cameL’application mobile Thea (en anglais, That Health again) du Camerounais Eloi Hermann Monkam Tsokam, ambitionne de remédier à l’insuffisance de médecins et d’infrastructures, en permettant aux patients de se connecter directement sur une plateforme pour se faire examiner en ligne par un médecin.

Le système de santé camerounais a été plusieurs fois décrié au cours de ces dernières années, suite à moult scandales dus, entre autres, à l’insuffisance de personnel médical, ainsi qu’à une corruption endémique de certains agents.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Cameroun [1] consacre US$122 par an aux dépenses de santé par habitant, contre US$599 pour le Gabon [2].

De plus, le Cameroun est l’un des nombreux pays africains confrontés à une crise des ressources humaines dans le secteur de la santé. Le pays compte environ 1,1 médecin et 7,8 infirmières et sages-femmes pour 10.000 habitants [3].

L’application, uniquement disponible pour l’heure sur la plateforme Android, a une taille de 9 Mo et possède une vingtaine de menus pour des conseils pratiques, le choix de médecins, les informations sur les pharmacies de garde et même des podcasts, où les médecins apportent des conseils sur diverses affections.

« Les malades peuvent avoir des avis médicaux des professionnels de santé en ligne, lesquels peuvent les orienter vers des médicaments adaptés à leur pathologie », explique le concepteur, Eloi Hermann Monkam Tsokam, médecin généraliste à la clinique That Health Again de Logpom, à Douala.

La rubrique-phare de l’application, « Choisissez votre médecin », donne la possibilité au patient de se connecter à un médecin de son choix.

Pour le moment, 15 médecins généralistes sont disponibles à temps plein sur l’application Thea.

Créée en avril 2017, l’application comptabilise à ce jour entre 500 et 1000 téléchargements, selon Google App Store, mais le concepteur soutient que 8000 personnes y sont abonnées.

Pour sa part, si l’Ordre des médecins du Cameroun apprécie l’innovation, elle émet toutefois des réserves. « Une consultation par voie électronique ne sera jamais comparable à une consultation classique », note ainsi Gervais Atedjoe, chirurgien de formation, en service à la clinique Marie O de Bali à Douala et porte-parole de l’Ordre des médecins du Cameroun.

« Le médecin a besoin de voir son patient et de le toucher », soutient-il.

De plus, se pose le problème de la confidentialité, pour lequel le concepteur assure pourtant avoir pris toutes les dispositions, le serveur de son application opérant sur une infrastructure entièrement sécurisée.

L’initiative ne laisse pas les autorités indifférentes. A la délégation régionale du ministère de la Santé publique pour le département du Wouri (région du Littoral), les officiels sont séduits par le projet.

« Nous avons besoin de telles initiatives pour renforcer le secteur de la médecine au Cameroun », affirme ainsi Jean II Dissongo, délégué régional du ministère dans la région du Littoral, à Douala.

Toutefois, le cadre légal de l’exercice de la médecine par voie électronique au Cameroun n’est pas encore défini.

Une chose que regrette Gervais Atedjoe : « Nos lois ne suivent pas l’évolution de la technologie. Notre pays est lent. La seule loi qui s’impose maintenant, c’est celle qui encadre l’exercice de la médecine », déplore le médecin camerounais.

http://www.scidev.net/

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