pietonPour ce deuxième numéro, je vais défendre les intérêts de celui que beaucoup ne respectent pas à Ouaga : le piéton. Mais avant toute chose, accordons-nous sur quelques définitions :
-  Voirie, c’est une route en ville.
-  Une voie, c’est une bande longitudinale destinée à la circulation d’une file de véhicules. Entre deux peintures longitudinales, vous avez une voie.

Mon cousin Woni, après son accident, est devenu piéton. Il m’a récemment rendu visite et m’a fait cette confidence : « C’est dur d’être piéton à Ouaga. » Je l’ai coupé net : « C’est normal, le soleil brûle fort. » D’un regard déçu, il réplique : « Hum ! Ce n’est pas ça. Quand tu es piéton, tu es obligé de marcher sur les voies réservées aux motos, aux voitures… ».

Je dis : « Mais cousin, marcher avec les motos et les voitures, c’est dangereux et en plus tu es en infraction. Si la police t’attrape, tu vas payer une amende de 1000 F CFA (cf. articles 10 et 47 du décret n°2003-418/PRES/PM/MITH/SECU/MJ/DEF/ MATD du 12 août 2003 portant définition et répression de contraventions en matière de circulation routière). » Encore plus déçu de mon raisonnement, il réplique : « On va faire comment ? » Il continue son explication en me révélant un secret de Polichinelle : Nombreuses sont les voiries dont les abords sont occupés par des commerces. Le hic, c’est quand certains poussent le zèle jusqu’à s’installer à la limite de la voie, voire sur la voie elle-même.

Effectivement, il n’est pas rare dans la ville de Ouagadougou, de voir des étalages sur les voiries aménagées. Je ne dis pas à côté des voies mais sur les voies elles-mêmes. Mon cousin me donne l’exemple de la rue Na-Rouamba qui passe devant l’université Ouaga l Pr-Joseph-Ki-Zerbo et le Lycée technique national Aboubacar-Sangoulé-Lamizana (ex. LTO). Il me confie qu’à chaque fois qu’il doit se rendre à l’université, il est obligé de marcher les yeux derrière la tête tellement il se sent en insécurité.

La voirie, initialement aménagée pour fonctionner avec trois voies par sens de circulation (deux voies pour les véhicules et une voie pour les motos) et un couloir pour les piétons de part et d’autre, ne fonctionne en réalité qu’en deux voies par sens et sans couloir pour les piétons.

En français facile, la partie initialement réservée pour les piétons n’a pas suffi aux commerces. Ils ont donc décidé d’occuper la partie réservée aux motos également, obligeant ainsi mon cousin et ses camarades étudiants à marcher avec les véhicules. Un exemple parmi tant d’autres.

Mon cousin me fait une autre révélation à laquelle beaucoup ne font pas attention : « Il y a des voiries dans Ouagadougou dont la conception même ne prévoit pas de place pour le piéton. » J’ai dit « impossible. » Il m’a tendu une photo et je me suis tu (cf. photo d’illustration).

Si vous regardez bien la photo, vous vous rendrez compte que le piéton n’a que deux choix : marcher avec les voitures et les motos ou marcher dans le caniveau. Pourtant, il y a bien un panneau « passage piéton ». L’autre dira de couvrir le caniveau pour le piéton. Mais hum ! C’est un exemple parmi tant d’autres.

En voirie, il y a une règle fondamentale connue de tous, afin presque : « Le piéton doit être obligatoirement pris en compte dans la conception d’une voirie. » En français facile, quand tu fais une route en ville, la sécurité et la mobilité des piétons doivent être prises en compte même si ceux-ci ne sont pas nombreux.

Mais n’exagérons pas. Prendre en compte le piéton ne veut pas dire forcement faire un trottoir hi-tech avec pavé et autre, mais plutôt prévoir des couloirs de marche sécurisés pour le piéton et des traversées de chaussée sûres. L’ingénieur qui fait ça, a fait son boulot. Le reste consiste à s’assurer que ces couloirs ne seront pas occupés par des commerces.

La politique de la mobilité urbaine particulièrement dans la ville de Ouagadougou est orientée plus vers le transport en commun. Mais mon cousin se demande si ça va marcher sans des trottoirs pour le piéton qu’il est. Il me promet des propositions concrètes dans les jours à venir pour encourager le Ouagalais à utiliser le transport en commun.

Mais en attendant, il a soulevé un autre lièvre qu’il refuse de tuer : « Si, rien n’est fait, les jolis trottoirs en pavé hi-tech de l’échangeur du Nord seront occupés par des marchandises et le piéton dansera comme d’habitude avec les voitures. »

Woni, l’ingénieur
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