Terrorisme : La convoitise du bétail, l’autre mal !

C’est un sujet qui peut paraître marginal. Mais l’une des principales richesses du Sahel, le bétail, fait l’objet de trafic par des groupes armés terroristes, et pas seulement. Les conflits souvent faussement nommés communautaires cachent mal des convoitises. Dans un communiqué en date du 23 avril 2020 et dont nous avons eu copie, le maire de Kelbo, cette commune du Soum régulièrement en proie à des attaques terroristes et qui s’est vidée de sa population, annonce la vente aux enchères de 326 vaches, 41 taureaux et quatorze 14 moutons. Qui sont les potentiels acheteurs dans une zone inaccessible ?

En plus du terrorisme, l’autre actualité du Sahel moins médiatisée est le trafic de bétail. Dans une région par excellence d’élevage, impossible de trouver une famille qui n’a pas de ruminants. C’est une question de tradition. Mais à cause du terrorisme et des conflits communautaires, les propriétaires de troupeaux importants sont désormais en insécurité. Ceux qui ont pu fuir à temps ont laissé derrière eux les efforts de toute une vie, souvent transmis de père en fils. Ceux qui par contre n’ont pas eu cette chance ont été tués et leurs troupeaux emportés par des hommes armés. En réalité des délinquants et grands voleurs qui enfilent facilement le manteau de djihadistes.

Lors d’un atelier de réflexion sur la transhumance, le vol et l’enlèvement du bétail dans la région du Sahel du 26 au 27 septembre 2019, à Dori, le secrétaire général de la région du Sahel Inoussa Kaboré reconnaissant l’accroissement du phénomène consécutif aux attaques armées. Rien que pour la première moitié de l’année 2019, il avait été signalé plus de 12 000 bovins, plus de 3 000 petits ruminants et une cinquantaine de camelins volés ou enlevés dans les provinces de l’Oudalan et du Soum.

Nous avons eu copie d’un communiqué du maire de Kelbo, dans la province du Soum, qui donne un aperçu de ce qui se passe en silence dans cette partie du pays. « Faisant suite au communiqué n°2020-001/RSHL/PSUM/CKLB/SG du 08 avril 2020 relative à la mise en fourrière d’animaux retrouvé en divagation, Le Maire de la Commune de Kelbo voudrait par ce présent avis, porter à la connaissance du public burkinabè qu’il sera organisé une vente aux enchères publiques du bétail conformément aux dispositions dudit communiqué.

Il s’agit notamment de trois cent vingt-six (326) vaches, quarante-un (41) taureaux et quatorze (14) moutons », lit-on dans le communiqué en date du 23 avril 2020. Le même document précise que toute personne désireuse de prendre part à la vente devra faire acte de présence à la mairie de Kelbo le jeudi 30 avril 2020 à partir de 8h 00 et munie de ses documents d’identification pour toutes fins utiles.

Ce communiqué du maire de Kelbo soulève des questions. Quelle population reste-t-il sur place pour aller acheter du bétail ? N’est-il pas souhaitable, surtout quand on sait vers où les populations se sont déplacées, de mener des missions d’information pour qu’elles reviennent chercher leur bétail ?

Selon plusieurs sources, ce n’est pas la première fois que de telles ventes sont faites dans des zones à fort défis sécuritaires. Ailleurs comme à Bourzanga, Sollé, Gorgadji, Namissiguima, cela a déjà eu lieu, sous le regard lointain et impuissant des vrais propriétaires. C’est devenu presque routinier.

Pourtant les déplacés internes qui ont fui, laissant derrière eux du bétail, se manifestent pour rentrer en possession de leur bien, surtout quand ils se rendent compte que leur troupeau est en fourrière. Certains ont même couru le risque de revenir pour chercher leur bétail. Ils ont simplement été tués sur la route. Cette semaine, un propriétaire parti chercher son troupeau à Kelbo est porté disparu. Ses proches n’ont plus aucune nouvelle de lui, ses portables ne sonnent plus.

Avant le massacre de Barga en mars dernier, les terroristes avaient prévenus les grands éleveurs de la localité. La prochaine fois qu’ils viendront, ça sera pour s’accaparer du bétail, si les groupes de défense ne les devancent pas. C’est avec l’argent issu de la vente de ce bétail qu’ils s’achèteront des armes, avaient-ils laissé entendre.

A côté de l’administration locale qui joue un jeu trouble, il y a aussi les terroristes dont la principale acticité dans cette zone est le trafic de bétail. Pourquoi chasser tout un village, pour laisser le vide, alors que l’on dit prôner la charia. Cette loi s’appliquera à qui quand il n’y a personne sur place ?

Selon des sources concordantes, des centaines de milliers d’animaux transitent dans ces no man’s land quotidiennement. Du butin que les terroristes ont glané après avoir semé la mort dans les rangs des propriétaires. Il existerait des grands marchés où ils ont un contrôle total. C’est là que les animaux sont chargés pour être convoyés dans des pays de la sous-région par des voies détournées. C’est un sujet que nous tentons de creuser.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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