Tabaski 2020 : Que de déceptions et des regrets chez les vendeurs de bétail

A moins d’une semaine de la célébration de la fête de l’Aïd El Kébir, couramment appelée fête de Tabaski, les vendeurs de bétail se retrouvent dans l’impossibilité d’écouler les animaux. Contrairement aux années précédentes avec les bonnes affaires et la bonne ambiance, c’est la déception et le regret qui se lient sur le visage des vendeurs de Ouagadougou. Une situation due notamment à la fermeture des frontières à cause de la survenance de la maladie à coronavirus et son lot d’inconvénients socio-économiques. Manque de la clientèle, difficultés d’écoulements des animaux, la concurrence déloyale de vendeurs occasionnels, etc. sont les principaux problèmes soulignés par les vendeurs professionnels de bétail de quelques marchés à bétail de la capitale burkinabè.

La fête de Tabaski sera célébrée le vendredi 31 juillet 2020 au Burkina Faso, selon un communiqué de la communauté musulmane au Burkina. Et à l’orée de cette célébration, c’est la déception chez les vendeurs de bétail (des moutons notamment) qui, d’habitude se frottent les mains à cette période de l’année. Et tous sont unanimes sur le manque à gagner par rapport à leurs investissements et aux gains des autres années.

Vue du marché à bétail de Tanghin

Pour eux, la véritable cause, c’est la maladie à coronavirus qui a entrainé la fermeture des frontières, empêchant ainsi la venue de clients internationaux, et les répercussions du Covid-19 sur les portefeuilles des Burkinabè mais aussi le terrorisme qui empêche la mobilité dans certaines zones d’élevage du pays. De plus, selon des vendeurs de bétail, il est difficile de déterminer le prix des animaux car il varie en fonction de la taille et de la corpulence de l’animal mais aussi et surtout du contexte socio-économique.

Au marché à bétail de Kilwin

Seydou Sawadogo est vendeur au marché à bétail de Kilwin et dit ne rien comprendre à moins d’une semaine de la célébration de la fête de Tabaski. Pour lui, il n’y a pas assez de clients comme les autres années. Une situation qui, selon lui, est due à la survenance de la pandémie du coronavirus qui a entrainé la fermeture des frontières mais aussi des attaques terroristes. « Les autres années, nous avions des acheteurs Ivoiriens, Ghanéens, et autres qui venaient se ravitailler chez nous à l’approche de la fête de Tabaski et aussi des particuliers qui achètent pour leurs amis dans les autres pays. Mais cette année ce n’est pas le cas. Pas d’achat à l’avance, pas de clients et nous sommes très inquiets », regrette-t-il.

Seydou Sawadogo, vendeur de bétail au marché à bétail de Kilwin

Seydou Sawadogo dit être prudent pour ne pas se retrouver avec des dettes, refusant ainsi d’acheter davantage dans les provinces car la prise en charge des animaux coûte chère s’il n’y a pas d’écoulement. « Souvent à l’approche de la Tabaski, nous approchons des opérateurs économiques pour emprunter de l’argent pour les achats des animaux. Mais cette année, ils refusent car disent-ils, les affaires ne marchent également pas pour eux à cause de la maladie à coronavirus », précise-t-il.

Même son de cloche chez Moussa Compaoré, vendeur de bétail depuis une dizaine d’années au marché à bétail de Kilwin et reconverti en chauffeur de taxi moto pour le transport des animaux. La casquette dressée et le regard sombre, il décrit avec amertume la galère qu’il vit au quotidien depuis la survenance du Covid-19. Il explique qu’à cause du coronavirus, du terrorisme et de la fermeture des frontières, « cette année est complètement différente des autres ». Dans les années précédentes ajoute-t-il, Ivoiriens, Ghanéens, Sénégalais, Nigériens venaient acheter ici mais cette année Il n’y a pas de clients étrangers et le pouvoir d’achat intérieur est faible à cause des conséquences du coronavirus. « L’autre gros problème, ce sont les vendeurs occasionnels qui empruntent de l’argent pour acheter et revendre et finalement se retrouvent sans clients, d’autant plus que le foin pour nourrir les animaux coûte cher ».

Moussa Compaoré, ancien vendeur de bétail et transporteur de bétail à Kilwin

Des propos confirmés par Adama Guiré, également vendeur de bétail au marché de Kilwin, qui assis au milieu de ses moutons, refuse de parler à notre micro, car dit-il, il n’y a vraiment pas de marché et son souhait est que cette situation puisse s’améliorer dans les prochains jours.

D’un marché de bétail à l’autre, ce sont les mêmes problèmes et les mêmes expressions de tristesse et de sentiment d’impuissance qui s’observent sur les visages des vendeurs de bétail. Au marché à bétail de Tanghin, c’est une ambiance morose qui nous accueille et des clients frustrés qui refusent de répondre à nos questions. La déception se lie aussi bien chez les vendeurs résidents que chez les vendeurs venus des provinces pour écouler leur bétail à l’approche de la fête de Tabaski.

Pour Adama Bikienga, vendeur de bétail depuis vingt ans au marché à bétail de Tanghin, la vente des animaux est devenue presque le travail de tout le monde. « Dans les quatre coins de Ouagadougou, vous allez voir des vendeurs de bétail, au moindre carrefour, vous verrez des vendeurs occasionnels de bétail. Et ce n’est pas normal, car cela joue sur nos chiffres d’affaires du fait que les vendeurs venus de la province ne cherchent plus à vendre dans les marchés à bétail. Il suffit de sortir juste devant sa cour et c’est un lieu de vente alors qu’ici nous payons des taxes sur chaque animal et à la fin du mois également », se plaint-il.

Adama Bikienga, vendeur de bétail au marché à bétail de Tanghin

Malgré la décision de la mairie de Ouagadougou d’interdire la vente du bétail en dehors des marchés construits à cet effet, Adama Bikienga regrette que cette mesure ne soit suivie d’aucune action de contrôle sur le terrain. « Chaque année c’est la même chose, les autorités communales prennent de mesures mais pas de suivi sur le terrain. Pour preuve, vous croiserez des vendeurs de bétail un peu partout dans la ville de Ouagadougou et ce, en dehors des marchés à bétail ». Il appelle par ailleurs, les autorités à les aider en régulant véritablement la vente du bétail car dit-il, ils payent des taxes contrairement aux vendeurs occasionnels qui empiètent sur leur business.

vue d’ensemble des vendeurs de bétail venus des provinces au marché à bétail de Tanghin

Du côté des vendeurs provinciaux, c’est également la déception et les regrets des bonnes affaires des années précédentes.

Boukari Boly a quitté Sabcé, une commune rurale située dans la province du Bam pour venir vendre ses moutons au marché à bétail de Tanghin. Mais très vite, il va se rendre à l’évidence de l’état du marché à quelques jours de la fête de Tabaski. Habitué aux bonnes affaires à cette période surtout avec les clients étrangers, Boukari Boly se retrouve avec une clientèle nationale avec des prix en deçà de ses attentes. « Nous essayons d’écouler le plus d’animaux possible pour ne pas subir de grosses pertes. Le marché est timide parce qu’il n’y pas d’acheteurs étrangers à cause de la fermeture des frontières », confie-t-il, en pleine négociation de prix avec un client.

Boukari Boly, vendeur de bétail venu de Sabcé dans la province du Bam

En attendant une éventuelle amélioration de leur situation, les vendeurs de bétail, tous unanimes dans leurs propos espèrent une fin très prochaine de la pandémie du Covid-19 et appellent les autorités burkinabè à œuvrer pour une véritable cohésion sociale et un retour effectif de la paix au Burkina Faso pour que les affaires puissent reprendre normalement.

Mamadou ZONGO (stagiaire)
Lefaso.net

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