Terroristes et bandits armées : Les civils plus que jamais la cible

Le Niger est la cible d’attaques meurtrières visant essentiellement les populations civiles depuis la campagne électorale de février2021. Ces attaques ont fait plus de 200 morts en une semaine ce mois-ci, dans les régions de Tillabéry et de Tahoua qui font frontière avec le Burkina et le Mali. Cette zone correspond à la région du Liptako-Gourma qui est un territoire commun aux trois pays. C’est là où semble se jouer en ce moment la lutte contre le terrorisme au Sahel, si tant est que ces hommes armés qui attaquent des forains de retour de marché hebdomadaire, ou des bergers pour retirer le bétail sont des hommes qui ont des revendications politiques.

Cette zone, de par le passé, était le théâtre de grandes batailles contre les armées des trois pays : Mali, Burkina et Niger. Elle est aujourd’hui la zone où les populations civiles paient le plus lourd tribut à la guerre. Qu’est ce qui peut expliquer ces tueries de masse dans des marchés, sur des routes, dans des pâturages, des populations civiles, qui veulent simplement vivre en paix ? Pourquoi nos États sont-ils si défaillants à assurer la sécurité ?

C’est le Niger aujourd’hui, mais c’était le cas au Mali et au Burkina avant. La question est de savoir qui sont ces meurtriers qui sèment la mort et la désolation d’un pays à l’autre, sans que la « cavalerie » ne réussisse à les arrêter ? Est-ce l’État islamique au grand Sahara(EIGS) qui tue les populations civiles pour leur prendre le peu de moyens de subsistance qu’elles ont ?
Les zones frontalières communes du Mali, du Burkina, et du Niger sont les espaces les plus dangereux au monde.

Elles ont été dessinées par l’administration coloniale française à coups de crayons, créant des frontières qui divisent des peuples qui ont tout en commun, entre trois pays différents dont rien ne matérialise leur présence dans l’espace et la conscience des populations. Les bandits, les terroristes et les criminels livrent une grande bataille pour le contrôle de cet espace de 370 000 km2, qui est plus grand que le Burkina Faso et qui concerne deux régions de ce pays le Nord et le Sahel, quatre régions administratives au Mali (Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka), et deux régions au Niger (Tillabéry et Tahoua).

Le fait historique n’explique pas la situation, car outre le fait que cette zone du Liptako-Gourma est confrontée à une désertification avancée et des sècheresses cycliques, en soixante ans d’indépendance, dans ces trois pays, ces zones ont été abandonnées, sans routes, écoles, dispensaires etc.

De véritables déserts administratifs qui ont attirés les criminels et les terroristes, pour leur servir d’abris, où ils peuvent exercer tranquillement tous leurs méfaits. Voici aujourd’hui l’épicentre de l’insécurité au Sahel. C’est là que les casernes militaires des trois États ont été systématiquement détruites par des attaques revendiquées par des groupes terroristes. On peut citer des attaques des camps militaires d’Inates au Niger, d’Indelimane au Mali et de Koutougou au Burkina en 2019. En déstabilisant les armées des trois pays au Liptako-Gourma, ou la zone des trois frontières, ils l’ont transformé en un no-man’s land où trafiquants, criminels et terroristes agissent ensemble et de concert, parce que les États sahéliens sont défaillants en matière de sécurité.

Ce qui se passe au Niger peut se passer au Burkina

On peut se demander quel est l’intérêt politique pour un groupe terroriste d’assassiner des populations civiles ? Certaines sources avancent que les recrutements claniques de certains groupes terroristes peuvent expliquer ces massacres qui sont en fait des représailles contre d’autres communautés, objets de ressentiments. Certains groupes terroristes exacerbent les conflits communautaires pour faire partir du territoire le plus de population civile, pour mieux le contrôler.

Est-ce que l’on peut mettre au compte du djihad ces crimes qui tuent des musulmans ? Pourquoi frapper aveuglément des personnes innocentes ? On cherche le lien entre la politique de lutte contre des États sahéliens considérés comme ennemis à cause de leur prétendue soumission à l’Occident et le crime horrible de tuer sans raison des bergers et des marchands de ces pays, et on reste sur sa faim.
Ces attaques contre les populations civiles peuvent être analysées comme celles de bandes criminelles, de coupeurs de route, de gangs de voleurs de bétail, sans but politique que la razzia économique.

Mais la barbarie et l’horreur criminelle qui accompagnent ces actes pour créer la terreur emmènent à penser aux terroristes. De fait, des connexions et des passerelles existent entre ces hors la loi qui agissent de concert ou seuls, selon leurs intérêts, pour rendre ingouvernable des espaces des pays sahéliens. Ce qui est sûr, c’est que ces hommes qui luttent contre nos États ont gagné la « victoire des esprits » et se refusent au combat direct avec les militaires quand ils sont en faiblesse.

On peut estimer que les armées ont repris du poil de la bête, mais la bataille est loin d’être gagnée car la mission première de l’armée est de défendre l’intégrité du territoire national et sa population. Ne pas parvenir à protéger les populations est une des plus grandes défaillances de l’État. C’est ce qui emmène les populations à se déplacer vers des zones qu’elles considèrent comme sûres, moins exposées.

Nos pays sont en retard sur la connaissance des groupes et bandes armées qui écument notre espace depuis 2001. Sans un effort important pour savoir qui sont ceux qui interviennent sur les trafics de drogue, de cigarettes, de motos, de carburant dans les zones d’insécurité, on sera toujours à la traîne des groupes terroristes qui connaissent le terrain et agissent avec les autres bandits, quand ils ne sont pas eux-mêmes trafiquants et terroristes.

On ne doit pas se dire que ces dernières attaques ne concernent que le Niger, on doit chercher à savoir si les assaillants ne sont pas entrés chez nous après leurs crimes. Nous sommes dans cette crise sécuritaire parce que des gens (États, organisations, individus) ont compris nos faiblesses, car la sagesse populaire dit que « les forts ont besoin de la guerre pour prouver aux faibles qu’ils sont forts ». Il nous faut de la résilience dans tous les secteurs où nous avions des années de mauvaises performances dans ces territoires abandonnés. Nos pays ont besoin de se réarmer sur tous les plans, mentalement d’abord et occuper les espaces et les esprits laissés vacants.

Sana Guy
Lefaso.net

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