platLa conférence tant attendue a enfin débuté ce mardi 12 juin 2018. Annoncée par le chef de l’Etat dans son message du nouvel an (31 décembre 2017), la rencontre sur la réforme du système de rémunération des agents publics réunit cinq centrales syndicales et 21 organisations autonomes. Contestée par certains syndicats, la présente rencontre ambitionne une réforme de la Fonction publique selon trois principes : l’équité et la justice, la soutenabilité des finances publiques et la solidarité.

 

La conférence des forces vives de la nation sur la rationalisation du système de rémunération des agents publics de l’Etat se tient finalement. Le ministre en charge de la Fonction publique, le Pr Seyni Ouédraogo, a justifié la tenue d’une telle rencontre, au cours de la cérémonie d’ouverture des travaux. Le ministre, après avoir soutenu que la crise actuelle dans la Fonction publique appelle une interrogation sur le sens et la portée de l’Etat administratif, a revêtu sa toge d’universitaire pendant quelques instants, pour livrer un cours sur le droit administratif.

Revenant sur la nécessité de la rencontre, Pr Seyni Ouédraogo a signifié que les traitements dans la Fonction publique sont l’expression des comptes en désordre, propres aux nations qui s’abandonnent. « Le désordre de nos comptes se traduit par l’inégalité fiscale. L’égalité fiscale impose l’imposition de tous les revenus, quelle que soit leur dénomination. 
Est-il normal qu’après avoir gagné l’imposition des députés sous la Transition, certains revenus deviennent de vraies citadelles imprenables ? », s’est interrogé le ministre en charge de la Fonction publique, en rappelant aux participants que « la problématique de l’attractivité fiscale de notre territoire doit être abordée sans passion, car notre enclavement nous commande de prendre la bonne mesure de concurrence fiscale ».

« Gommer les injustices de notre société »

À travers la présente rencontre, le ministre de la Fonction publique dit percevoir une « opportunité pour gommer les injustices sociales ». Mieux, il estime que c’est le sort des générations actuelles et futures qui s’y dessine. « Nos fils et filles jugeront notre capacité à traduire pour les plus faibles, les principes de solidarité, de partage, d’amour et de paix, que nous psalmodions tous les jours dans nos lieux de culte », a-t-il relevé.

Pour sa part, le président du mois des centrales syndicales, Guy Olivier Ouédraogo, voit en cette rencontre un cadre pour résoudre, une bonne fois pour toutes, l’épineuse question de l’inégalité du traitement salarial des agents publics de l’Etat et la mise en place de mécanismes pour l’amélioration continue des conditions de vie de l’ensemble des travailleurs.

Aux absents de ce forum qui se veut historique, Guy Olivier Ouédraogo a tenu à leur lancer à un appel, en reprenant cette fameuse citation d’Albert Einstein : « Le monde dans lequel nous vivons est le fruit de notre réflexion. 
Si nous voulons le changer, il faut que nous changeons notre manière de réfléchir ». Taclant à demi-mot certains de ces camarades syndicalistes qui ont boudé le rendez-vous, Guy Olivier Ouédraogo a noté que le Burkina de demain ne saurait se construire avec des questions qui ont toujours prévalu d’oppositions stériles de classes.

Les absents sont toujours attendus

L’équité et la justice, la soutenabilité des finances publiques et la solidarité. Tels sont, selon le Premier ministre Paul Kaba Thiéba, les trois principes qui doivent guider la réforme de la Fonction publique burkinabè. Faisant référence au principe d’équité et de justice, Paul Kaba Thiéba estime que « les agents recrutés avec un même niveau de qualification, devraient bénéficier de rémunérations égales, sinon comparables ».

Quant au principe de la solidarité, il se construit, selon Paul Kaba Thiéba, autour d’un consensus sur des « inégalités raisonnables ». « Elle appelle de ce fait, à ce que chaque agent public accepte, dans la mesure et les limites raisonnables, de concéder certains avantages pour la recherche de la cohésion sociale », a justifié le chef du gouvernement.

Et quand on évoque une remise en cause des acquis des travailleurs, le Premier ministre estime qu’« en matière de négociation sociale, il faut éviter certains termes, certaines postures, comme si c’était des citadelles assiégées auxquelles on ne peut pas toucher. 
Ce qui est important, c’est de poser les problèmes auxquels nous sommes confrontés : les problèmes de frustrations, (…) les cas d’injustices entre les fils et filles de ce pays qui ont fait les mêmes études mais qui se retrouvent dans des situations inacceptables ».

Puis de poursuivre : « Dans ce contexte, je réfléchirai par deux fois avant de mettre en avant le concept du type ‘‘nos acquis’’, comme si c’était des citadelles imprenables. Si nous allons dans cette logique, nous allons droit dans le mur ».

Pour lui, il est temps de regarder la réalité en face. « À un moment donné, il faut se pencher sur ces iniquités, les questions de soutenabilité de la trajectoire des finances publiques pour mettre les choses à plat et se parler », a-t-il indiqué, tout en rassurant qu’« il ne s’agit d’enlever le plat de la bouche de quelqu’un pour donner à un autre. Il s’agit de sauver notre modèle social ».

Tout en formulant le vœu que les propositions issues de ces travaux contribuent à une réforme du contrat social avec les agents publics, Paul Kaba Thiéba a assuré aux absents que leur place est toujours parmi eux.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net