La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme a condamné jeudi, par défaut, Sébastien Ajavon à 20 ans de prison et à 5 millions de FCFA d’amende. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre.

Ce jeudi 18 octobre, comme le 4 octobre dernier, les avocats de la défense n’ont pu prendre la parole pour défendre Sébastien Ajavon qui séjourne en France depuis plusieurs semaines. Pas plus que pour les trois autres personnes soupçonnées d’être impliquées dans une affaire de trafic de drogue. Une peine de 20 ans a donc été prononcée contre lui, en son absence. Les juges ont également assorti cette peine de prison d’une amende de 5 millions de F CFA et ont émis un mandat d’arrêt international à son encontre.

L’affaire remonte à 2016. Un stock de 18 kg de cocaïne est alors découvert dans un conteneur en provenance du Brésil et destiné à l’une des sociétés d’Ajavon, Comon Sa. L’homme d’affaires sera alors placé en garde à vue pendant huit jours, avant d’être libéré.

La question de l’appel au centre du procès

Le 4 novembre 2016, il a comparu devant le tribunal de première instance de Cotonou qui l’a relaxé au bénéfice du doute. L’État béninois ou le ministère public a-t-il fait appel de cette décision ? C’est l’une des clés du procès. Le camp Ajavon estimait avoir toutes les attestations de non-appel délivrées par le tribunal et la Cour d’appel de Cotonou. « Faux ! », rétorque-ton du côté du gouvernement.

À la veille de l’audience de ce jeudi, Sébastien Ajavon avait fait savoir par le biais de son avocat français, Me Éric Dupond-Moretti, qu’il ne comparaîtrait pas « compte tenu des graves irrégularités de la procédure et du caractère absurde et mensonger de l’accusation portée contre lui ».

Or, le juge Edouard Gangni, qui présidait cette audience de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), a commencé par exiger la présence physique des prévenus comme condition sine qua non pour laisser les avocats plaider.


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Vaines tentatives de la défense

Les tentatives du collège de dix avocats de la défense, qui ont invoqué le code béninois de procédure pénale – lequel prévoit qu’un prévenu peut demander à être jugé en son absence et se faire représenter par un défenseur – sont demeurées vaines. Déjà, lors de l’audience du 4 octobre, Gilbert Togbonon, procureur spécial de la Criet, une juridiction créée en août dernier, avait contesté l’argumentation des avocats.

L’ordre des avocats du Bénin est également intervenu à l’audience pour plaider en faveur de l’argumentation développée par la défense. Mais le président de la Cour est resté inflexible. Les avocats de Sébastien Ajavon et de ses coaccusés ont alors décidé de claquer la porte, laissant l’audience se poursuivre entre les avocats de l’État béninois, les témoins et le procureur spécial…

Ce dernier a requis 20 ans de prison et 6 millions d’amende, ainsi que l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Sébastien Ajavon. Un réquisitoire qui a immédiatement provoqué l’indignation à l’extérieur de la salle d’audience. « Nous n’avons même pas eu accès au dossier ! », s’est notamment insurgé l’un des avocats d’Ajavon. « Avant le 4 octobre, jour de la première audience, notre client ignorait ce dont on l’accusait précisément. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons aucune idée du fond du dossier ».

C’EST UNE MASCARADE, UN SIMULACRE DE JUSTICE

« C’est une mascarade, un simulacre de justice… En 34 ans d’expérience, je n’ai jamais vu ça. C’est inadmissible ! », a pour sa part martelé Me Marc Bensimhon, avocat au barreau de Paris, qui a fait le déplacement de Porto-Novo pour défendre l’opposant béninois.

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