Une vie de confiné : L’expérience d’un stagiaire burkinabè à Bruxelles

Parti en stage à Belgique précisément à Bruxelles, Gaston Lankoandé (nom d’emprunt. L’intéressé a préféré garder l’anonymat), ne s’imaginait pas qu’une bonne partie de son séjour se passerait entre quatre murs. La capitale européenne vit en confinement depuis le 18 mars 2020 et la mesure n’est pas prête d’être levée. Malgré tout, le compatriote poursuit ses cours, mais en ligne. Une vie de confinement, le lourd silence des rues, ses rares sorties. Une résilience qu’il a voulu nous conter.

Journaliste de formation et chercheur, Gaston Lankoandé séjourne à Bruxelles pour un stage. Mais Coronavirus oblige, son pays d’accueil a dû décider du confinement pour freiner la galopante progression de la pandémie. Cette mesure de confinement est bien particulière en Belgique. « La première ministre a dit dans son discours qu’elle faisait confiance aux belges pour s’auto discipliner. On ne nous empêche pas de sortir, on peut aller dans les alimentations, les pharmacies, faire du sport tout en respectant les consignes », explique Gaston Lankoandé.

Ainsi, dans les supermarchés, les alimentations, les mesures sont scrupuleusement respectées, la distance de un mètre est respectée. Les gens s’alignent et il est fait obligation à chaque client de prendre juste ce qu’il faut pour ne pas créer une pénurie. « Cela prend du temps, mais les gens s’y plient. Au début ça n’a pas été facile, parce que certains voulaient aller au Luxembourg ou aux Pays-Bas, parce que dans ces pays il n’y avait pas encore de confinement, mais ils ont vite pris conscience de la gravité de la situation et se sont rangés ».

Contrairement donc au voisin français par exemple, où il faut se munir d’un document dûment renseigné pour s’hasarder dans les rues, la Belgique a opté pour la confiance en la discipline de ses citoyens et cela semble fonctionner. « Les rues sont vides, alors que généralement, en tant que capitale européenne, les rues de Bruxelles grouillent de monde à tout moment. Aujourd’hui même j’étais au centre-ville pour prendre un appareil avec un enseignant, c’est totalement vide. » Bruxelles est une ville multiculturelle, une ville touristique. Au centre-ville, avant le confinement, « on entendait des gens s’exprimer en français, néerlandais, allemand (les trois principales langues du pays) mais également en chinois, en espagnol, en italien ; mais maintenant, c’est presque silence radio » poursuit notre interlocuteur.

Des cours pas suspendus mais en vidéoconférence

Mais, nous apprend-t-il, les citoyens sortent faire du sport, ce n’est pas proscrit, à condition de respecter certaines mesures. « Il m’arrive de sortir souvent au parc pour faire du sport, histoire de ne pas trop stresser en restant à la maison ». Une tolérance qu’il faut prendre avec responsabilité pour éviter que les mesures se durcissent, surtout que la première ministre Sophie Wilmès a annoncé le prolongement du confinement au 19 avril et potentiellement jusqu’au 3 mai.

« Nous sommes dans un immeuble, on est assez nombreux. On fait tout pour éviter la quarantaine, on est déjà en confinement. Si quelqu’un d’entre nous est malade, on sera obligé de nous mettre tous en quarantaine, et en ce moment, on ne pourra plus sortir. Par la grâce de Dieu, nous sommes tous en bonne santé, voilà pourquoi on doit éviter d’être trop en contact », précise le journaliste.

« La dernière fois que je suis allé à l’institut pour les cours en présentiel, c’était le 12 mars dernier », se rappelle Gaston Lankoandé. Réunis avant en atelier pratique de quatre à huit personnes, le format a été retoqué pour s’adapter à la nouvelle donne. « Nous venons d’entamer un atelier sur le long format, le reportage et l’enquête, le travail se poursuit malgré le confinement. On se réuni en vidéoconférence, avec les quatre enseignants qui animent l’atelier. C’est sûr qu’on a dû revoir nos ambitions à la baisse. Tout le monde travaille actuellement sur le coronavirus, mais avec un angle différent. Ici, ils sont en avance sur les cours en lignes, si fait que toutes les universités fonctionnent. Aucun cours n’est suspendu, on ne se retrouve pas physiquement, mais le travail continue avec les nouvelles contraintes », apprécie notre interlocuteur.

« La situation au pays nous inquiète »

A mille lieux de là, Gaston Lankoandé scrute la situation dans son Burkina natal. « Quand on suit les informations, on se rend compte que les choses s’accélèrent au pays et cela nous fait peur. Quand on voit comment la vie est au ralenti ici, alors qu’ils sont plus en avance, ont des soins plus adaptés, des alimentations disponibles », il y a de quoi deviser sur le future.

Surtout si la fièvre ne baisse pas et que les mesures restrictives doivent s’étaler dans le temps. « On souhaite que la situation s’améliore rapidement. Quand on est loin, ça fait encore peur avec les médias qui ne s’intéressent qu’aux informations qui font peur ».

En plus, la fin du stage est proche. Il faudra regagner le pays alors que les frontières sont fermées. C’est une équation à laquelle le chercheur pense, tout en restant optimiste quant à une embellie prochaine de la situation. En attendant, chaque soir, selon Gaston Lankoandé, les occupants des différents immeubles et appartements sortent applaudir à leur fenêtre pour quelques minutes. Une façon aussi de faire savoir à son voisin que l’on est toujours en bonne santé. « Ce sont des moments qui permettent de tisser des liens, parce qu’en temps ordinaires, chacun est chez lui ».

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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