Sortie du Ministre de la défense à propos de la France et du G5 Sahel: A quel jeu joue Chériff Moumina Sy? Quel est son agenda caché?

Le 04 juin 2019, le ministre burkinabè de la défense, Chériff Moumina Sy, accordait une interview au journal sud-africain « The Guardian ». Dans cette interview, le ministre d’Etat a réussi l’exploit de s’attaquer à trois pays en même temps. La France est accusée d’avoir un autre agenda au Sahel et de ne pas lutter franchement contre les terroristes au Burkina, l’Afrique du Sud est accusée de manquer de solidarité à l’endroit du pays des hommes intègres, et l’Algérie taxée d’avoir des généraux trafiquants de stupéfiants.

Parlant des Français, Chériff Sy dit notamment : «Ils ont peut-être 4000 hommes dans la région, ils ont toutes les ressources militaires et technologiques. Alors, je suis surpris qu’ils n’aient pas été en mesure d’éradiquer ces groupes terroristes. Nous-nous posons beaucoup de questions : s’ils le voulaient vraiment, ils auraient pu les battre. Alors, ont-ils un autre agenda ? »

Dans cette déclaration, Monsieur Sy offense en premier lieu nos forces de défense et de sécurité, puisqu’il insinue que ces dernières sont incapables de vaincre le terrorisme, et qu’il faut qu’une armée étrangère vienne faire le boulot à leur place. Et, sur ce coup, ce sankariste du bout des lèvres ne fait pas mieux que l’étudiant qui a demandé à Emmanuel Macron de réparer les climatiseurs à l’Université de Ouagadougou.

Ces propos sont tenus au moment où les forces françaises accompagnent nos soldats dans le cadre de l’opération «Doofu » au Sahel et au Centre-Nord. Si le ministre de la défense du Burkina Faso est à se demander si les Forces françaises ont un agenda caché, pourquoi acceptent-ils qu’elles se joignent à nos soldats dans cette opération ? Cette question est d’autant plus importante que se déroulent à Arbinda des massacres de populations par des individus armés non identifiés.

A notre connaissance, l’Armée française intervient sur le sol burkinabè à la demande expresse du Président du Faso.  De ce que l’on dit, le prédécesseur de Monsieur Sy et le Chef d’état-major général des armées d’alors (Général Oumarou Sadou) s’étaient violemment opposés à l’intervention de l’Armée française sur notre territoire. Et les Français auraient exigé et obtenu du Président du Faso une lettre officielle de demande d’intervention. Tout cela, M. Sy ne saurait l’ignorer.

Dans l’article en question (la version anglaise), M. Sy affirme que le statut d’ancienne puissance coloniale de la France lui fait devoir de voler au secours de notre pays. Ce raisonnement est décevant de la part d’un prétendu sankariste qui semble avoir oublié la devise de compter sur ses propres forces. Ces propos ne sont en rien différents des habituelles jérémiades entendues dans la vielle classe des dirigeants africains néocoloniaux qui passent le temps, pour moindre chose, à appeler la France au secours.

Si, comme le dit Chériff Sy, la France dispose de moyens technologiques et techniques, il doit savoir qu’elle ne les a pas acquis par la mendicité, mais par ses propres efforts. Le Mali et le Burkina Faso sont indépendants depuis 1960. Nous devrions avoir tous honte que ce soit la France qui vienne à notre secours pour défendre aujourd’hui l’intégrité de nos territoires.

Les Burkinabè ont élu un Président, Monsieur Roch Marc Christian Kaboré, qui a formé son gouvernement. Et, selon l’article 36 de la Constitution, le Président du Faso incarne et assure l’unité nationale, il est garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire.

S’il se trouve que Monsieur Kaboré et son équipe sont incapables de remplir leurs fonctions-et c’est exactement le cas-, ils devront débarrasser le plancher au plus vite et sans autre forme de procès.

Mais, il n’appartient nullement à la France de venir combattre et vaincre les terroristes à la place des autorités établies. C’est aussi une question de souveraineté, d’indépendance et de dignité.

Monsieur Sy affirme également que le G5 Sahel n’est pas du tout efficace, et dit attendre les armes promises par l’Europe qui tardent à venir. Faut-il le rappeler, le G5 Sahel est actuellement présidé par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

Le Président du Faso, Président du G5 Sahel et Chef suprême des Armées, a-t-il donné son aval à son ministre de la défense pour dénoncer le G5 Sahel ?

Qu’un ministre de la défense dise publiquement que le G5 Sahel est inutile, c’est encourager les terroristes dans leur œuvre. Surtout quand, de surcroît, il affirme que notre pays n’a rien reçu en termes d’armements dans le cadre de cette instance.

Chériff Sy ne s’est pas contenté de s’en prendre à la France. Il a aussi déversé sa bile sur des pays africains.

Monsieur Sy reproche à l’Afrique du Sud de ne pas venir en aide au Burkina Faso dans la guerre contre le terrorisme. Pour lui, l’Afrique du Sud « non seulement pourrait, mais devrait » aider le Burkina à combattre le groupes terroristes. C’est un devoir, selon lui, parce que le Burkina a soutenu le peuple sud-africain au moment de l’Apartheid.

Or, tous les pays du monde ont contribué au combat de l’ANC contre l’Apartheid. Qu’est-ce que le Burkina Faso a fait de plus que les autres ? Le Burkina a-t-il aidé plus l’ANC que les pays de la Ligne de front qui ont hébergé les combattants de l’ANC et subi les incursions de l’Armée sud-africaine sur leurs territoires ? Lorsqu’il est sorti de prison, Nelson Mandela a fait le tour des pays qui avaient aidé l’ANC pendant son combat. Il n’est pas venu au Burkina. Par contre, l’une de ses toutes premières escales dans cette tournée fut le Gabon de Omar Bongo Ondimba, « valet de l’impérialisme » comme on aime le caractériser, et grand manitou de la Françafrique. Le fait d’avoir bénéficié des soutiens verbaux de tous les pays ne constitue pas une obligation pour l’Afrique du Sud postapartheid de voler au secours de chaque pays en difficulté.

Plus loin, le ministre d’Etat burkinabè accuse les généraux algériens d’être complices de divers trafics de stupéfiants au Sahel, et il affirme que ces trafics sont la véritable raison du terrorisme dans la zone.

Ces propos de notre ministre de la Défense suscitent des interrogations. Ils sont d’abord en pleine contradiction avec les orientations du Chef suprême des Armées. Dans toutes ses interventions et dans tous ses gestes, ce dernier privilégie la coopération internationale. On l’a encore vu récemment lors de son séjour à Ryad. Cette démarche est celle du réalisme. Les propos tenus par le ministre de la Défense sont en contradiction flagrante avec cette démarche et cette vision. Ensuite, ils sont susceptibles de créer une crise diplomatique, notamment avec la France et l’Algérie que M. Sy égratigne au passage lorsqu’il accuse ses généraux d’être mêlés aux trafics qui se déroulent au Sahel. Le plus grave c’est que Chériff Sy est suffisamment averti pour ignorer cela. A quel jeu joue-t-il donc ? Quel est son agenda caché à lui ?

Ce n’est pas en pleine guerre, au moment où une diplomatie discrète et efficace devrait engranger soutiens et alliances, qu’un homme de son rang (premier militaire du pays), va se laisser aller à de tels délires.

Enfin, c’est autour de cette interview à l’extérieur du pays que Chériff Sy fait une grosse révélation : « Human Rights Watch et d’autres ont porté ces accusations (de violations de droits humains). Même si elles étaient exagérées, nous avons quand même mené l’enquête, nous avons arrêté des soldats. Ils ont agi d’une manière non conforme aux principes de l’armée et ont donc été punis. »

Au Burkina Faso, cette information n’avait jamais été donnée. Combien sont-ils, les soldats qui ont été arrêtés pour violation de droits humains et exécutions sommaires? Quelle a été la sanction ? Qui a donné l’ordre à ces soldats ? Autant de questions qui taraudent l’esprit de bon nombre de Burkinabè.

Au détour de cet entretien qu’il a accordé au journal sud-africain, Chériff Sy a fait deux affirmations qui, en plus d’être inexactes, peuvent susciter des interrogations : Premièrement, lorsqu’il affirme que son père était un membre du cercle restreint de Thomas Sankara, il s’agit d’un mensonge visant à construire une légende autour de sa personne. Deuxièmement, lorsque M. Sy dit qu’il a occupé la fonction de Président du Faso pendant six jours, c’est une manière prétentieuse de s’élever au rang du Président Kaboré.

En clair, à travers cette interview truffée de bourdes et d’erreurs politiques graves (sciemment faites ?), Chériff Sy se disqualifie pour continuer à gérer la Grande muette, par ces temps de guerre.

netafrique.net

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One Thought to “Sortie du Ministre de la défense à propos de la France et du G5 Sahel: A quel jeu joue Chériff Moumina Sy? Quel est son agenda caché?”

  1. DABIRE E. Norbert

    C’est incroyable et inacceptable ! A la lecture de cet article et de l’affaire du déclassement de 16 hect. de la forêt dite de Kua, force est de se rendre à l’évidence que le président KABORE, par sa manière de conduire le pays qui lui a été confié par le suffrage populaire, a fait de son gouvernement une cour du légendaire roi Pétaud où chacun agit à sa guise. Où va-t-il nous mener ?

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