Depuis quelques temps, le climat au sein du MPP et au sommet de l’Etat s’est alourdi. Et pour cause, il y a une bataille sans relâche entre les caciques du parti dirigé par le ministre d’Etat auprès de la présidence, Simon Compaoré, et les rénovateurs «drivés» par le président de l’Assemblé nationale, Bala Alassane Sakandé. Ce climat délétère au sommet de l’Etat a été ouvertement manifesté à Manga le 10 décembre 2018 à la cérémonie d’ouverture de la Foire du 11-Décembre. A cette rencontre-là, le président de l’Assemblée nationale s’est fâché contre des membres du gouvernement et des autorités administratives régionales qui étaient plutôt à l’inauguration d’un hôtel, présidée par Simon Compaoré. Pour Bala Alassane Sakandé, «il s’agit ni plus ni moins d’un boycott et c’est inadmissible»! En tant que président du parlement et 2ème personnalité de l’Etat, il n’a pas tort.

«S’il y a un problème, qu’on le dise! Mon protocole m’avait averti de la faible affluence et de l’absence des autorités et avait suggéré que je ne vienne pas. Mais ce qui m’importe, c’est de venir ouvrir cette foire et que les jeunes, les femmes, les vieux puissent exposer leurs œuvres, qu’ils puissent avoir 25 ou 100 francs pour payer de la cola. Les grands protocoles, les tapis rouges… je m’en balance. Je ne suis pas contre un opérateur économique, mais il y a combien de Mangalais qui peuvent dormir dans cet hôtel?», s’est offusqué Bala Sankandé, avant de conclure que ces autorités (les membres du gouvernement) avaient le devoir d’être là.

Le chef du parlement a compris qu’il ne s’agit pas seulement d’un incident protocolaire, mais d’un plan bien conçu pour négliger une cérémonie dont il est le parrain. Or, en tant que deuxième personnalité de l’Etat, il méritait les honneurs et plus de respect. Imaginez que la même scène se passe avec le président du Faso! Ce serait scandaleux. C’est pourquoi, au-delà de Bala Sakandé, il est question du respect de l’institution qu’il représente.

En outre, ce boycott organisé est très grave au moment où nous dénonçons l’incivisme sous toutes ses formes. En effet, l’Assemblée nationale se situe au cœur de notre démocratie. La fonction de son président est donc essentielle dans la vie politique burkinabè. Au-delà de son appartenance à un parti politique, il est avant tout une personnalité qui incarne, représente et défend le Burkina Faso partout dans le monde. Finalement, lui manquer du respect, c’est manquer du respect au parlement en tant qu’institution.

Qu’il s’agisse d’une guerre de chefs ou de leadership au sein du MPP, le chef de l’Etat a intérêt à taire rapidement cette guéguerre interne. En effet, le moment ne sied pas car il a été élu par la majorité des Burkinabè afin qu’il réinstaure dans ce pays l’équité, la justice, la paix, le développement, etc. Oublier ces priorités en ces moments de terrorisme et de remous sociaux liés à la vie chère, c’est jouer avec le feu.

Quel que soit le problème – guerre du trône, de positionnement ou de vision -, les gourous du MPP ont tous intérêt à s’entendre sur l’essentiel: sortir le Burkina de sa situation actuelle.

Ce qui est certain, nos institutions et leurs représentants méritent plus de respect de tous les Burkinabè. Et personne de viendra donner l’exemple à nos jeunes en la matière plus que les autorités publiques et politiques. Négliger ce devoir, c’est contribuer à affaiblir notre jeune démocratie, c’est faire le jeu de l’incivisme au sommet de l’Etat. Attitude à dénoncer avec la dernière énergie.

Théophile MONE

Lesechosdufaso.net