Suspensions et coupures de salaires : Les syndicats dénoncent des répressions « sauvages »

Des centaines de salariés de la fonction publique n’ont reçu aucun kopeck à la fin de ce mois. Ce sont plus de 675 fonctionnaires qui n’ont pas eu de salaires, majoritairement ceux relevant du ministère en charge de l’éducation nationale. Ils payent là, des sanctions pour faits de grève. Mais la coalition de plus de 50 syndicats en lutte contre la baisse du pouvoir d’achat et pour la suppression de l’IUTS dénonce une répression « sauvage » qui ne respecte pas les textes en la matière. Ces informations ont été données ce 31 mars à Ouagadougou au cours d’une conférence de presse.

Mamounata Badini, en congé de maternité du 15 février au 22 mai et Nadège Yaméogo également en congé de maternité du 8 mars au 13 juin n’ont paradoxalement pas perçu de salaires à la fin de ce mois de mars. Pourtant, elles n’ont pris part à la grève générale du 16 au 20 mars 2020. C’est pareil pour certains agents actuellement dans les écoles de formations.

Au total et majoritairement au sein au du ministère en charge de l’éducation nationale, ce sont 675 agents dont les salaires ont été suspendus pour ce mois de mars, a annoncé Souleymane Badiel de la fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER). Incompréhension donc au sein de la coalition des plus de 50 syndicats en lutte contre la baisse du pouvoir d’achat et surtout contre la suppression de l’IUTS.

« Aucun syndicat n’est contre le fait qu’on le coupe parce qu’il est allé en grève. Les textes sont là et sont clairs. Tu vas en grève deux, trois jours, on doit ponctionner cela sur ton salaire. Sur ce point, nous syndicats sommes d’accord », explique Mohamed Sawadogo secrétaire général du syndicat national des agents des finances avant de fulminer. « Ce que nous refusons, c’est ce travail satanique et sauvage qui a été fait ».

Selon le secrétaire général, l’arrêté signé en 2013, portant modalités de la retenue pour fait de grève a été foulé au pied. Par exemple, quelle que soit la grève qui est menée, il y a des aspects qui ne doivent en aucun cas être touchés. Sont de ceux-là, entre autres, les allocations familiales, les indemnités de logement…

En plus, si coupure ou suspension de salaires il devrait y avoir, c’est en fin avril que cela devrait être ressenti. Cette célérité « suspecte » de la part du gouvernement est donc dénoncée par les syndicats.

« Dans la magistrature, des retenus ont été opérés. Nous avons écrit au ministère de la justice, au directeur de la solde. Personne n’est capable de nous dire sur quelle base cela a été fait(…) le caractère arbitraire est manifeste et c’est très grave que l’on en arrive à manipuler les salaires d’agents publics au gré des sentiments des dirigeants. On ne peut pas se permettre de se comporter comme des hooligans avec les droits des citoyens », a pour sa part regretté Emmanuel Ouédraogo, secrétaire générale du syndicat autonome des magistrats du Burkina (SAMAB).

La lutte continue malgré tout…

En solidarité avec les fonctionnaires qui ont subi ces suspensions et coupures de salaires, une cotisation a été initiée. Et déjà, ce sont plus de 15 millions qui ont été récoltés. Mais foi de Bassolmé Bazié, secrétaire général de la confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B), ces répressions « sauvages », n’en resteront pas là. Le mouvement syndical va répondre. « Ça ne sera pas une réponse qui va permettre à des individus qui viennent poser des actes au nom de l’Etat et qui disparaitront dans la nature parce qu’ils ne sont plus ministres, directeurs ou proviseurs », prévient-il.

« Nous ne sommes pas à l’étape de rétablissement seulement des salaires. Nous sommes au-delà. Une suspension de salaire implique des dégâts au niveau des familles. Nous sommes à l’étape des dégâts et intérêts. C’est clair. On ne donnera pas l’impression au gouvernement de larmoyer. Des responsabilités individuelles et collectives seront situées. Quel que soit le temps que cela va mettre, les responsabilités seront situées », a poursuivi Bassolma Bazié qui lui-même n’a rien perçu en ce mois de mars. Malgré ces répressions, le mouvement syndicale annonce que la lutte va se poursuive et même s’intensifier.

Les conférenciers ont en outre regretté que le message du chef de l’Etat du 24 mars 2020 n’ai pas été porteurs de mesures de décrispation sociale dans le contexte de Covid-19 comme cela été fait dans de nombreux pays.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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