Sécurité nationale: D’Allemagne, des burkinabè ne comprennent pas pourquoi des généraux sont nommés ambassadeurs pendant que le pays en guerre

Le 19 août 2019, notre armée nationale a été encore lâchement frappée par une attaque terroriste. C’est l’occasion pour des Burkinabè de l’Allemagne de présenter leurs condoléances les plus attristées aux familles des victimes et d’apporter leur soutien sans faille à l’armée du Burkina Faso. C’est aussi l’occasion de critiquer sans complaisance les dysfonctionnements de cette armée, avec nos yeux de profanes.

D’ici, en Allemagne, nous comprenons difficilement comment des généraux, formés pour défendre la nation, se retrouvent à diriger des ambassades alors qu ils devraient logiquement être sur le terrain des opérations à défendre leur pays. N’est-ce pas logique de laisser les diplomates diriger des ambassades et laisser nos généraux être sur le terrain à concevoir des plans de guerre pour défaire les terroristes ?

La seconde critique est aussi que nous comprenons mal comment, sur le terrain des opérations, nous ne trouvons pas de gradés, des hommes qui ont l’expérience de la guerre avec les plus jeunes recrues.

En Allemagne, même lors de leur formation, les élèves-officiers burkinabè peuvent affirmer que les généraux partagent les dures conditions du terrain avec les soldats ; alors il est difficile pour nous de concevoir que nos gradés ne veulent pas quitter leur confort des grandes villes pour être dans les camps. Nous demeurons persuadés que si un général était dans le camp de Koutougou, jamais il ne l’aurait laissé être attaqué de la sorte. Il aurait pris toutes les précautions pour éviter le carnage.

Le sentiment que nous avons est que, opposition et pouvoir au Burkina Faso sont plus préoccupés par les prochaines échéances électorales que de former un front commun contre le terrorisme. Cela est une erreur grave qui va nous conduire au précipice.

La sécurité du Burkina est plus importante que n’importe quel poste électif et tous les fils de ce pays devraient tout d’abord songer à défendre et protéger ce pays afin que nous le léguions entier à nos enfants.

Voila pourquoi nous suggérons :

  • Pour des impératifs de sécurité, de reporter toutes les élections afin que toutes les ressources et énergies soient mises à la disposition de l’armée pour lutter efficacement contre le terrorisme.
  • D’instaurer l’Etat d’urgence sur toute l’étendue du territoire national.
  • De mettre en place un gouvernement d’union nationale avec un nombre restreint de ministres, le temps de prendre des décisions fortes pour sécuriser le Faso.

Pour ne pas ouvrir à la fois un front contre les djihadistes et un autre front social, notre proposition est que le ministère du Travail dans ce gouvernement d’union revienne directement à un leader syndicaliste. Une fois au pied du mur et confronté aux réalités de la realpolitik, il saura certainement tenir le discours qu’il faut aux travailleurs pour calmer les revendications tous azimuts.

Nous exigeons que le gouvernement soit sans pitié pour tous ceux qui, en son sein, ont commis des malversations comme l’histoire du charbon fin qui défraie la chronique.
Tous ceux qui, de près ou de loin, sont mêlés à cette histoire, doivent être demis de leurs fonctions afin de permettre à la justice de faire sereinement son travail.

Enfin, c’est parce que le président a annoncé assez tôt son intention de briguer un deuxième mandat, que nous recevons des attaques redoublées de ceux qui confondent la personnalité du chef de l’Etat au Burkina Faso. Certains croient atteindre le président et son gouvernement en s’en prenant directement au Burkina Faso et à son modèle de tolérance.

Aussi, nous suggérons au président du Faso de certes rester président du Faso jusqu’à la sécurisation totale du pays, mais aussi d’annoncer qu’il ne prendra pas part aux prochaines échéances électorales à la fin du gouvernement d’union nationale.

La lutte contre l’hydre terroriste ne se gagne pas avec des discours émotifs, mais avec des actions fortes.
Le peuple burkinabè a largement prouvé sa résilience face aux difficultés qui ont jalonné son histoire tumultueuse.

Nous demeurons persuadés qu’une fois encore, nous sortirons vainqueurs de ce combat, mais pour cela, il nous faudra tous regarder dans la même direction et enterrer nos querelles intestines.
Ce sont modestement nos propositions qui, nous l’espérons, nous éviteront d’enterrer encore nos valeureux enfants.

Fait à Berlin le 21 août 2019

Source: Lefaso.net

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