Société minière Houndé Gold Operation : Le salaire du personnel baissé de 47%, des heures supplémentaires impayées

La société Endeavour Mining a réduit le salaire de son personnel à hauteur de 47%, à compter du mois d’octobre 2019. Après moult tractations, la société n’a toujours pas trouvé de terrain d’entente avec les délégués du personnel et les délégués syndicaux.

La société Endeavour Mining, une propriété de Houndé Gold Operation (HGO), et ses agents ne parlent plus le même langage depuis septembre 2019. En effet, tout a commencé par l’annonce de la réduction des salaires à hauteur de 47% et la suppression des heures supplémentaires. Aussitôt, les négociations ont commencé.

Le secrétaire général de l’entreprise a convié les délégués syndicaux à une rencontre qui était censée déboucher sur la signature d’un accord d’engagement. Il se trouve qu’à la fin de cette rencontre, deux délégués du personnel se sont infiltrés dans les négociations. Et avant d’entamer les négociations, les délégués syndicaux négociateurs et les deux délégués du personnel ont signé une clause de confidentialité pour éviter de divulguer des informations secrètes, telles que la grille salariale des sites que le groupe Endeavour exploite.

Après une dizaine de jours de négociations, les délégués du personnel ont convoqué une Assemblée générale (AG), le 4 septembre 2019, pour rendre compte de leur mission. Ce jour, ils ont fait savoir à la base qu’ils n’ont pas signé l’accord d’engagement mais plutôt un accord de principe, au regard de la situation. Pourtant, dans la soirée, au cours de cette AG, il est revenu au personnel que la délégation a signé un accord d’engagement (protocole d’accord). Selon un agent qui a requis l’anonymat, le personnel ignore le contenu de l’accord, mais « ce qu’on sait, c’est que les heures supplémentaires sont oubliées dans cet accord ».

Cette nouvelle a divisé le personnel. Nombreux se sont sentis trahis par l’acte de leurs représentants. Le lendemain, les employés découvrent une copie d’une correspondance adressée au directeur régional du travail et de la protection sociale des Hauts-Bassins (Bobo-Dioulasso) avec objet : « Transmission de notre protocole d’accord/ avec délégués du personnel ». Par la présente, la direction des ressources humaines de Endeavour Mining indique que « les parties ont convenu librement de la date du 1er septembre 2019 comme date de prise d’effet du protocole ».

Des prêts bancaires, l’inquiétude

Ce qu’il faut retenir de cette situation : « Le motif réel du changement de la masse salariale, ce sont les heures supplémentaires. On travaille pendant 12 heures après les 8 heures. Donc les 4 heures sont considérées comme heures supplémentaires. Maintenant, ils veulent qu’on fasse 12 heures payées à 8h uniquement », nous confie un agent de la mine.

Selon ce dernier, « le climat social à Endeavour Mining est en train de se détériorer ces derniers temps. La société annonce aux employés verbalement, sans un document officiel, qu’elle a des difficultés financières ». Pourtant, les agents de la société Endeavour Mining remettent en cause les difficultés financières évoquées. Pour eux, lorsqu’on travaille dans une société, on n’a pas besoin de crier haut et fort qu’il y a une crise financière. « La production, on voit ce que ça donne », clame u autre employé, avant de suggérer : « Si réellement ces difficultés doivent impacter nos salaires, il n’y a pas de souci ; mais il faut des mesures palliatives ».

Si le personnel de Endeavour Mining est contre les nouvelles mesures, c’est en partie à cause des prêts contractés avec les banques. « Beaucoup d’entre nous, je peux dire 99 ou 100%, sont sous prêt alors qu’à la fin de ce mois, on va avoir 47% de réduction de notre salaire », nous a confié cet employé.

Ainsi, toute l’inquiétude réside dans la capacité de solder ces prêts bancaires.

Tentative d’intimidation ?

Après une série de négociations sans issue, l’Inspection du travail a fait le constat ; un procès-verbal de non conciliation est conclu. Les parties prenantes attendent la délivrance dudit document afin d’aller devant le tribunal d’arbitrage.

Depuis un certain temps, les opposants à cet accord disent être victimes d’intimidations de la direction. « L’administration a appelé les gens individuellement pour les menacer. Elle passe par la hiérarchie. On a des preuves palpables », relate un travailleur. A titre illustratif, il a montré la photo d’une convocation d’un de leur collègue adressée par la gendarmerie de Houndé.

Le jeudi 28 novembre 2019, les délégués syndicaux et le corps administratif de l’entreprise sont attendus à l’Inspection du travail de Bobo-Dioulasso pour une autre tentative de conciliation. Si un accord de non conciliation est signé, c’est le tribunal d’arbitrage qui va les départager. En plus des heures supplémentaires impayées et de la réduction du salaire, les délégués syndicaux dénoncent les jours fériés et les 30 minutes de réunion matinale qui ne sont pas payés.

Nos tentatives de joindre la direction générale sont restées vaines. Deux numéros de téléphone fixe étaient indisponibles, deux autres contacts nous ont fait savoir qu’ils étaient en congés au moment des faits ; ils disent ne pas être au courant de cette histoire.

Affaire à suivre…
Lefaso.net

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