Sociétés minières : « Les travailleurs burkinabè souffrent le martyre », dénonce une coalition d’OSC

Dans la matinée du mercredi 10 juillet 2019, un consortium d’organisations de la société civile a tenu une conférence de presse, à Ouagadougou. Le consortium regroupe le Conseil d’information et de suivi des actions du gouvernement, l’Association kogle-zanga, l’Association mobilisation emploi et la solidarité au Burkina Faso, l’Association pour l’émergence locale, l’Association pour les arts, la culture et le développement au Burkina Faso. Les conférenciers ont voulu ce face-à-face avec les journalistes pour donner leur opinion sur l’affaire de fraude présumée de charbon fin et la gouvernance minière en général.

Pour le président de la coalition, Issiaka Ouédraogo, qui a animé la conférence de presse, le Burkina Faso a fait son entrée officielle dans le cercle des pays producteurs d’or, il y a plus d’une décennie. « Porteur d’espoir de développement économique et social à ses débuts, le métal jaune s’est rapidement affirmé comme un bon filon qui n’a pas failli à sa réputation. Il est même devenu l’un des principaux produits d’exportation au Burkina Faso », a souligné Issiaka Ouédraogo. Selon les derniers chiffres donnés par les autorités, la production d’or en 2018 est en hausse d’au moins 15%. Cela préfigure une élévation progressive du cours de l’or sur les moyen et long termes.

Paradoxalement, l’exploitation de l’or, sensée unir les Burkinabè, est devenue un sujet de controverses et de discorde. À titre illustratif, M. Ouédraogo a cité l’affaire de fraude présumée sur du charbon fin qu’une société de la place aurait tenté de soustraire illégalement au contrôle, en début d’année. Face aux révélations des uns et au démenti des autres, la coalition exige une contre-expertise afin d’apporter la lumière sur la question.

En guise de cheminement, préconise-t-il, « la commission d’enquête doit se baser sur les recherches, enquêtes, investigations et rapports déjà établis sur le sujet. Ses conclusions devront s’imposer à tous et les éventuels mis en cause, qui devront en tirer les conséquences. »

« On doit tout faire pour protéger les nationaux sur les sites miniers »

Évoquant les plaintes des populations qui vivent dans les zones concernées par l’exploitation de l’or, mais également celles des travailleurs nationaux des différentes sociétés minières, le conférencier a révélé que « ces derniers souffrent le martyre, avec des méthodes qui ne laissent aucun doute quant à une discrimination réelle et effective basée sur des conditions subjectives de traitement salariales, fondées sur le sexe, la couleur de peau, la nationalité ». Avant de dénoncer le laxisme des moyens de contrôle mis en place par l’État. Pour la coalition, il y a de toute évidence une spoliation des intérêts du pays, comparativement à ce qui se passe dans d’autres pays africains où les intérêts nationaux sont mieux protégés.

« Nous mettons en cause la relecture du code minier »

Mais ce n’est pas tout. La relecture du code minier, qui était censée apporter un rééquilibrage, doit faire face à l’hostilité des sociétés minières dont certaines font du chantage sur le pays en menaçant de limiter leurs investissements, ajoute M. Ouédraogo, qui rappelle par la même occasion que le sous-sol du Burkina appartient au Burkina Faso.

Il s’agit, selon lui, « d’une question de souveraineté nationale, de sécurité nationale et stratégique, que les autorités doivent avoir le courage de défendre. Cela, pour éviter d’hypothéquer à jamais l’avenir de millions de Burkinabè sur l’autel des investissements privés. Ceux-ci sont certes utiles et importants, mais ils doivent se faire dans un cadre respectueux de notre souveraineté et du bien-être de nos populations. »

Dans cette perspective, le partage des revenus tirés de l’exploitation du sous-sol national doit, à l’en croire, se faire dans l’équité et dans la transparence.

Les membres de la coalition demandent aux autorités burkinabè d’accroître les capacités opérationnelles de contrôle et de surveillance qui, selon eux, sont très dérisoires, comparées à l’ampleur de la tâche à accomplir sur le terrain par les agents.

Ils recommandent également que les mécanismes de contrôle soient revus, corrigés et actualisés pour être pertinents et en phase avec la gestion moderne attendue d’un secteur comme celui du sous-sol. Enfin, ils appellent les pays d’où sont issus certaines de ces sociétés minières à prendre des mesures qui s’imposent afin de ne pas rester complices d’éventuelles dérives dont elles porteraient la responsabilité devant l’histoire.
Lefaso.net

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