essenceSuite à la publication du rapport d’audit sur la gestion de la Transition par l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) en 2017, les Burkinabè ont été choqués de savoir que la gestion du carburant a été très scandaleuse.

Dans cet audit, l’ASCE-LC a expliqué que 250 millions de FCFA de consommation irrégulière en carburant et lubrifiants a été relevée sur une consommation totale de 7,535 milliards de FCFA.

L’ASCE-LC a noté que dans un ministère comme le MINEFID, il n’existait pas de texte de la répartition du carburant. C’est dire que le ministère ne connaissait pas ses besoins réels en carburant. On procédait à la commande annuelle et la répartition se faisait entre le ministère ou le président d’institution et son service comptable et financier.

Dans cette affaire, le directeur administratif et financier (DAF) était le roi. Il fallait être dans ses bonnes grâces pour bénéficier d’une dotation consistante. Les agents défilaient dans son bureau pour ‘’quémander’’ le carburant.

Au MINEFID, on a constaté des différences sur les montants alloués entre les directions et les services, sans que l’on sache sur quelle base cette répartition a été faite. Entre 2 directeurs du MINEFID, la différence pouvait atteindre, par exemple, 500 000 FCFA.

Devant les députés, Rosine Sori/Coulibaly a révélé que des directeurs pouvaient bénéficier de plus de 2 millions de FCFA de carburant par an. Suite à l’audit, l’ASCE-LC a vivement recommandé la prise d’un texte de portée générale sur la gestion du carburant et des lubrifiants pour toute l’administration burkinabè. Ce texte permettrait de lutter contre la gestion irrationnelle et non transparente du carburant et des lubrifiants dans l’administration publique.

L’arrêté du MINEFID du 26 décembre 2017 n’était donc qu’une mise en œuvre de la recommandation de l’ASCE-LC. L’arrêté plafonne la dotation trimestrielle en carburant du Président du Faso, des ministres, présidents d’institution, secrétaires généraux, directeurs généraux, directeurs, chefs de service, etc. Sur cette base, chaque ministère et institution devrait repartir son carburant. Si le président du Faso a une dotation trimestrielle de 700 000 FCFA, le chef de service s’en sort avec 75 000 FCFA.

Dès la publication de cet arrêté, ils sont nombreux, les directeurs généraux, les directeurs simples et les chefs de service qui ont applaudi cette nouvelle mesure. A la limite, l’arrêté est venu revoir à la hausse leur dotation. Un Directeur de la communication d’un ministère a fait remarquer que son carburant est passé de 45 000 FCFA le trimestre à 150 000 FCFA. Pourtant, la commande de son ministère n’a pas augmenté. C’est dire que le carburant commandé les années précédentes était très mal reparti.

C’est pendant que la majorité des agents jubilaient que ceux du MINEFID en font un motif de grève. Pour mémoire, en 2016, ce ministère a commandé 1,702 milliards de FCFA de carburant.

En demandant la restauration de la dotation en carburant de fonctionnement aux agents, la CS-MEF oublie de dire une chose. Quelle était la clé de répartition avant la prise de cet arrêté? Combien gagnaient-ils avant cet arrêté? L’opinion saurait comment les agents de ce ministère utilisent les ressources publiques.

Le gouvernement a demandé à la CS-MEF de procéder à une évaluation de la mesure de concert avec les autres ministères afin d’éviter le cas par cas, ce que refuse la CS-MEF.

L’arrêté du 26 décembre 2017 vise la rationalisation des dépenses publiques. Elle va contribuer à réduire la consommation du carburant et à faire des économies.

Mais l’arrêté précise que pour les fonctions et les spécificités non prises en compte, les montants de leur dotation devront être examinés sur la base d’une assimilation aux rangs et fonctions existant dans le référentiel. C’est dire qu’au lieu d’aller en grève, la CS-MEF devrait convaincre le gouvernement que la dotation actuelle ne couvre pas les besoins. Pour cela, elle doit calculer les distances parcourues par chaque agent avant d’exiger les quantités complémentaires.

Adoua Kassiro

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