habib-faye-3-592x296-1524670274De Omar Pene à Thione Seck, nombreux sont les musiciens sénégalais à rendre hommage au génie de la basse décédé ce mercredi 25 avril au matin.

Habib Faye est le musicien qui a fait de la basse l’un des instruments incontournables au Sénégal. Ses coups d’éclat au sein du Super-Étoile de Youssou N’dour ont fini par en faire l’un des accompagnateurs favoris des artistes les plus connus du pays, tant sur scène qu’en studio, de Viviane Chidid à Abdou Guité Seck. Et que dire de son travail au-delà des frontières sénégalaises ? Son nom apparaît dans les discographies d’artistes de tout bord, du jazz à la pop en passant par le zouk.

Né au sein d’une fratrie de musiciens, le petit frère de Vieux Mac Faye, Lamine Faye, et Adama Faye a su tirer son épingle du jeu en faisant preuve d’une versatilité à toute épreuve. Son album, H2O, auquel participent Julia Sarr, Manu Dibango, Youssou N’dour et Angélique Kidjo, en témoigne largement.

Depuis quelques temps, cet architecte de la musique, également claviériste et producteur, parcourait le Sénégal en classifiant les rythmiques propres à chacune des ethnies du pays. Le tout pour les mêler au jazz, genre musical qui l’animait. Le musicien de 53 ans n’aura pas eu le temps de partager ses dernières expérimentations, au grand dam des musiciens sénégalais qui lui rendent hommage ci-dessous.

Le chanteur Omar Pene : « Un immense musicien »

« Habib était mon jeune frère. Son grand frère, Adama Faye, avec qui je jouais au sein du Super Diamono était aussi un frère. Je suis un ami proche de cette famille. Quand Adama et moi répétions, Habib nous accompagnait alors qu’il n’avait que 12 ou 13 ans. Il a, par la suite, fait une très belle carrière au sein du Super-Étoile et a accompagné de très grandes stars de par le monde. C’était un homme très poli, très disponible, très discipliné et très intelligent. Nous avons perdu un immense bassiste, un immense musicien. Et c’est cruel… Il était extrêmement talentueux. Je pense à Youssou N’dour qui a aussi perdu un ami. Nous, musiciens sénégalais, devons désormais nous passer de quelqu’un qui a fait beaucoup pour la musique de chez nous. »

Le chanteur et joueur de kora Ablaye Cissoko : « Il nous a tous bercé »

« C’est avec tristesse que j’ai appris la disparition de Habib Faye, qui était mon ami et frère. Il était un musicien multidimensionnel, un bassiste et un arrangeur talentueux. Il était un musicien à qui nous devons énormément. Il a largement contribué à l’évolution de la musique sénégalaise. L’an dernier, nous avons effectué une série de concerts au Sénégal mais aussi ailleurs sur le continent et en Europe. Cela a donné naissance à la production d’un EP qui devait précéder la sortie d’un album en commun prochainement. Nous attendions le bon moment pour le publier… J’ai connu Habib comme tous les artistes sénégalais l’ont connu. Soit à travers sa musique. Il nous a tous bercé. Nous avons tous été fans de lui d’emblée, rêvions tous de jouer un jour à ses côtés. J’ai eu cette chance. Je prie pour le repos de son âme. »

Le chanteur et musicien Ismaël Lô : « Il était d’une générosité débordante »

« C’est très douloureux et très difficile de m’exprimer à propos de Habib aujourd’hui. C’était un artiste complet, d’une dimension exceptionnelle. Au-delà du fait que je le considère comme membre de ma famille musicale, moi-même me considère comme un membre à part entière de la famille Faye. Nous entretenions des liens extraordinaires. Habib était quelqu’un de généreux, de courtois et de très respectueux. Il était d’une générosité débordante. Il aimait raconter des blagues et mettre l’ambiance un peu partout. Il nous a tous surpris ce matin. J’en ai même perdu ma voix. Je présente mes condoléances au Sénégal, à l’Afrique et à toutes les personnes qui l’ont aimé sans le voir ou le savoir. »

Le chanteur et musicien Wasis Diop : « Un génie n’en a jamais pour longtemps »

« Cette disparition confirme tout ce qui a été dit sur les génies : malheureusement, un génie n’en a jamais pour longtemps. On parle là d’un homme jeune, au talent si démesuré que le Sénégal n’a jamais pu s’en servir comme il se doit. Je me suis souvent plains le concernant. Pourquoi restait-il au Sénégal où son talent était inexploité ? Je pense qu’il avait aussi pris sur lui le bonheur de vivre dans son pays, avec sa femme et ses enfants. Il aurait pu faire taire tous les bassistes américains tant il était puissant. Je me souviens que son manager l’avait dirigé vers moi à la période où il avait pris sa liberté. Il cherchait alors à rebondir. Le problème c’est que je ne vivais pas à Dakar. C’était difficile pour moi d’entreprendre quoi que ce soit avec un musicien exclusivement basé à Dakar. C’est la seule raison pour laquelle je ne l’ai pas invité sur mes albums ou sur scène. Nous perdons le plus grand instrumentiste du Sénégal et au-delà. C’est une énorme perte, tant artistique qu’humaine. Il était souriant et très beau. »

Le chanteur Thione Seck : « Il m’appelait son grand frère »

« Habib Faye a largement contribué au succès du Super-Étoile. N’est-ce pas lui qui arrangeait les titres ? Il a été le premier à nous faire entendre un incroyable jeu de bassiste au Sénégal. Lui et moi nous retrouvions tous les vendredis à la mosquée pour prier. J’ignorais qu’il était si malade. Il m’appelait son grand frère, me disait toujours que je pouvais compter sur lui. Il avait beaucoup de respect pour moi. Il est triste qu’il soit parti si tôt. Une fois, en soirée improvisée, nous avons joué ensemble. Quand j’ai repris les prestations au Penc Mi, ma boîte de nuit, il est venu écouter les musiciens et m’a encouragé. Il avait d’ailleurs prévu de passer au studio pour écouter les titres de mon prochain album et, éventuellement, y participer. Nous ne sommes pas immortels mais partir à cet âge-là, si tôt, c’est douloureux. »

Le bassiste Alune Wade : « Son départ est comme la mort d’un lutteur »

« J’ai du mal à trouver les mots tant je suis dépassé. J’avais à peine 10 ou 12 ans quand je l’ai découvert à travers la musique du Super-Étoile. Je n’avais pas encore de basse. Je prenais le balai de ma mère ou un bâton pour imiter Habib Faye. Lui et son frère Lamine Faye, qui jouait au sein du Super Diamono, m’ont beaucoup inspiré. C’est grâce à eux que j’ai commencé la basse. C’est étonnant parce que cet amour et admiration d’enfance, je l’ai encore pour eux. Leurs noms résonnent encore tellement en moi que je ne pouvais imaginer Habib partir comme ça. Son départ est comme la mort d’un lutteur. Le lutteur est tellement fort que l’on ne peut pas s’imaginer le voir mourir un jour. C’est une triste nouvelle non seulement pour la musique sénégalaise et pour tous les jeunes musiciens qu’il a inspiré à son issu. Tous ceux qui ont commencé dans les années 80… C’est une perte pour le Sénégal et pour le monde entier. D’ailleurs, quand un artiste meurt, c’est le monde qui s’appauvrit. »

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