Le Conseil des ministres, en sa séance du mercredi 3 mai 2017, a confirmé une rumeur de détournement d’une importante somme d’argent. A en croire une communication orale du ministre du Commerce de l’Industrie et de l’Artisanat, dans les caisses du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO), il manque 200 millions de francs CFA. Et le ministre de la Communication, Remi Fulgance Dandjinou, d’avouer que le chef de l’Etat «juge inacceptable qu’une telle situation puisse se poser et qu’un certain nombre de responsables n’en aient pas informé l’autorité de référence». Des faits qui nous rappellent que la corruption est en nous. Érigée en règle de gouvernance pendant 27 ans, la corruption ne fait plus honte. Et pourtant, nous devons la combattre.

La corruption est devenue pour bien de burkinabè "une norme"
La corruption est devenue pour bien de Burkinabè « une norme »

Comme le disait, en 2003, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, «La corruption est un mal insidieux dont les effets sont aussi multiples que délétères. Elle sape la démocratie et l’État de droit, entraîne des violations des droits de l’homme, fausse le jeu des marchés, nuit à la qualité de la vie et crée un terrain propice à la criminalité organisée, au terrorisme et à d’autres phénomènes qui menacent l’humanité. » Malheureusement, les politiciens, y compris les nôtres, ne voient la lumière que lorsqu’ils sentent le feu. C’est pourquoi au Burkina comme ailleurs, malgré le fait que le phénomène de la corruption soit criard, les autorités ne s’en émeuvent que quand les médias révèlent des faits gravissimes. Et pour preuve, après le combat contre le régime corrompu de Blaise Compaoré et la promesse d’une ère nouvelle, certains réflexes liés à la corruption semblaient relever du passé. Jusqu’à ce que ces suspicions de détournement de 200 millions au SIAO agitent et surprennent les politiques comme si, par des baguettes magiques, ce mal si profond avait disparu dans notre pays. Pourtant, n’eût été les révélations de la presse, cette affaire se serait sans doute fondue comme de la cire.

Certes, le Burkina n’est pas le seul pays à figurer sur la carte de la corruption, mais le régime Compaoré a été pendant longtemps réticent à la combattre. Ainsi, devenue un véritable cancer qui s’est répandu à l’ensemble des secteurs, public mais aussi privé, la corruption a pratiquement été érigée en règle de gouvernance. Elle s’est transformée en mode de vie et s’est imposée comme une véritable culture nationale. Banalisées, les pratiques de corruption ont fini par décourager, voire neutraliser, toute velléité de changement et de réforme. En fait, devenue un moyen de promotion sociale et une voie d’enrichissement facile et rapide, la corruption ne fait même plus honte.

Tout le monde est coupable

Mais par où commencer et avec quels outils il faut lutter contre la corruption, tant il est vrai que les crimes de corruption sont «complexes» et les moyens pour les combattre multiples mais inefficaces en l’absence d’une volonté politique réelle.

La vérité est que le vice est en nous puisqu’il s’agit maintenant de mentalité qui a besoin d’être revue de fond en comble. Or les mentalités sont difficiles à changer. Il ne faudrait donc pas s’attendre aussi facilement que dans ce domaine-là, «rien ne soit plus comme avant». Les réflexes conditionnés sont toujours là.

Certes, le citoyen est complice, qu’il soit corrompu ou corruptible, mais à quel point peut-on lui faire assumer la responsabilité de cette culture et des actes qu’elle induit? Aujourd’hui au Faso, n’est-il pas vrai que contraint de soudoyer pour hospitaliser l’un de ses proches, le citoyen le fera sans frein? De même, n’est-il pas utopique de croire que les politiciens renonceront à leurs privilèges ou leurs acquis et donc à mener «vraiment» une lutte contre la corruption?

Alors, que faire? Compter d’abord sur nous-mêmes avant de recourir aux moyens de pression multilatéraux, notamment de la part de la communauté internationale. En quoi faisant? En s’engageant avec les organisations de la société civile pour non seulement sensibiliser le citoyen burkinabè sur le phénomène de la corruption et sur la transparence, mais aussi et surtout pour dénoncer les faits de corruption et réclamer des comptes aux autorités. Mais pour dénoncer de nos jours des personnes présumées corrompues ou corruptrices, il faudrait des mécanismes de protection pour les lanceurs d’alertes. C’est pourquoi, en définitive, la lutte contre la corruption doit commencer par le haut avec en toile de fond, le renforcement de l’État de droit et la promotion des valeurs comme l’honnêteté et l’intégrité dont nous nous réclamons tant.

Théophile MONE

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