Terrorisme dans le Sahel : Les groupes djihadistes utilisent des armes de fabrication européenne, selon Amnesty international

L’ONG Amnesty international a mené une enquête sur les origines des armes utilisées par les groupes djihadistes dans le Sahel. La branche sahélienne du groupe État islamique ainsi que le JNIM lié à Al-Qaïda utilisent des armes de fabrication européenne et notamment serbe, peut-on lire sur les conclusions rendues publiques ce mardi 24 août 2021.

D’où viennent les armes utilisées par les groupes armés au Sahel ? C’est l’interrogation qui a poussé Amnesty international a analysé plus de 400 photos et vidéos diffusées par la branche sahélienne du groupe État islamique et par le JNIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) lié à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), mais aussi par des milices locales d’auto-défense – Dan na Ambassagou au Mali ou les VDP (Volontaires pour la défense de la patrie) au Burkina – entre janvier 2018 et mai 2021.

Selon les résultats de l’enquête, la plupart des armes que l’on peut y voir sont de vieilles Kalachnikovs datant de l’ère soviétique. Toutefois, l’ONG a également identifié douze cas dans lesquels les combattants avaient des armes plus récentes fabriquées par une entreprise serbe, Zastava.

Pour Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur le Sahel à Amnesty International, il s’agit des M70AB2, des M92 et des M05. « Ce sont des fusils mitrailleurs qui sont assez présents dans les arsenaux des groupes armés, que ce soit les groupes extrémistes violents ou bien les groupes d’auto-défense. C’est pour cela que cette entreprise a été signalée en particulier », précise-t-il.

Des milliers d’armes serbes envoyées au Burkina

L’enquête révèle qu’entre 2015 et 2020, la Serbie a indiqué dans ses rapports annuels au TCA (Traité sur le commerce des armes) avoir transféré au total 20 811 fusils et carabines, 4 000 fusils d’assaut, 600 revolvers et pistolets à chargement automatique, et 290 mitrailleuses au Burkina Faso.

Pourtant, le TCA exige des États parties qu’ils évaluent le risque de détournement des armes couvertes par le Traité ; particulièrement les armes légères et de petit calibre, qui sont faciles à cacher et à transporter. S’il existe un risque considérable que celles-ci soient détournées vers des utilisateurs finaux qui s’en serviront pour commettre ou favoriser des violations des droits humains, les exportations ne doivent pas être autorisées.

« En 2020, lorsque la Serbie a effectué son dernier transfert d’armes déclaré vers le Burkina Faso, les violences entre les groupes armés étaient déjà constatées. Si la Serbie avait mené une réelle évaluation des risques, elle aurait conclu que les ventes d’armes au Burkina Faso risquaient fort de contribuer à des violations des droits humains », a déclaré Patrick Wilcken, chercheur sur le contrôle des armes, la sécurité et les droits humains à Amnesty.

Même si les groupes armés récupèrent des munitions des militaires au cours des attaques, Amnesty n’exclut pas non plus d’autres canaux. Ousmane Diallo présente des hypothèses. « Cela peut être par le trafic d’armes et la faiblesse du contrôle des inventaires militaires au sein des pays sahéliens.

Et en même temps, une dernière hypothèse que l’on ne peut pas négliger, c’est la possibilité que certains des membres de ces Forces armées-là vendent ou bien donnent certains de ces fusils à des membres de groupes armés, en particulier des groupes d’auto-défense pro-gouvernementaux. »

Le rapport : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/08/sahel-amnesty-identifies-serbian-weapons-in-stockpiles-of-brutal-armed-groups/

Une synthèse de Cryspin Laoundiki
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment