Souleymane Ouédraogo, SG du Syndicat national des taximen du Burkina (SYNTAB) : « C’est vrai qu’il y a la maladie, mais la faim risque également de tuer les gens »

A Ouagadougou, les taxis ont déserté les rues depuis le 26 mars 2020. Cela, suite à une décision conjointe des ministres des transports, de l’administration territoriale et celui de la sécurité, interdisant le transport urbain et interurbain à titre onéreux de passagers ou de voyageurs par tricycle et quadricycle à moteur sur toute l’étendue du territoire. Comment les différents acteurs vivent-ils cette mesure valable jusqu’au 5 avril et qui pourrait même être prolongée, dans le cadre de la riposte contre le covid-19 ?

Alors que leurs activités tournaient déjà au ralenti avec la propagation de l’épidémie du covid-19 dans le pays, le secteur des taximen dit avoir été surpris par cette « mauvaise nouvelle ». « Vu que les activités des sociétés de transport ont été suspendues, on pensait que les taxis au moins allaient continuer à fonctionner », estime le secrétaire général du SYNTAB, Souleymane Ouédraogo. Pourtant, depuis le 26 mars, souligne-t-il : « Si les policiers prennent un taximan dans la ville avec des passagers, il risque de récupérer son véhicule à la fourrière ».

Souleymane Ouédraogo, SG du Syndicat national des taximen du Burkina

Les taximen sont donc contraints de se soumettre à cette décision qu’ils jugent eux- mêmes, « valable pour le bien de tous ». « Les sociétés de transports et les bus ont suspendu leurs activités et nous nous soumettons à cette mesure parce qu’il s’agit également de nous protéger. Vous pouvez tomber sur un client qui souffre de la maladie et dans ce cas, vous risquez de contracter le virus et de contaminer votre famille », reconnait le secrétaire général du SYNTAB.

Néanmoins, Souleymane Ouédraogo affirme que des dispositions ont été auparavant prises au niveau du syndicat pour sensibiliser les différents membres. « Nous avons appelé tous les responsables des 45 cellules de base et nous leur avons demandé de prendre des mesures de protection, en l’occurrence l’usage des masques de protection, le lavage des mains avec du gel et de sensibiliser les passagers » dit-il, soulignant néanmoins qu’il est parfois difficile de faire passer un message dans « le milieu ».

Abdou Sawadogo, secrétaire général Syndical national des conducteurs de tricycles du Burkina

« Si le taximan ne sort pas, il ne mange pas »

Si le syndicat des taximen reconnait la nécessité d’adopter des mesures pour éviter une propagation de l’épidémie, il clame cependant qu’une consultation des acteurs concernés avant cette prise de décision, aurait permis de trouver d’autres solutions. Face à cette situation, il appelle le gouvernement à accompagner les différents acteurs qui subissent les désagréments des mesures adoptés dans le cadre de la riposte contre la maladie à coronavirus.

« Si le taximan ne sort pas, il ne mange pas. On ne peut pas demander à quelqu’un qui vit au jour le jour d’arrêter subitement ses activités. C’est vrai qu’il y a la maladie, mais si certains forcent pour sortir, c’est parce qu’ils ont besoin d’argent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Il y a la maladie, mais la faim aussi risque de tuer les gens. Si vous n’avez même pas 5mille francs CFA à la maison, ça pose problème ».

D’où son appel au gouvernement à s’inspirer de l’exemple de certains pays voisins pour appuyer les acteurs du secteur informel. Puis de prévenir : « Si cette situation va durer plus deux à trois semaines, il y aura une défaillance. La population ne tiendra pas ». Et d’ajouter : « Pour l’instant, nous avons sensibilisé nos membres et ils ont accepté, mais si ça va continuer, ils n’auront rien à manger et on n’aura du mal à les maitriser. On risque d’être dans une situation de chasse à l’homme où les policiers vont poursuivre les taximen ».

Du côté du Syndical national des conducteurs de tricycles du Burkina (SYNACTB), la mesure semble moins contraignante, mais on compte sur Dieu pour sortir de cette situation le plutôt possible. « Les taxi-moto étant d’ailleurs conçus pour le transport des marchandises et non des personnes, nous avons demandé aux membres de respecter les mesures » rassure le secrétaire général du SYNACTB, Abdou Sawadogo.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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