Tribune : Tant qu’on ne se mettra pas ensemble le terrorisme nous vaincra

Ceci est une Tribune du président du Centre  KOGLYAKA et Conciliation sur la situation sociale et sécuritaire du Burkina Faso. 

Depuis 2016 le Burkina Faso est confronté à des attaques terroristes perpétrées par des groupes armés contre des civils mais aussi contre les forces de défense et de sécurité. Malheureusement cette crise sécuritaire aux nombreuses conséquences économiques et sociales fait courir des risques importants au vivre-ensemble des burkinabè, ainsi qu’à la coexistence harmonieuse et pacifique des populations dans les zones de conflit. Le Burkina Faso est éternel et doit survivre à toutes considérations partisanes.

Bientôt cinq ans que notre pays, le Burkina Faso, subit la loi de la violence imposée par les groupes armés. Dans la partie est et au sahel notamment, chaque jour apporte ainsi son lot d’exactions physiques et psychologiques sur les populations.

Dans un récent rapport publié par Oxfam Burkina, cette ONG bien connue, pointe du doigt la situation précaire des femmes, obligées de souffrir le martyr entre les agressions sexuelles des GAT et les accusations de présumées complicité avec les assaillants protée contre elles par certains membres de leur propre communauté ou autre.

A l’Est du Burkina, des informations sérieuses font état d’une montée croissante de tensions internes. Celles-ci se fondent sur des d’accusations concernant des responsabilités supposées dans les attaques subies par les populations.

Sous d’autres cieux, les nuages s’amoncellent également, prémisse d’un orage social aux grandes conséquences négatives pour tout le monde : en effet l’on y observe selon des témoignages recueillis auprès de témoins, que les habitants de nombreux villages sont désormais sur le-qui-vive. Certains parmi eux demandent explicitement des armes pour disent-ils se défendre contre des ennemis nommément cités.

Un peu partout au Burkina Faso, les habitants se regardent ainsi en chiens de faïence. Les relents ethnicises sont de plus en plus présents dans les propos, voire dans les attitudes des uns et des autres.

Sur les réseaux sociaux, c’est le même constat qui s’impose : certains intervenants ont de moins en moins de mal à cacher leur parti pris. En témoigne la mise sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, MACO, par la justice burkinabè, de deux internautes qui appelaient ni plus ni moins qu’à la confrontation ethnique au Burkina Faso pour selon eux résoudre la question du terrorisme.

Comment se taire ?
Comment s’y faire ?
Comment s’en laver les mains ?
Le silence coupable ne serait-il pas aussi dangereux, voire plus nocif que le mal lui-même ?
Ô pays mon Burkina, notre cher Faso à tous, qu’as-tu fais de ton unité ?
De toute évidence, nous sommes face à une situation qui nous interpelle toutes et tous. Et nous n’avons pas à nous dérober. Car l’heure est grave.

En effet, Le bréviaire de la haine dans lequel les adversaires de la liberté puisent sans cesse les racines de leur apologie destructrice et vengeresse, ne devrait-il pas au contraire se voir opposer à tout instant, l’hymne éternel de la solidarité et du vivre-ensemble ? Gageons qu’il en soit ainsi. Car aussi longtemps que nous n’aurons pas la hauteur d’esprit et la sagesse nécessaire pour resserrer les rangs et nous mettre debout, tous ensemble, le terrorisme aura toujours des espaces de déstabilisation à grignoter. A nos dépends, bien évidemment.

A ce propos, Alpha Oumar Konaré, Historien, ancien président du Mali et ancien président de la Commission de l’Union africaine, affirme ceci : la catastrophe arrive vite, quand on n’a pas le courage de se parler, d’échanger, de regarder l’autre, de faire confiance à l’autre si différent et si proche, aux voisins si sacrés, aux amis si chers aux partenaires si nécessaires.

Vu sous cet angle et à partir du Burkina, il est évident que les événements actuels auxquels nous sommes soumis depuis 2016, du fait de l’irruption de la violence terroriste dans notre quotidien, par le truchement de la bande sahélo sahélienne, ont engendré une situation inédite dans les annales de notre pays : plus de 848.000 déplacés internes, un bouleversement des fragiles équilibres sociaux, économiques et culturels, des frontières terrestres soumises à d’intenses pressions, ainsi que de nombreux espoirs de vie atomisés et à reconstruire…

Assurément, l’une des leçons à tirer de la crise actuelle se trouve dans les fortifications centenaires de notre vivre ensemble, qui doivent sans cesse être renforcées. Par l’unité, par la cohésion nationale, par la discipline, mais aussi par l’exemplarité d’une gouvernance vertueuse, fortement inclusive et apaisée, sans pour autant renier les fondements de l’état de droit auquel nous avons souscrit, comme le rappelle si justement, l’économiste Bissau guinéen, Carlos Lopez, ancien secrétaire exécutif secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies CEA.

Si nous cédons à la tentation du repli identitaire et communautaire, alors nous aurons échoué à perpétuer l’héritage laissé par les pères fondateurs. Le Burkina Faso est un et indivisible. Il appartient à toutes ses filles et à tous ses fils, qui doivent pouvoir s’y sentir partout chez eux, d’est en ouest, du nord au sud. Mais plus encore, que ces derniers soient capables de vivre en parfaite intelligence et en harmonie, les uns avec les autres.

La soixantaine d’ethnies que nous sommes, cf Colloque du Ministère de la culture et des arts du tourisme, Dori, novembre 2018, constitue sans aucun doute, une force et un atout, un maître-étalon, dont nous devons être fiers, dans la perspective d’un développement véritablement endogène, selon la vision du Pr Joseph Ki-Zerbo. Car cette diversité ethnique et linguistique nous donne incontestablement les clés d’un vrai aggiornamento social, à condition toutefois que nous sachions nous en servir à bon escient. Cf Pr Mahamoudou Gazibo, Université de Montréal.

Assurément, il s’agit pour nous, d’oser vaincre nos propres stéréotypes et nos turpitudes, pour espérer, in fine, actualiser notre vision de l’autre, afin de parvenir à réinventer l’avenir avec succès. Le défi est de taille. C’est un fait. Mais il est là la hauteur des enjeux que nous impose l’actualité. Il est aussi et surtout à notre portée.

Inoussa ouedraogo président du
Centre KOGLYAKA et Conciliation

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