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ALPHA YAGO, MEMBRE DU BUREAU EXECUTIF DE L’EX-PARTI AU POUVOIR : « Le CDP était devenu, à un moment donné, comme une secte »

Par bol   /   jeudi, 19 Avr 2018 07:01   /   Laisser un commentaire

MAQUETTE ISSOUF TIEMTORE 2017Alpha Yago n’est plus à présenter dans le milieu politique. Il est, actuellement, le Secrétaire national en charge du mouvement associatif et des organisations de la société civile du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Dans le cadre de la tenue du prochain congrès ordinaire de l’ex-parti au pouvoir, nous l’avons rencontré pour en parler. Bien évidemment, plusieurs sujets ont été abordés. Il s’agit notamment de la question du rôle des organisations de la société civile et de la demande d’extradition de François Compaoré. Lisez plutôt !

 

Le Pays: Vous êtes très connu dans le monde associatif. Quel regard portez-vous sur le rôle actuel des OSC dans l’espace socio-politique ?

 

Alpha Yaogo : Prenons d’abord un peu de recul ! Juste avant 2014, on a assisté à la naissance d’associations champignons. Dans leur grande partie, ces Organisations de la société civile (OSC) étaient téléguidées par des officines politiques et avaient des objectifs bien précis. En un mot, les OSC ont été utilisées pour atteindre des objectifs de certaines personnes. Raison pour laquelle elles ont joué un rôle marginal lors de la Transition, alors qu’elles étaient à la pointe de la contestation. Cela veut dire que ceux qui étaient à la pointe du combat, n’étaient pas ceux qui tiraient les ficelles. Ils ont été simplement utilisés et exploités. Aujourd’hui, la plupart se rendent compte qu’ils n’ont que leurs yeux pour pleurer. Dans la mesure où leurs rôles historiques sont épuisés, on n’a plus besoin de ces OSC. Certaines mêmes sont combattues. Maintenant, par rapport à votre question, je voudrais juste dire que les OSC sont aujourd’hui politisées, avec des prises de position purement politiques, politiciennes parfois. Cela n’honore pas la société civile traditionnelle burkinabè qui fait la fierté du Burkina Faso à l’étranger, parce que nous avons un véritable pedigree dans ce domaine. Je parle bien des OSC traditionnelles qui sont dans le domaine du développement, qui font la promotion du bien-être de la population dans plusieurs domaines.

Quand vous parlez de manipulation des OSC en 2014, le CDP, ex-parti au pouvoir, en faisait autant, sinon plus. N’est-ce pas ?

 

Si vous voulez faire allusion à ce que le CDP faisait avec le mouvement associatif, il faut savoir que c’est deux choses radicalement différentes. Le secrétariat en charge du mouvement associatif au niveau du CDP, a pour objectif non seulement d’apporter un appui technique, essentiel, mais aussi de faire un plaidoyer pour la promotion du monde et de la vie associatifs. Une étude sérieuse avait été faite sur les mécanismes qui pourraient être mis en place auprès des autorités publiques à travers un plaidoyer, pour renforcer les capacités du monde associatif. Il s’agissait d’accompagner les organisations informelles qui voulaient se formaliser en ayant des récépissés d’une part et d’autre part, celles qui avaient des récépissés et avaient du mal à se structurer ou à élaborer des projets. Nous avons des compétences qui les accompagnent dans ces domaines-là. Nous avons  aussi un volet appui-conseil pour permettre aux OSC de se perfectionner dans leurs domaines respectifs. Notre approche n’a absolument rien à voir avec ce que nous voyons aujourd’hui.  Si ce que nous faisons au niveau du mouvement associatif peut être interprété par certains comme des activités politiciennes, c’est leur droit le plus absolu. Il n’en demeure pas moins que, de 2012 à 2014, nous avons eu des résultats concrets et des centaines d’associations  d’aujourd’hui doivent leur existence et leur évolution au fait qu’elles ont bénéficié d’un encadrement à notre niveau.

Prenons le cas de la FEDAP-BC. C’était une association qui menait des activités purement politiques. Qu’en dites-vous ?

 

Le cas de la FEDAP-BC est spécial et plus complexe, au regard de toutes les analyses qu’il y a eues autour de la création de cette structure et de sa proximité avec le président Blaise Compaoré. La FEDAP-BC était impliquée dans tout ce qui était œuvres sociales à travers des dons de vivres, la réalisation de forages, l’assistance aux plus démunis. Elle avait un rôle social très important, mais cet aspect n’était pas suffisamment mis en avant et cela, à dessein par des tendances et des courants politiques qui voyaient cette structure d’un mauvais œil. Certainement parce que ceux qui critiquaient, ne contrôlaient pas cette organisation. C’est ainsi en politique. Quand on ne contrôle pas une structure, on a tendance à la vouer aux gémonies. Ceux qui étaient acteurs de cette FEDAP-BC, étaient des personnes de valeur. C’est un premier aspect. Le second aspect, le CDP était devenu, à un moment donné, comme une secte qui ne renfermait qu’un cercle très fermé de dirigeants, avant le renouvellement en 2012. Pourtant, de la création du CDP en 1996 à 2012, il y a eu une succession de cadres, de militants et de sympathisants qui souhaitaient faire le pas en s’engageant dans la vie politique. Seulement, ils n’avaient pas de canal d’accès au parti. Pourquoi ? Parce que c’était verrouillé de toutes parts par ceux qui dirigeaient le parti à l’époque. C’est cela la réalité et la FEDAP-BC était un réceptacle naturel pour certains qui étaient intéressés par l’engagement politique mais qui n’étaient pas les bienvenus au niveau du CDP, et ne pouvaient pas se faire de la place.

Vous convenez donc avec moi que la FEDAP-BC était une association politique !

 

J’ai donné deux aspects dont l’aspect social. Il ne faut pas occulter cela. J’ai ajouté aussi qu’il y avait des cadres, des jeunes qui, ne se retrouvant pas dans la gouvernance du CDP qui était caractérisée par l’opacité, l’exclusion et le sectarisme, ont trouvé un cadre d’expression à la FEDAP-BC.

 

Pensez-vous que la création de la FEDAP-BC a eu un impact sur l’évolution du CDP ?

 

Je ne le pense pas.  Il y a d’autres facteurs plus importants.

 

Est-ce que la création de la FEDAP-BC  n’a pas permis la mise à l’écart des Roch, Salif et Simon ?

 

Ça, c’est un raccourci que certains prennent et je ne partage pas ce point de vue. Selon nous, il fallait un renouvellement générationnel. Avec un camarade, on avait adressé une lettre de plaidoyer, à l’époque, au président du parti, Roch Marc Christian Kaboré, pour exprimer la nécessité de préparer la transition générationnelle. Il y avait un tassement au niveau politique au sommet et il fallait créer des espaces pour que la relève puisse se former. La réaction était de nous auditionner, d’abord séparément et ensuite ensemble.

 

Peut-on dire que le processus ayant abouti à la création du MPP, est lié à la dynamique de rajeunissement du CDP à l’époque ?

 

C’est au MPP de répondre à cette question. Nous, jeunes du CDP, en son temps, étions convaincus qu’il fallait opérer un renouvellement au niveau de la gestion du parti pour lui apporter une nouvelle vision en termes de gouvernance moins sectaire, moins clanique et plus ouverte vers la population d’une manière générale et pour que le parti soit en phase avec la population. Le CDP de l’époque était en déphasage avec la base et avec la population d’une manière générale.

 

Pensez-vous qu’en 2014, votre parti était en phase avec la population ?

 

Si on prend le point de vue de la population aujourd’hui, je pense qu’en 2014, on était en phase avec cette population.

 

Qu’est-ce qui a fait tomber l’ancien régime alors ?

 

Une minorité d’activistes déterminés ont su surfer sur les vagues de l’alternance qui est, somme toute, légitime et cela a conduit le peuple sur le chemin que nous connaissons  aujourd’hui.

 

Vous êtes-vous totalement remis des évènements de 2014 ?

 

Evidemment. Quand on s’engage sur le plan politique, il faut avoir à l’idée que quand on est  au pouvoir, on peut se retrouver dans l’opposition  par le jeu de l’alternance démocratique. Ce qui n’était pas forcément  le cas en 2014, puisqu’il s’est agi d’un coup d’Etat.

 

Quelles leçons tirez-vous de votre jeune expérience dans l’opposition ?

 

C’est une expérience enrichissante, parce qu’elle permet de comprendre la vie politique dans ses deux dimensions. Le pouvoir et l’opposition sont deux perspectives totalement différentes ; ce sont deux méthodes de travail tout à fait différentes. L’opposition, pour moi, est une expérience politique supplémentaire.

 

Ce n’est pas facile d’être dans l’opposition, n’est-ce pas ?

 

Je ne pense pas qu’être au pouvoir soit facile non plus, au regard des lourdes responsabilités et des charges qui incombent au parti au pouvoir si tant est que le souci réel soit le bonheur du peuple.  L’opposition ou le pouvoir ont chacun ses spécificités, ses « avantages » et ses « inconvénients ». Etre au pouvoir peut donner certains avantages, mais, subséquemment, cela peut avoir des inconvénients. Vous pouvez demander à ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui. Etre dans l’opposition a des inconvénients, certes,  mais cela a également des avantages. On a toute la latitude de critiquer le parti au pouvoir et de pointer du doigt ses insuffisances, ses faiblesses, ses tares, etc.

 

Le CDP prépare son prochain congrès ordinaire. Dans quelle ambiance cela se fait-il ?

 

Nous préparons notre congrès de façon sereine, dans la mesure où il s’agit d’un congrès ordinaire. Les différentes commissions sont à pied œuvre  pour mettre les petits plats dans les grands, pour que ce congrès soit une grande réussite par la désignation d’un nouvel exécutif avec une vision bien précise pour les prochaines échéances électorales.

 

La mise en place du prochain exécutif du parti se fera-t-elle de façon démocratique ou par imposition comme cela se fait dans la plupart des partis politiques?

 

La gestion d’un parti politique obéit toujours à un certain nombre de principes et de valeurs. Cela repose toujours sur des mécanismes de fonctionnement et de vision. En rapport avec cela, et pour ce qui concerne le CDP, il y a des mécanismes de consultation internes. Ils sont peut-être informels, mais ils sont bien réels. Ils tiennent compte des avis des différents courants et tendances  qui animent le parti et de celui du fondateur du parti ; l’objectif est de faire le dosage nécessaire pour maintenir le parti dans la stabilité. Le fondateur lui-même consulte des personnes-ressources au sein du parti et cela, pour tenir compte de toutes les sensibilités. Pour répondre simplement à votre question, la désignation se fera de façon démocratique, à la façon du CDP.

 

Est-ce que Blaise Compaoré aura son mot à dire dans les choix ?

 

Il est le fondateur du parti. Il a le dernier mot. Ce qu’on autorise à d’autres fondateurs, pourquoi le refuserait-on  à Blaise Compaoré ?

 

Voulez-vous dire que ce qui va se passer au cours du prochain congrès, va être piloté depuis Abidjan ?

 

J’ai parlé de concertation ! Il n’est pas question de pilotage.  La concertation entre Abidjan et Ouagadougou se fera et la meilleure solution sera trouvée. Ce n’est pas un tabou.

 

Aspirez-vous à jouer un rôle quelconque dans le prochain bureau exécutif ?

 

Si les congressistes estiment que je peux apporter quelque chose au parti, pourquoi pas !

 

D’aucuns estiment que ceux qui ont conduit le parti à la chute en 2014, devraient avoir le courage de laisser la place à une nouvelle classe dirigeante. Qu’en dites-vous ?

 

Nous ne pouvons pas nous offusquer d’être exclus d’un scrutin et permettre des exclusions dans nos propres rangs. Pour moi, les instances du parti doivent être animées par les camarades qui sont à même  d’apporter les contributions dont le parti a besoin pour être fort. Autrement dit, il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.  Puisque nous sommes dans l’opposition, on n’a pas droit à des approximations. De ce point de vue, toutes les compétences sont les bienvenues pour qu’on puisse affronter 2020 dans les meilleures conditions possibles. Pour moi, ce qui compte le plus, c’est l’efficacité.

 

Selon vous, quel est le meilleur profil du futur patron du CDP ?

 

Un président loyal, un président qui a une bonne connaissance du parti, de ses acteurs et de ses pratiques. Un président qui est rassembleur et qui, en vrai Général, peut nous amener à la victoire en 2020.

 

Est-ce à dire que le prochain président du parti sera le candidat du CDP en 2020 ?

 

Le président du parti ne sera pas forcément le candidat du parti en 2020. C’est mon avis et je pense que beaucoup de camarades le partagent.

 

Il se susurre que le CDP mise sur Kadré Désiré Ouédraogo, comme d’autres d’ailleurs, pour être son candidat en 2020. Vous confirmez ?

 

Je ne suis pas dans les secrets des dieux. Kadré Désiré Ouédraogo était déjà pressenti en 2015. C’est un homme d’Etat qui a la carrure et le profil de l’emploi. Il peut ratisser large, au-delà du CDP. C’est un des acteurs qui, après ce mandat en cours, peut ramener le Burkina Faso sur les rails.

 

A-t-il été déjà approché, oui ou non ?

 

Nous n’en sommes pas là d’abord. Pour l’instant, nous nous attelons à l’organisation de notre congrès et à la mise en place d’un nouvel exécutif. Le moment viendra où il faudra désigner le candidat à la présidentielle.

 

Y a-t-il des chances pour que Eddie Komboigo soit reconduit à la tête du parti ?

 

S’il est candidat, il n’y a pas de raison qu’il n’ait pas de chances d’être reconduit.

Combien y a-t-il de candidats ?

 

Pour l’instant, les candidatures ne sont pas ouvertes et comme vous le savez, on est en politique. Il y a des candidats déclarés et des candidats non déclarés. Il faut tenir compte de tout le monde.

 

Qui sont les candidats déclarés ?

 

Je dis que pour l’instant, l’appel à candidatures n’est pas encore lancé.

 

Que pensez-vous de la gestion du pouvoir par le MPP ?

 

C’est ce que pensent beaucoup de Burkinabè. De manière générale, c’est la déception. Les différents indicateurs sont assez édifiants en la matière. Le plus emblématique étant le plan sécuritaire. Les effets de l’insécurité se ressentent sur l’économie. Sur le plan social, la tension est forte avec les syndicats. Sur le plan politique, il y a un dialogue de sourds entre le MPP et l’opposition, en général et le CDP en particulier. Pour me résumer, la gouvernance est chaotique.

D’aucuns estiment que la situation difficile que traverse le Burkina Faso, notamment sur le plan sécuritaire, est du fait des politiques du CDP. Qu’en dites-vous ?

 

En 2014, le pays était dans une bien meilleure posture qu’actuellement. Par ailleurs, pendant la compagne, des gens du  MPP ont dit qu’ils étaient les vrais cerveaux du CDP et qu’ils allaient démontrer que leur gouvernance était bien meilleure à celle du CDP, à tous points de vue. Les jeunes allaient avoir de l’emploi, l’économie allait être florissante, pour ne citer que ces deux cas. Aujourd’hui, les jeunes sont les premiers à déchanter. Le chômage n’a jamais été aussi important.

 

Sur le plan sécuritaire, il est dit précisément que les attaques terroristes que connaît le Burkina, sont consécutives à la rupture de pacte qui liait l’ancien régime aux groupes terroristes. Qu’en dites-vous ?

 

Si on part du principe que les dirigeants actuels du Burkina étaient les acteurs majeurs du CDP, notamment son aile politique, ça doit être eux les artisans de ces pactes. Il faut commencer par leur poser des questions sur ces pactes-là. Il faut les entendre pour qu’ils nous expliquent en quoi consistaient ces pactes et pourquoi notre pays est exposé à un tel niveau d’insécurité aujourd’hui.

 

Pour revenir aux prochaines élections, celles de 2020. Quelles seront, selon vous, les principales forces en présence ?

 

Ce n’est un secret pour personne. Les forces en présences seront le CDP, le MPP, l’UPC et la NAFA. D’autres s’ajouteront certainement à eux.

 

Envisagez-vous un scénario « Tous contre le MPP » ?

 

On verra bien comment se déroulera le scrutin. A l’issue du premier tour, je pense que des alliances se noueront  en fonction des objectifs et de la vision des différents partis.

 

Donc, vous pensez qu’il n’y aura pas de quart de tour en 2020 ?

 

Ce serait vraiment un miracle. Vu le bilan à mi-parcours du pouvoir actuel, je ne vois pas comment la courbe sera inversée avant 2020.

 

Peut-on s’attendre à une alliance MPP-CDP ou CDP-MPP ?

 

En politique, il ne faut jamais dire jamais. Mais pour l’instant, nous en sommes loin. Ça au moins, c’est clair.

 

Comment qualifierez-vous la classe politique actuelle ?

 

Je pense qu’il y  a un grand fossé entre la classe dirigeante depuis la Révolution jusqu’aujourd’hui  (MPP comme CDP) et la jeune génération d’une manière générale. Et le maillon manquant, c’est la formation. Les jeunes n’ont pas été formés politiquement. Pour trouver aujourd’hui des jeunes qui ont un bagage politique à même de leur permettre de cerner les différents contours et les enjeux politiques du pays, de faire des analyses objectives et pertinentes, c’est difficile. Ils ne sont pas nombreux et c’est surprenant.

 

A qui la faute, selon vous ?

 

A tout le monde. La plupart des jeunes qui ont une formation politique et idéologique, cela est dû à des initiatives personnelles. Beaucoup plus de jeunes auraient pu prendre les mêmes initiatives, mais je pense qu’il appartenait aussi à l’ancienne génération de mettre en place ce mécanisme pour les former politiquement et idéologiquement, car c’est de l’avenir du pays qu’il s’agit. Quand elle passera la main à un moment donné, dans des conditions pacifiques et concertées, ceux qui sont censés prendre la relève, doivent être en mesure de tenir haut le flambeau du pays. C’est de cela qu’il s’agit, car nous sommes dans un monde de plus en plus concurrentiel, où il y a également des querelles de leadership entre les leaders des différents Etats. Quels leaders préparons-nous au Burkina Faso pour faire face aux leaders des autres pays qui nous entourent et à l’adversité sous-régionale, continentale et mondiale? Cela est une question majeure.

 

Pensez-vous que la question est suffisamment traitée par les partis et formations politiques au Burkina Faso ?

 

Je pense que la question n’est pas suffisamment traitée par  tous les partis et formations politiques. C’est une préoccupation pour moi. Quels dirigeants allons-nous trouver pour faire face à l’adversité, dans le sens positif du terme, au niveau sous-régional et international et ce, sur tous les plans? La génération actuelle qui dirige, du CDP au MPP, a su faire cela avec deux leaders majeurs, notamment Thomas Sankara et Blaise Compaoré.  Ces deux leaders, chacun à sa façon, ont su donner leurs lettres de noblesse à notre patrie. Après ces deux leaders forts et charismatiques, on a actuellement une présidence « normale » et on se rend compte que le Burkina est éteint en termes de visibilité internationale. Or, c’est toujours la même génération qui dirige. Projetons-nous dans 15, 20 ou 30 ans ; quels types de leaders allons-nous fabriquer pour faire face à la concurrence des autres dirigeants de ce monde ou au reste de la sous-région au moins ? C’est une grande préoccupation.

 

Quels types de relations entretenez-vous avec François Compaoré de qui vous êtes très proche ?

 

Il s’agit des relations de confiance, sincères, loyales ; des relations d’un parrain et de son filleul. A son contact, j’apprends énormément.

 

François Compaoré est donc votre parrain ?

 

Je ne m’en suis jamais caché.

 

En politique, au Burkina, il faut toujours avoir son parrain, n’est-ce pas ?

 

Je ne sais pas s’il faut toujours en avoir mais, en tout cas, j’ai la chance d’en avoir un et cela me permet de me former sur le plan politique et même au-delà. Car, nos relations vont au-delà du domaine politique.

 

Que  pensez-vous de la demande d’extradition formulée à l’encontre de François Compaoré par l’Etat burkinabè, dans le cadre de l’affaire Norbert Zongo ?

 

Une demande d’extradition doit s’appuyer sur des arguments, en l’occurrence la mise en examen, l’inculpation ou la condamnation d’une tierce personne. M. François Compaoré ne fait l’objet d’aucun de ces trois éléments.

 

Il est poursuivi pour incitation à assassinat !

 

J’étais à son audition à Paris et le gouvernement n’a pas été en mesure de produire le début du commencement d’une preuve pendant six mois. Ce sont des procès d’intention, des accusations sans fondement. Partant de là, j’estime que c’est une sorte de populisme pour satisfaire une  partie de l’opinion. Ce n’est ni du droit ni de la justice.

 

Etes-vous pour ou contre l’extradition de François Compaoré au Burkina Faso ?

 

La question n’est pas de savoir si je suis pour ou contre. La question est de savoir si l’extradition repose sur des fondements juridiques.

 

Et si ces fondements juridiques existaient !

 

Que ce soit M. Compaoré ou n’importe quel citoyen burkinabè dans le monde, si la demande d’extradition est étayée par des preuves objectives et pertinentes, la personne doit répondre. Je suis pour une justice juste et non pour la justice vengeresse, de règlement de comptes, tendant à faire plaisir à une partie de l’opinion.

Voulez-vous dire que la situation que vit François Compaoré est une justice vengeresse tendant à faire plaisir à une partie de l’opinion ?

 

J’ai tendance à le croire.

 

Sur quelles bases affirmez-vous cela ?

 

Sur la base des faits. C’est très simple.

 

Quel pourrait être, selon vous, le schéma de la réconciliation ?

 

Beaucoup de personnes, de structures de la société civile et de partis politiques se sont exprimés sur la question. Je pense qu’il faut que les acteurs politiques se parlent. De même, toutes les forces mobilisatrices et médiatrices de notre pays et autres personnes-ressources doivent s’impliquer et jouer leur rôle pour faire aboutir le processus et permettre à tous les Burkinabè de vivre en harmonie. Nous devons tous repartir sur de nouvelles bases en faisant table rase du passé. Ce n’est pas une façon de promouvoir l’impunité ; c’est juste pour permettre aux Burkinabè de passer à une autre étape. Ceux qui ont commis des actes qui méritent d’être condamnés, que la loi leur soit appliquée dans toute sa rigueur ; que justice soit rendue à ceux qui ont été victimes d’actes condamnables   et qu’on puisse se consacrer aux questions de développement de notre pays. Depuis 2014, nous sommes pris dans un ancrage politico-politique. On tourne en rond. Pire, on fait un pas en avant et trois en arrière. Pour la réconciliation, cela doit se faire sur initiative du parti au pouvoir. Mais l’opposition a beau crier, vociférer pour la réconciliation, le parti au pouvoir fait la sourde oreille. En tout cas, il ne montre aucune volonté affichée d’aller à la réconciliation. On s’enlise dans cette situation de ni paix ni guerre, qui fait l’affaire de certains courtisans du pouvoir et non celle de la grande majorité des Burkinabè.

Que pensez-vous du déroulement du procès du putsch manqué ?

 

Je constate qu’il y a beaucoup de vices de procédure. De mon point de vue, cela cache peut-être la volonté de quelqu’un, quelque part, qui ne veut pas que la vérité soit dite. Car, on sait que quand les deux Généraux, entre autres, s’expriment, ça peut gêner beaucoup de personnes.

 

Avez-vous un dernier commentaire à faire ?

 

Il faut que nous sachions nous départir de nos rancunes, rancœurs et de nos égoïsmes pour penser à l’intérêt supérieur de la Nation. Il faut avoir pitié du peuple du Burkina Faso, qui souffre en grande majorité de la situation présente où ses fils et ses filles sont divisés. Cela ne doit pas continuer trop longtemps.

 

Interview réalisée par Michel NANA

http://lepays.bf

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