Sit-in avorté de soutien à la Justice : « L’argument avancé par la mairie est une mesure liberticide » , déplorent les initiateurs

En lieu et place d’un sit-in de soutien et d’encouragement de la justice, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés et ses partenaires initiateurs du sit-in (MBDHP, le Balai citoyen et l’ODJ) ont rencontré les journalistes, le vendredi 10 janvier 2020, à Ouagadougou, en présence du président d’honneur du collectif, Hassane Barry. Cette rencontre, deuxième du genre en l’espace d’une semaine en ce début d’année, visait trois objectifs spécifiques : expliquer la démarche adoptée, revenir sur les motifs présentés par la mairie de Ouagadougou pour leur refuser le droit à une manifestation pacifique et dénoncer cette violation de la liberté des citoyens.

Le 5 janvier dernier, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés et ses partenaires initiateurs du sit-in (CISC) ont, au cours d’une conférence de presse, présenté leur programme d’activités commémoratives du plus grand massacre ethnique qu’a connu notre pays. Dans le programme déroulé, on note la tenue d’un sit-in de soutien et d’encouragement de la justice prévue le 10 janvier 2020 devant le palais de Justice de Ouagadougou. Si l’annonce de cette manifestation est appréciée à sa juste valeur par le ministre d’Etat, le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou, cela n’est pas le cas de la mairie de Ouagadougou qui a refusé la tenue de l’activité à la dernière minute.

« Le lundi 6 janvier 2020, nous avons introduit une demande d’autorisation auprès de la mairie de Ouagadougou, soit quatre jours avant la manifestation (le délai requis étant de trois jours). Attendant vainement la réponse, nous sommes allés aux nouvelles, dans la matinée du 9 janvier, la réponse de la mairie n’était toujours pas disponible. C’est vers 15h 10 mn que nous avons reçu un appel nous invitant à venir chercher notre correspondance, soit quelques minutes avant la fermeture des bureaux », a expliqué le secrétaire exécutif du CISC, Dr Daouda Diallo.

Et pour cause, « le sit-in engendrerait un mauvais fonctionnement de cette institution indépendante (le palais de Justice) ». Les organisations initiatrices de la manifestation se sont interrogées sur les intentions réelles de la mairie à travers ce refus de cette manifestation pacifique.

« Nous avons assisté et assistons régulièrement à des manifestations de soutien à des institutions républicaines dans notre pays. Mais, pourquoi ne peut-on pas organiser une manifestation pour soutenir la justice ? La mairie de Ouagadougou ne souhaite-t-elle pas un renforcement de notre justice ? Si oui, pourquoi ? Pourquoi la justice n’y trouve pas d’inconvénients et c’est la mairie qui y trouve un problème à la tenue d’une telle manifestation ? Pourquoi la même mairie a autorisé le 22 juin dernier un sit-in devant le même palais ? L’argument avancé par la mairie est une mesure liberticide. ». Pour eux, ce refus de la mairie est « une mesure arbitraire ».

En tous les cas, cela n’ébranle aucunement le CISC et ses partenaires. Ne dit-on pas que l’adversité solidifie les luttes justes ? Ils promettent utiliser toutes les voies légales et républicaines pour faire valoir leurs droits conquis suite à de longues années de lutte. Dans cet élan, ils recommandent à l’ensemble de leurs militants de rester calmes et mobilisés pour des actions fortes dans les prochains jours. Car, « la justice ne saurait être sacrifiée sur l’autel d’intérêts politiciens ».

En réponse à une question relative aux activités en cours, Dr Diallo a insisté sur le séminaire journalistique. « Nous allons inviter les hommes de médias et les structures de droits humains pour les sensibiliser sur cette question sensible d’ethnie en partageant avec eux certaines données pour qu’ils puissent s’approprier de la question. Il n’est pas question de dire que c’est quand les peuls sont touchés que le CISC doit intervenir. Il n’est pas aussi question de dire que c’est parce que ce sont les peuls qui sont touchés, il faut se taire ».

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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