 ans et que donc la quasi-totalité des détenteurs actuels de cette carte, seraient amenés à la renouveler avant les élections de 2020.

De même, ceux qui prétendent que la carte consulaire ne prouve pas la nationalité, ignorent ou font semblant d’ignorer que son établissement est conditionné par la présentation d’un Certificat de nationalité burkinabè. 
À moins que ce gouvernement ne s’avoue incapable de nous protéger contre la fraude et le trafic massif de faux documents, cet argument n’est donc pas recevable pour justifier du refus de prendre en compte la carte consulaire comme document de vote. 
Alors ?

Qu’est-ce qui fait peur au pouvoir MPP et ses alliés sinon le vote massif lui- même de la diaspora et la perspective que ce vote ne lui soit défavorable ?

Nous dénonçons :

1) La volonté de l’exécutif du Faso de tenir seulement du bout des lèvres son engagement de rendre effectif le vote de la diaspora

2) La volonté du gouvernement de faire du vote des Burkinabè de l’extérieur un vote juste symbolique, un vote minimaliste et donc, une tromperie pour l’immense majorité de la diaspora

3) Les conditions fixées dans le nouveau code électoral qui excluent du droit de voter, tous ceux parmi les Burkinabè vivant à l’extérieur qui ne pourront pas se rendre au Burkina pour faire établir ou renouveler un passeport ou une CNIB ou qui ne pourront pas se déplacer le jour du vote dans leur ambassade ou leur consulat général

4) Le manque de transparence dans l’établissement des listes électorales et l’absence de dispositions claires et accessibles à tous pour faciliter l’inscription des futurs électeurs sur ces listes

Demandons au gouvernement

1) de tout mettre en œuvre pour que tout Burkinabè vivant à l’étranger puisse renouveler ou faire établir dans son ambassade ou son consulat général l’une des pièces requises pour voter, sans pour cela devoir se déplacer au Burkina.

2) d’assumer sa responsabilité à l’égard des citoyens vivant à l’extérieur, en facilitant l’accès aux bureaux de votes par la création de ces bureaux au plus près des lieux de résidence des électeurs, tout comme nos pays frères du Mali, du Sénégal et bien d’autres sur le continent africain, l’ont courageusement fait pour leur diaspora.

Appelons l’ensemble des Burkinabè à se mobiliser pour que le vote des Burkinabè de l’extérieur soit effectif, inclusif et permette au plus grand nombre possible de nos compatriotes vivant à l’étranger, d’exprimer librement leur citoyenneté dans des conditions équitables et justes.

Fais à Paris le 7 août 2018

La Fédération UPC de France