Silvère Salga, chercheur-écrivain, sur la lutte contre le terrorisme : « Avec mon plan OBAR, on peut inverser la tendance en six mois »

Silvère Salga est un jeune chercheur-écrivain burkinabè. Il a à son actif des propositions de systèmes pour répondre à des problèmes que le Burkina Faso rencontre. En 2019, il a mis au point le Plan « OBAR » dont l’objectif est de lutter contre le terrorisme. Dans cette interview réalisée aux lendemains des attaques de Solhan qui ont fait officiellement 132 morts, il présente son plan. Mieux, il affirme que s’il est mis en œuvre sur le terrain, le Burkina pourra inverser la tendance en sa faveur dans six mois.

Lefaso.net : Vous avez mis au point le Plan « OBAR » qui doit permettre de lutter contre l’insécurité au Burkina Faso. Pouvez-vous nous présenter cette innovation ?

Silvère Salga : Je voudrais d’abord m’incliner devant la mémoire des victimes de l’attaque de Solhan et de toutes les victimes des attaques antérieures. J’ai effectivement conçu en 2019 le plan « OBAR » qui est un système de codage mathématique. L’objectif de cette recherche pour moi était d’étudier les raisons du terrorisme et les moyens de lutte contre ce fléau que nous voyions à la télévision et qui est maintenant une réalité pour le Burkina Faso.

Je ne suis pas un stratège militaire mais je suis convaincu qu’à guerre nouvelle, méthodes nouvelles. On ne peut pas continuer à faire la guerre classique. Les recherches m’ont amené à m’intéresser aux stratégies de ces groupes armés terroristes au plan international, les motivations des attaques au Burkina Faso, les modes opératoires, la progression de ces groupes sur notre territoire et dans la sous-région et comment prévenir ces attaques. Il faut que je précise que je ne pourrai pas aller dans les détails parce qu’une stratégie déjà dévoilée n’en est plus une.

Lorsque j’ai conçu la stratégie, j’ai eu l’occasion d’en parler au chef de l’Etat. Il en était convaincu, je le remercie pour cela, mais pour des raisons que j’ignore, je n’ai pas été impliqué dans ce qui se passe.

En quoi le plan « OBAR » peut contribuer à lutter efficacement contre le terrorisme ?

Le Plan « OBAR » est un système qui nous permettra de maitriser les déplacements dans le temps et dans l’espace des ennemis. Il va permettre de lutter contre le terrorisme en l’attaquant à la base notamment leurs sources d’approvisionnement en armement, le recrutement des combattants et bien d’autres. Le plan que je propose dans sa mise en œuvre organise la collaboration entre les forces sur le terrain, le recrutement et la formation des civils qui veulent participer à la défense de la patrie.

Vous dites que vous vous êtes intéressé aux motivations de ceux qui attaquent le Burkina. Alors, quelles sont les causes du terrorisme au Burkina Faso ?

C’est une question fondamentale. Il y a quelques années, nous entendions et voyions parler de cela à la télévision et dans les radios ; maintenant nous le vivons au quotidien. Qu’est-ce qui motive ces personnes qui nous attaquent ? Est-ce pour des raisons politiques ou économiques qu’ils le font ? La question reste posée. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que pour beaucoup, nous sommes incapables de combattre le terrorisme parce qu’il est international, pourtant il existe des pays en Afrique où il n’y a pas de terrorisme.

Nous sommes attaqués parce que le Burkina est au centre de l’Afrique de l’Ouest. Lorsqu’on observe leurs méthodes, on se rend compte que les terroristes s’installent toujours au cœur d’une région pour ensuite étendre leurs tentacules vers d’autres pays. Certains parlent de djihadisme mais souvent ce n’est pas la seule raison. Il peut avoir plusieurs groupes sur le terrain, est-ce que tous opèrent pour le djihadisme ? Des Burkinabè sont aujourd’hui devenus des terroristes, pourquoi le font-ils ? La misère populaire peut en être la cause. Mais qui les emploie ? A quelle mission sont-ils utilisés ? Sont-ils conscients qu’ils sont souvent manipulés ?

En attendant de trouver des réponses à toutes ces questions, je suis sûr que sans armes, ils ne sont rien et ne peuvent rien face aux civils aux mains nues qu’ils massacrent. Mais ces armes proviennent d’où ? Tant qu’on ne va pas bloquer ces sources d’approvisionnement, il sera difficile de gagner le combat. Si on bloque l’approvisionnement en armes de ces groupes terroristes, on sera tous des civils ici.

Quels sont les éléments qui participent à l’exécution du plan ?

Le Plan « OBAR » est constitué de neuf composantes construites sur des calculs mathématiques dont l’exécution demande la mise en place d’équipes pluridisciplinaires. Le président du Faso a lancé un appel à la population des zones qui subissent les attaques pour les défendre. Mais, dans ma conception, un VDP n’est pas seulement celui qui doit prendre une arme pour aller au front mais il s’agit d’un ensemble de personnes évoluant dans plusieurs domaines et pouvant participer à la lutte contre l’insécurité. Nous avons des jeunes génies dont nous pouvons mettre les compétences ensembles pour soutenir ceux qui sont au front. Le deuxième aspect du plan concerne la stratégie militaire. Le Plan OBAR a étudié la géométrie spatiale de ces mouvements terroristes. Ce qui nous permet de pouvoir prévoir certaines attaques et de les éviter.

Est-ce que ce plan couvre les zones les plus reculées du Burkina Faso ?

Bien sûr. L’ennemi utilise un système de progression que nous avons étudié et connaissons.

C’est lequel ?

Malheureusement je ne peux pas le dévoiler ici parce qu’ils sauront qu’on a découvert une partie de leur méthode et ça peut les amener à changer. Mais le plan permet de contrecarrer cette stratégie de progression.

Est-ce qu’ils utilisent la même technique à Mansila, Dablo, Liptougou, Banh ?

Il est nécessaire d’avoir une compréhension d’ensemble de leurs méthodes pour pouvoir combattre les groupes terroristes. Il faut connaitre la géométrie d’ensemble de leurs mouvements pour pouvoir les combattre. Sinon une étude au cas par cas ne nous permettra pas de maitriser la situation. Ce qui ressort de façon globale est qu’ils essaient de disperser nos forces en changeant de localités pour mener les attaques. En connaissant leur mode d’évolution, on pourra prévoir les prochaines attaques et c’est cela l’objectif de ce plan qui encourage la collaboration civilo-militaire. Comment peut-on, avec les atouts dont on dispose, réorganiser nos forces sur le terrain ? L’ennemi tente de semer la psychose en nous et il est en train d’y réussir. Il va falloir remonter moralement les populations et les éléments des FDS.

Quel est le rôle du civil dans ce plan ?

Tout le monde peut servir dans cette lutte. Personnellement j’ai déposé ma lettre pour être VDP dans la catégorie Planification stratégique. D’autres personnes peuvent faire de même. Le civil peut contribuer à la détection à distance des mouvements des groupes terroristes, par exemple par la télédétection ou par les renseignements sur le terrain et autres.

Est-ce que le fait de ne pas être militaire ne biaise pas un peu votre plan ?

Certains pensent qu’il faut être forcément militaire pour participer à la lutte, pourtant ce n’est pas vrai. L’histoire nous a démontré que les grandes guerres ont été gagnées par des gens qui n’étaient pas des militaires. Archimède, le grand scientifique, a sauvé la Grèce en son temps avec ses innovations ; Jeanne d’Arc n’était pas militaire mais elle a défendu la France lors de la Guerre de Cent ans.

J’ai officiellement écrit au Président du Faso pour lui rappeler ce plan et lui demander de me permettre de pouvoir participer à cette lutte. Je n’ai pas forcément besoin d’un poste mais je pense que c’est un devoir moral pour moi de le faire. Ceux qui ont la capacité de contribuer à barrer la route au terrorisme et ne le font pas, je pense qu’ils commettent un crime. En disant que j’ai un plan anti-terroriste, je m’expose puisqu’ils lisent aussi les médias mais je le fais par patriotisme.

Qu’est-ce que le plan « OBAR » propose de différent que la stratégie nationale actuellement mise en œuvre sur le terrain ?

Ce qui est différent c’est qu’à partir de ce plan, un courage national va renaitre. Nous avons aussi un outil scientifique que l’ennemi n’a pas. A partir de ce plan, on va mieux organiser la collaboration civilo-militaire. On demande aux populations de collaborer sans leur dire comment collaborer. A mon avis, les civils ne peuvent pas seulement se limiter aux renseignements.

Combien de temps avez-vous utilisé pour concevoir votre plan ?

J’ai commencé les études dès le début des attaques et je l’ai mis au point en 2019. On peut estimer à 3 ou 4 ans le temps de la conception de ce plan.

Combien de temps, selon vous, pour venir à bout du terrorisme avec le plan « OBAR » et que faut-il faire ?

Il suffit que le Président du Faso revoie les forces en présence, organise la lutte selon le plan « OBAR » et dans six mois la tendance va s’inverser en notre faveur. Il faut pouvoir stabiliser définitivement les différents fronts et on verra que le terrorisme sera vaincu.

Propos recueillis par BJT
Lefaso.net

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