colonelLes attaques terroristes sont récurrentes au Burkina Faso depuis le début de l’année 2016. Le sol des hommes intègres semble beaucoup attirer les terroristes. Pour discuter des défis sécuritaires auxquels le pays fait face ces temps-ci, avec récemment l’attaque du 16 décembre qui a fait 12 morts, côté militaires burkinabè, infowakat.net est allé à la rencontre d’un ancien fonctionnaire des nations unies. L’honorable député Lona Charles Ouattara (LCO), puisse qu’il s’agit de lui, a estimé que le Burkina Faso doit se préparer à la guerre s’il veut arriver à bout de ces attaques. Lisez plutôt !

Infowakat.net : Honorable, dites-nous qui vous êtes réellement ?

LCO : Je suis colonel de l’aviation à la retraite. Mais avant d’être colonel de l’aviation j’étais d’abord un officier de l’Armée de Terre. Ma première spécialité de l’Armée de Terre était le service automobile appelé le Train. Quand j’étais sous-lieutenant, j’étais spécialiste du Train, des transports et de la circulation. Les Anglais, à l’époque, m’ont octroyé une bourse pour aller étudier en Angleterre où j’ai fait l’ingénierie télécommunication de l’Armée de Terre. Si en tant qu’aviateur je parle des questions de défense au sol, c’est parce que je suis d’abord passé par l’Armée de Terre. Et pendant que je suis en train de finir ma formation d’ingénieure télécommunication pour servir l’Armée de Terre, l’Armée de l’Air m’a fait appel parce qu’ils avaient besoin d’ingénieur électronique avion. Et c’est là que j’ai été convertis aviateur. Je connais très bien l’Armée de terre et je connais très bien l’Armée de l’Air.

Infowakat.net : Le Burkina Faso semble attirer les terroristes. Quelle lecture faites-vous des différentes attaques qui sont légions dans le pays depuis le 15 janvier 2016 ?

LCO : Les attaques qui ont été perpétrées sur notre sol depuis janvier 2016  sont des attaques d’envahissement de notre territoire. Beaucoup de gens au Burkina Faso parlent de guerre asymétrique, de terrorisme, etc. Moi je pense que le terrorisme s’applique surtout de la part de ces groupes aux pays fortement développés, qui sont puissamment armés et qu’ils ne peuvent pas envahir. Mais quand il s’agit des petits Etats comme le nôtre, je pense plutôt que c’est une stratégie globale de test. C’est-à-dire qu’on test les capacités de réaction de notre pays, de nos forces armées et de nos forces de sécurité. On test nos capacités de résilience du point de vu sécuritaire et une fois qu’ils ont acquis la certitude qu’ils peuvent nous attaquer, je pense qu’ils vont tenter de nous envahir. Donc, faites attention. Ne vous laissez pas embarquer dans ce paradigme nouveau de la guerre asymétrique. Dans notre cas, il n’est pas question de guerre asymétrique ; ils ne sont pas venus nous attaquer déguiser. Ils ne se sont pas sautés avec des ceintures d’explosifs. Ils se sont plutôt attaqué à l’arme. Ce que je voudrais que les gens comprennent dans ce pays, c’est que nous courrons beaucoup le risque d’un conflit de type classique conventionnel avec ces gens. Pourquoi ? En 1974, nous avons eu le premier conflit avec le Mali. A l’époque c’était une histoire de revendication territoriale de la part du Mali sur notre territoire nord qu’on appelle la bande de l’agacher, c’est-à-dire toute la partie Soum jusqu’à Dori. Le Mali pensait que l’agacher lui appartenait. Ils ont envahi notre territoire en décembre 1974. Mais à l’époque, la Haute volta n’avait que deux (2) bataillons. Le rapport de force entre le Mali et nous s’établissait de 2 à 3. C’est-à-dire que lorsque nous avions 1200 bonhommes, eux ils avaient plus de 4 000 et mieux armés. Ils ont occupé notre Nord et nous, jeunes officiers à l’époque toujours à l’école en France, nous avons été rappelés pour venir nous battre dans cette zone. Moi particulièrement j’étais en charge de Soum. Aujourd’hui, le gouvernement malien est contesté sur l’ensemble de toute cette zone par des groupes qui se réclament de l’Azawad. Alors, ces gens qui réclament l’indépendance de l’Azawad réclament également l’incorporation de l’agacher à l’Azawad. Et c’est comme ça qu’ils ont tenté d’envahir le mali en 2013 et n’eut  été l’intervention de la force française, le Mali serait occupé.

Infowakat.net : D’aucuns pensent que le défunt RSP constituait une force de dissuasion qui nous a longtemps préservé des attaques terroristes. Quelle en est votre avis ?

LCO : Evidemment, pourquoi est-ce que nous avions été relativement épargnés ? Ce n’est pas parce qu’il y avait un RSP (Régiment de sécurité présidentiel). Le RSP était une force de police politique à la disposition de Blaise Compaoré pour protéger son régime. Ce n’est pas pour sauver le Burkina Faso. Ce n’était pas sa mission ! Sa mission c’est de sauver le pouvoir de Blaise Compaoré par des assassinats, par de l’espionnage au niveau des citoyens (…). Notre territoire était épargné parce qu’il y avait un accord tacite entre Blaise Compaoré d’une part et ces mouvements d’autre part, contre le gouvernement du Mali. La contrepartie, Blaise recevait de l’argent. Blaise déstabilisait des voisins. Les terroristes sont des indépendantistes. Vous pouvez les appeler des terroristes mais ce sont des gens qui ont un but bien précis qui est de récupérer l’Azawad incluant l’agacher qui est notre Nord. Ils vivaient chez nous ! Leur base arrière était le Burkina Faso. Donc il est évident qu’ils ne pouvaient pas nous attaquer en ce moment-là. C’est ce qui vous fait dire que nous étions protégés par le RSP. On n’était protégé par rien du tout que par l’engagement de Blaise dans les petits arrangements qu’il y avait entre les 2.

Infowakat.net : Est-ce à dire que l’incarcération du général Gilbert Diendéré n’a rien avoir avec la situation actuelle que nous vivons ?

LCO : Quel rapport ?

Infowakat.net : Parce que d’aucuns disaient que Diendéré était l’homme le plus informé de l’Afrique de l’Ouest…

LCO : Aucun rapport ! Diendéré était renseigné sur les positions des otages. Il était renseigné sur les coups que les Djihadistes allaient porter sur le gouvernement malien pour Blaise Compaoré. Mais sorti de là, quoi d’autre ? Rien ! Notre protection c’est que ces gens-là étaient dans un pacte avec les Djihadistes. Mais moi je dis qu’il faut faire attention. Quand vous dites Djihadistes, c’est pas du Djihad et le Djihad a une connotation religieuse, qui veut dire guerre de religion mais le vrai fond c’est l’indépendance de l’Azawad. Et nous avons une partie de l’Azawad. Voilà le vrai fond du problème. Donc, il est évident qu’une fois Blaise parti, qu’il n’y ait plus ces arrangements-là. Deuxièmement, les gars n’ont plus d’arrière base chez nous. On leur a demandé de rentrer parce qu’en fait, ils cherchaient à rouler Blaise Compaoré. Pour l’instant ils laissaient notre pays tranquille. Il fallait régler le problème du Mali et une fois ce problème réglé,  ce sera le Burkina Faso.

Infowakat.net : notre dispositif actuel…

LCO : Notre dispositif actuel est un dispositif qui ne tient pas compte de ces paradigmes. Le paradigme de la guerre. Le Burkina Faso doit se préparer à la guerre. Il ne faut pas se voiler la face. Ils ont attaqué le Mali, nous serons attaqués ! C’est la raison pour laquelle je disais que ces individus étaient en train de nous tester. Ils testent nos capacités pour voir exactement qu’est-ce que ça va donner au cas où  il y a un choc. Mais nous ne prenons pas cette mesure. Si vous écoutez les discours officiels, les gens parlent de guerre asymétrique ou de Djihadistes. Mais ce n’est pas ça.

Infowakat.net : Et quelles solutions proposez-vous aujourd’hui au Burkina Faso pour sortir de cette crise ?

LCO : Il faut ramener toutes nos forces qui sont aujourd’hui dans les missions de paix, les stationner dans le Nord. Il faut donner tous les pouvoirs à l’armée au Nord. Il faut s’assurer que cette armée est bien équipée et qu’elle a les hommes qu’il faut. Je prends l’exemple de la première région militaire qui est basée à Kaya et qui commande tout le Nord. Il y a dans cette région militaire, des régiments qui sont commandés par des jeunes comme vous, des jeunes capitaines. Ce n’est pas leur commandement ça. Les capitaines commandent des compagnies, pas des régiments. Le régiment c’est le colonel ou le colonel-major. Donc il faut trouver des officiers capables de commander ces régiments et sortir les capitaines de là. Ensuite, il faut une couverture aérienne. S’il n’y a pas l’appui feu aérien ce n’est pas possible. Il faut doter notre armée de l’air des avions adéquats. D’abord d’avion de transport, par exemple le AS 352 qui est un hélicoptère de transport tactique et logistique qui peut transporter 29 passagers et 12 civières avec une vitesse de 310 km/h. Il faut au moins 2 hélicoptères d’attaques du type EC 665, le Tigre. Ces hélicoptères ont une vitesse de 260Km/H et ne transporte aucun passager excepter le pilote. Ils sont armés de missiles R Sol, RR et de canons de 80 mm capables de percer tous les blindages. Ce sont des hélicoptères qui doivent servir au combat rapproché pour protéger nos troupes contre les blindés adverses. Mais il ne faut acquérir ces matériels qu’avec un seul fournisseur parce qu’un des grands défauts du Burkina Faso, c’est de compter sur les dons. Aussi, faut-il être sur le pied de guerre parce que ces gens-là vont nous déclarer la guerre. Ce sont des gens qui se préparent à nous attaquer et sachez qu’aujourd’hui, Daech est en train, d’être vaincu en Irak et en Syrie. Et si Daech est vaincu en Irak et en Syrie, ou est-ce que vous pensez qu’ils doivent aller ? Quel est l’espace vital ? L’autre espace vital pour ces individus, c’est le Sahara et qui dit Sahara dit le Sahel. Ils viendront en renfort. D’abord nous devons comprendre que ce n’est pas une histoire de petits terroristes comme on le dit, des gens qui se font sauter sur un véhicule ou qui se font sauter dans une foule. C’est bien au-delà de ça. C’est une guerre conventionnelle qu’il faudra que nous préparons. L’ensemble de notre armée doit être sur le front.

Infowakat.net : Pensez-vous qu’il y a des personnes indispensables pour la sécurité du pays, ou…

LCO : Je ne peux pas dire ça parce que moi je ne commande pas l’armée et puis l’on ne peut pas désigner des officiers comme ça. On risque de se tromper. C’est au gouvernement d’être suffisamment responsable et courageux pour déceler dans son armée qui peut la commander ou pas. Je suis mal placé pour dire qui pourra le faire. Pour l’instant, c’est qu’il y a beaucoup de problèmes.

Infowakat.net : Parlant de problèmes, nous savons que vous faites allusion aux attaques. Et normalement après chaque attaque il devrait avoir des enquêtes pour situer les responsabilités…

LCO : Oui, l’Etat-major doit déjà engager des enquêtes en son sein et également l’Etat, le ministère de la Défense et de la Sécurité doivent exiger qu’il y ait des enquêtes. Par exemple pour nous dire comment se fait-il qu’à 5 heures du matin une unité se fasse surprendre. A 5 heures du matin, les soldats ne dorment plus. S’ils dorment à 5 heures du matin ils se réveillent à quelle heure ? Moi, quand j’étais jeune comme vous, jeune lieutenant à l’époque,  je commandais une compagnie dans cette zone. Mais nous étions en guerre (Ndlr : guerre Burkina-Mali). Vous pensez que je pouvais aller dormir tranquillement, passer la nuit à la belle étoile là-bas au Soum, sans sécurité autour de moi ? Quand je dis autour de moi, c’est toute ma compagnie. J’avais aux 4 points cardinaux un point de garde parce que, pour que des gens puissent venir jusqu’à l’unité, il faut qu’ils aient eu affaire à ces postes avancés. Est-ce que dans ce cas il y en a eu ? Je n’en sais rien ! Il s’emble qu’il n’y a pas eu de problème de sentinelle ou qu’ils ont été liquidés comme ça froidement sans que le reste de la troupe ne sache, et ça c’est grave. Deuxièmement, si à 5 heures du matin les soldats dorment encore il y a un problème. Même vous, vous êtes réveillés à 5 heures du matin.

Infowakat.net : Maintenant, dites-nous comment l’Assemblée nationale (AN) fait le contrôle de l’action gouvernementale  sur les questions sécuritaires ?

LCO : L’AN a déjà en son sein une commission générale qui est la commission de défense et de sécurité (CODES). C’est cette commission qui est chargée de tous les aspects militaires et sécuritaires. Le budget de la défense doit être discuté dans cette commission. Cette commission entreprend les missions d’information sur le terrain, dans les différentes casernes, voire comment l’armée et les services de sécurité fonctionnent d’une manière générale.

Infowakat.net : Honorable, une question politique ! Vous êtes député de l’UPC et le 15 décembre dernier, l’AN adoptait la loi de finance pour le budget 2017. Au vote pour adoption de cette loi, le groupe parlementaire UPC a voté abstention. Dites-nous qu’est ce qui a guidé ce choix ?

LCO : Je ne suis pas fort dans la politique… Vous, quel aurait été votre position ?

Infowakat.net : Nous avons devoir de neutralité et d’impartialité.

LCO : D’accord ! L’UPC a jugé utile de voter l’abstention parce que, lorsque le PNDES (Plan national de développement économique et social) a été présenté aux députés, l’UPC a pris le soin d’organiser des journées parlementaires pour ses députés pour l’analyse et la critique du PNDES. Nous avons analysé et critiqué le PNDES et nous avons émis des recommandations. Certaines de ces recommandations, me semble-t-il, ont été prises en considération par le régime. Si tel est le cas, quand le gouvernement revient de la table ronde de paris avec des intentions de financement, nous ne pouvons pas leur tenir rigueur parce que ce sont des promesses et des intentions, mais nous voulons leur voir à l’œuvre. Nous voulons voir jusqu’où cet argent sera réuni. Vous savez, une chose est d’avoir des promesses et une autre est de pouvoir rassembler cet argent parce qu’il y a plusieurs conditionnalités. Nous qui avions critiqué le PNDES et émis des recommandations, nous avons estimé qu’il valait mieux de leur donner au moins six (6) mois pour un peu mettre en application leur budget. Et c’est le principe ! C’est une position d’observation.

Propos recueillis par A.K et Nouroudine Lougué

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