Vie politique burkinabè : Une majorité présidentielle qui a besoin de se réconcilier avec elle-même !

Le nombre ne fait pas forcement la force, est-on tenté d’affirmer et de s’y accommoder avec l’actualité au sein de l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP, 105 partis politiques). En l’espace de 48 heures, deux actualités majeures viennent afficher que, ceux qui sont censés être le soutien du président Roch Kaboré pour son chantier de réconciliation nationale, sa quête de cohésion sociale et l’unité nationale tant prônée, souffrent, eux-mêmes, d’une carence en ces valeurs. Il y a problème !

Pendant que ce qu’il convient de qualifier d’ « appel d’un membre de la majorité à la démission du président Roch Kaboré » bat son plein, on assiste à un autre épisode relatif au retrait ou à l’éjection (c’est selon) de l’APMP de la « Yenenga de l’éducation », Yéli Monique Kam, seule femme candidate à la présidentielle de novembre 2020.

Sans fouiner les éléments qui sous-tendent cette actualité, on constatera simplement que l’APMP est loin d’être au mieux de sa forme. Elle qui devait pourtant être une organisation plus dynamique, aux aguets et prompte à se saisir des préoccupations nationales. Ce qui pouvait rassurer à la fois son champion, Roch Kaboré, et, partant, l’ensemble des populations burkinabè. Dans son visage actuel, quel accompagnement peut-elle apporter au président du Faso, sa raison d’être ?

Peut-on appeler à l’unité des Burkinabè pour « aller au plus pressé et à l’essentiel », si ceux à qui incombe cette responsabilité de conduire cet idéal commun ne sont pas dans les dispositions pour le faire ? Aujourd’hui, tout porte à croire que la majorité a besoin d’être réconciliée avec elle-même, avant d’accompagner le gros chantier de réconciliation nationale lancé par le président Roch Kaboré. Il est difficile de s’expliquer le fait que celle qui est appelée à être la solution devienne un problème supplémentaire. En 48 heures seulement, l’APMP a servi aux Burkinabè, une actualité qui sape sa mission et son image.

En effet, par un communiqué signé du 12 janvier 2022 du coordonnateur, Pegwendé Clément Sawadogo, l’APMP condamnait « énergiquement » la déclaration de Garafou Nignan, président du parti Front progressiste, qui a exigé la démission de Roch Kaboré. C’était au cours d’une conférence de presse animée par le président du parti, Gafarou Nignan, le mercredi, 12 janvier 2022. Cette sortie, qui a eu lieu au siège même de l’APMP, n’est pas une première pour l’incriminé.

« Cette déclaration grave et hasardeuse ne pouvait logiquement émaner d’un parti membre de la Majorité présidentielle censé soutenir le programme politique du Président du Faso. Elle vient confirmer l’instabilité de ce président de parti qui se livre à des va-et-vient incessants entre la majorité et l’opposition par des attitudes incohérentes. En tenant de tels propos, Monsieur Garafou Nignan, qui n’est donc pas à sa première dérive, se met en travers de la solidarité politique qui scelle les partis de ladite majorité. La légèreté et l’esprit de défiance qui animent cette sortie la rend abjecte, indéfendable et inacceptable », a immédiatement réagi la même journée, le coordonnateur de l’APMP, Pegwendé Clément Sawadogo.

Depuis la soirée de jeudi, 13 janvier 2022, c’est l’actualité relative au retrait ou à l’éjection de la présidente du MRB (Mouvement pour la Renaissance du Burkina), Yéli Monique Kam, qui alimente certains cercles et espaces publics.

« Elle s’est retirée, ça m’a vraiment étonné, je ne sais pas pourquoi. Elle a écrit une lettre directement au Chef de l’Etat ; généralement si c’est à notre niveau (responsables de l’APMP, ndlr), on appelle la personne pour comprendre. (…). Au sein de l’APMP, il y en a qui attendaient des récompenses qu’ils n’ont pas eues et qui sont partis ; il y a deux personnes dans ce cas (il y a un qui espérait être nommé ministre, ensuite une décoration qui n’est pas venue, donc il est parti). D’autres ont suspendu leur participation à l’APMP. Pour elle là (Yéli Monique Kam), ça nous a vraiment étonnés. Elle était la seule femme et vraiment très dynamique, je ne sais vraiment pourquoi », se désole un des responsables de l’APMP.

Une autre source du cercle de décision de l’APMP qualifie la situation d’inquiétante. « Gafarou Nignan avait déjà été suspendu pour des gaffes. Il est réintégré et voilà qu’il nous poignarde dans le dos encore, de façon brutale et inacceptable. Pour lui, personnellement, ça ne m’étonne pas. Mais le départ de Yéli Monique Kam m’inquiète. C’est une femme qui se bat beaucoup et qui encourageait même les membres de la majorité. J’espère qu’on va pouvoir trouver un terrain d’entente, parce que ce n’est pas bien ainsi », ajoute l’interlocuteur.

Par sa page Facebook, Yéli Monique Kam, a, en cette soirée de jeudi 13 janvier, réitéré la vision de « changements positifs » de son parti, le MRB, à travers « l’Education de qualité qui redéfinit le Burkinabè de demain en lui redonnant une qualité d’Homme intègre ; la sécurité, la paix, la cohésion sociale ; la souveraineté intégrale d’un État-Nation ; la justice, la lutte contre la corruption ».

De proches collaborateurs de la candidate à la présidentielle expliquent, pour leur part, qu’elle a plutôt été « éjectée » de l’APMP pour avoir fait des observations. Selon cette version, lasse d’attendre une APMP dynamique, au sein de laquelle se discutent les sujets cruciaux de la vie de la nation, la présidente du MRB a adressé une correspondance au président Roch Kaboré (avec ampliation à l’APMP, présidée par le président du parti au pouvoir,Bala Alassane Sakandé).

Cette démarche viserait à faire bouger les lignes, sinon, le MRB se retirerait de l’APMP, révèlent ces proches de Yéli Monique Kam, qui disent donc avoir été surpris de son éjection de la plateforme WhatsApp de l’APMP, suivie de la publication de la lettre dans les réseaux.

Ils déplorent le « trop » de contradictions, de maladresses et le refus du choc des idées au sein de la faîtière, l’APMP.

Une ambiance qui rappelle également le retrait, en octobre 2021, du PDC (Parti pour la démocratie et le changement, trois députés) et de sa fondatrice, Saran Sérémé de la majorité et de l’institution Médiateur du Faso.

Sans chercher le sexe des anges…, on notera simplement que ces balbutiements sont de trop pour l’APMP dans ce contexte où le maître-mot des responsables à l’endroit des Burkinabè restent les incessants appels à « l’unité et la cohésion sociale ». Et ce climat est vraiment de nature à ne pas rassurer les Burkinabè…, lorsqu’on sait que l’APMP, c’est le pouvoir ; ceux qui ont en charge la destinée du pays, un Burkina suffisamment éprouvé. Il faut donc que la sérénité s’observe au plus vite au sein des 105 membres de l’APMP. C’est une nécessité, si le regroupement a vraiment pour vocation d’être un soutien pour le président Roch Kaboré, et non un problème supplémentaire à résoudre. Il lui faut plutôt donner davantage de voix sur les préoccupations nationales et contribuer plus à la sensibilisation… C’est sur ces aspects qu’elle est attendue. Il y a des compétences de toutes sortes en son sein, il faut simplement les mettre en orbite, leur offrir l’espace et la place qu’il faut. Ça y va aussi de l’amélioration de la santé même du pays. Pour cela, il va falloir, en toute évidence, avoir le courage de se dire les vérités, dépasser l’orgueil personnel, les clivages, pour se donner une ligne de conduite d’ensemble. Sans quoi, ça va être difficile d’avancer tête-bêche.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

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