Violences à Tanwalbougou : « Je ne suis ni terroriste, ni complice des terroristes, ni bras financier du terrorisme », déclare le cheikh

Le cheikh de Tanwalbougou, Amadou Bandé, s’est exprimé ce vendredi 24 juillet 2020 à Ouagadougou sur les événements tragiques survenus le 29 juin 2020 dans sa localité. Face aux accusations de complicité dont il dit faire l’objet depuis l’apparition du terrorisme au Burkina Faso (en 2015), le guide spirituel brise le silence et donne sa position sur le terrorisme.

« J’ai tenu aujourd’hui à rompre le silence que m’imposent mes lourdes charges de guide religieux pour m’exprimer sur le drame humain que vivent les habitants de Tanwalbougou, et singulièrement les événements tragiques survenus le 29 juin 2020 qui ont causé la mort de sept personnes et fait plusieurs blessés », a introduit le cheikh de Tanwalbougou, Amadou Bandé.

En revanche, il n’a pas tenu à se prononcer sur le volet judiciaire de la situation. Il s’est agi tout simplement de « donner sa lecture des évènements ».

Pour le cheikh, sa position sur le terrorisme est claire : « Je ne suis ni terroriste, ni complice des terroristes, ni bras financier du terrorisme ». Et d’ajouter : « Je rejette toute forme d’extrémisme violent. J’ai la conscience tranquille et j’ai fait de mon mieux pour sensibiliser sur les méfaits de l’extrémisme violent ».

En ce qui concerne la politique, Amadou Bandé se dit neutre et ne milite pas dans un parti politique.

Nourou Dicko (à droite), le porte-parole du cheikh, a lu la déclaration en français

« Il faut agir sur la base des informations crédibles »

Le maître coranique d’obédience Tidjani, Amadou Bandé, a rappelé qu’il soutient la lutte engagée par l’armée nationale contre le terrorisme.
Toutefois, des dérives sont vécues par les ressortissants de Tanwalgougou, dans la région de l’Est. C’est pourquoi, le cheikh propose la vigilance et la vérification des sources d’informations. « Cette lutte contre le terrorisme doit être menée avec beaucoup de discernement pour ne pas verser du sang innocent. Je ne protège aucun de ceux qui ont porté des armes contre le pays, fut-il mon propre fils. Mais il faut agir sur la base d’informations crédibles et vérifiables et respecter la présomption d’innocence afin de préserver le socle social du vivre-ensemble hérité de nos ancêtres », a-t-il affirmé.

« Il faut impliquer les notabilités de toutes les communautés dans cette lutte. Car le revers de la médaille (…) renforce les terroristes. Le recrutement devient alors facile malheureusement », a-t-il ajouté.

Une vue des proches du cheikh durant le point de presse

La situation à Tanwalbougou

Comme promis, le guide spirituel est revenu sur les évènements du lundi 29 juin à Tanwalbougou. Dans son récit, il a évoqué une visite surprise des Forces de défense et de sécurité (FDS) avec une douzaine de véhicules, une trentaine de motos et un char de combat, à 6h du matin.

Pendant trois heures chrono, toutes les maisons ont été fouillées. La maison d’Amadou Mandé n’a pas été épargnée. « Même les poulaillers ont été fouillés. Rien n’a été trouvé et rien n’y sera jamais trouvé car nous n’avons aucune sympathie pour les terroristes », a-t-il rapporté.
Par la suite, le cheikh a indiqué que des pièces d’identité ont été retirées et emportées. Ses proches ont été violentées et douze personnes ont été embarquées manu militari.

Pour sa sécurité, le cheikh Amadou Bandé dit se confier entre les mains de Dieu, qui le protège.

Le lendemain, c’est-à-dire le 30 juin, cinq rescapés sont venus les informer de la mort des sept autres. « Le communiqué ministériel confirme qu’ils sont tués par balles », a précisé le cheikh. Par ailleurs, il a annoncé que la « Journée de dialogue intercommunautaire pour la paix (JDIP) » de Fada (tenue les 14 et 15 juillet 2020) a pris une résolution sur la nécessité d’offrir une sépulture aux restes des sept tués « dont les corps ont été abandonnés aux charognards et aux chiens ».

Les violences à Tanwalbougou ont occasionné le déplacement de plus de 500 personnes dans le quartier du cheikh Amadou Bandé. A ce jour, il a laissé entendre qu’ils ont quitté Tanwalbougou, fermant ainsi la moquée et l’école fréquentée par plus de 140 élèves.

Durant son point de presse, le cheikh a tenu à retracer sa généalogie. L’on retient que le guide spirituel, qui est connu sous le surnom « Tokora Mobbo », est l’arrière-petit-fils de Belko Bandé. Il appartient au clan Ba des peulh ayant vécu longtemps dans la ville de Ouagadougou, dans l’ex-quartier de Bilbambili. « Mon aïeul Belko fut un des conseillers de Naaba Boukari Koutou. Belko Bandé fut aussi l’imam de la mosquée alors située au sein de la gare du train, et les vestiges de cette mosquée sont toujours présents », a-t-il narré.

Cryspin Masneang Laoundiki
Lefaso.net

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