Terrorisme au Burkina Faso : Il faut à tout prix éviter le repli identitaire !

Le Burkina Faso fait face au terrorisme. Il y a quelques années encore, c’était seulement à travers les médias que les Burkinabè entendaient parler d’actes terroristes. Aujourd’hui, le ver est dans le fruit, le loup est dans la bergerie. Chaque jour avec son lot de morts. La nation se bat comme elle peut. Mais, dans les discours, on remarque que certains tentent de protéger leur ethnie. Pourtant, il ne faut pas en arriver là.

Opposer les religions ou les communautés, c’est l’une des marques de fabrique des groupes terroristes. Sur le terrain, au Burkina Faso, des leaders religieux de différentes confessions sont tués. Des imams, des prêtres, des pasteurs et des coutumiers sont persécutés. Les auteurs de ces crimes espéraient ainsi jeter le trouble entre les différentes confessions religieuses. Cette stratégie n’a pas prospéré. Ils ont donc jeté leur dévolu sur les ethnies. Des communautés sont massacrées un peu partout. Là, les uns et les autres s’accusent mutuellement. A l’intérieur, les Forces de défense et de sécurité tentent d’enrayer cette violence.

Désormais, chacun défend aveuglement sa communauté

Des personnes semblent avoir été prises pour cible à cause de leur appartenance à une communauté ou à une ethnie bien précise. Ces agissements sont dénoncés avec véhémence par des associations de protection des droits de l’homme. Pourtant, elles sont censées voler au secours de tous. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, l’on constate que ces associations sont soutenues par les membres des communautés qui sont victimes des tueries. Des membres d’autres communautés battent en brèche ces prises de position. C’est le repli identitaire. Chacun défend aveuglement sa communauté. Cela, au détriment de l’intérêt commun.

Le terrorisme n’a pas d’ethnie, c’est une réalité

Le repli identitaire ne conduit que vers l’abime. On voit bien que chacun veut des armes pour se défendre. Cela démontre que nous sommes sur une pente très glissante. Le malheur, c’est que des intellectuels se sont laissé embarquer dans cette ivresse. Chacun pense détenir la vérité. Or, la seule chose dont on est sûr, c’est que le terrorisme n’a pas d’ethnie. Un proverbe africain rappelle d’ailleurs que ce qu’il y a chez les Samo, se retrouve aussi chez les Gourmantché. C’est pourquoi, nous sommes d’accord avec Alain Leblay quand il dit : « Aucun peuple, aucune religion, n’est exemplaire, si chacun a ses héros, il a aussi ses bourreaux ».

Chaque communauté doit se remettre en cause

Le repli identitaire n’a aucun avantage. Il conduit à la guerre civile et à des morts. Et pourquoi avoir des morts, si le dialogue peut résoudre nos incompréhensions ? Les juristes ont l’habitude de dire qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Il est donc temps que toutes les communautés se ressaisissent. La soixantaine d’ethnies qui compose le Burkina Faso doit chacune revoir son comportement. Même quand il y a des terroristes issus d’une communauté, cela ne fait pas de tous les membres de cette communauté, des terroristes. Chaque communauté a son lot de brebis galeuses. Chaque communauté doit se remettre en cause si elle veut être dans la nation, dans l’Etat-nation. Le propriétaire de chaque chien enragé, pour paraphraser Newton Ahmed Barry, doit attraper la tête de son animal pour que le vétérinaire puisse le vacciner.

Nous devons nous accepter comme des frères

Nous devons travailler à ramener la confiance d’antan. Nos différences ne doivent pas être une menace pour notre vivre-ensemble. Même au sein d’une même famille, il y a souvent des discordes. Nous devons nous accepter comme des frères. Sur ce point, notre regretté grand-père nous rappelait toujours que la fraternité, ce n’est pas le fait d’être né d’un même père ou d’une même mère ; ce sont les personnes qui s’aiment qui sont des frères. C’est l’amour que nous avons des uns pour les autres qui fait de nous des frères. Le Burkina Faso est l’un des rares pays où il y a eu moins de violences dans l’installation des différentes communautés. L’islam est entré au Burkina actuel sans qu’une seule épée ne coupe la tête de quelqu’un. Les nomades sont venus s’installer sans qu’on ne les attaque.

Dans la construction de notre Etat-nation, tout le monde compte. Alors, que chacun mette de l’eau dans son vin et revienne à la raison !

Dimitri OUEDRAOGO
Lefaso.net

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