Saïdou Maïga, maire de Falagountou : « L’insécurité doit nous amener à investir davantage »

Il n’y a pas que le défi sécuritaire à relever au Sahel. Il y a aussi et surtout celui de la lutte contre la pauvreté. La misère et le sentiment de délaissement sont d’ailleurs des éléments parmi tant d’autres, qui grossissent les rangs des extrémistes violents. La commune de Falagountou passe à l’offensive contre la pauvreté à travers un Plan communal de développement très ambitieux sur la période 2018-2022. 1 milliard 100 millions de F CFA pour une commune rurale. La barre est placée haut, mais le maire et son conseil municipal y croient fermement. L’édile était face à la presse le 27 juillet 2019 à Ouagadougou pour présenter le plan.

La troisième génération du Plan communal de développement de Falagountou, commune située dans la province du Séno, région du Sahel arrive dans un contexte particulier. L’insécurité qui sévit dans la région et la perte de 5 villages de la commune, suite au litige frontalier entre le Burkina Faso et la république du Niger. Cela est loin de décourager Saïdou Maïga à la tête de l’exécutif municipal. « L’insécurité doit nous amener à investir davantage. Il y a forcément un lien entre frustration, pauvreté et insécurité d’office », se convainc le maire.

« Le hasard a voulu que tous les villages perdus viennent de Falagountou. Mais ce ne sont pas des villages très peuplés. C’est entre 10 et 15% de la population de Falagountou qui devrait se retrouver du côté du Niger. Le bornage est définitif depuis décembre 2018 », explique l’ancien ministre de l’Environnement sous la transition. Mais les populations ne veulent pas en entendre parler. « Les sondages et les entretiens réalisés avec ces communautés indiquent qu’elles sont jalouses de leurs nationalités. Elles ont pratiquement exigé que nous trouvions des sites dans la commune, à lotir, pour les réinstaller », se réjouit le maire. Justement dans le plan communal de développement, cette doléance est inscrite.

Les axes d’intervention concernent tous les paliers de développement, avec un accent particulier sur les investissements sociaux : l’éducation, la santé, l’eau, l’assainissement, le désenclavement. Il est par exemple prévu l’acquisition de tracteurs en faveur des femmes de chaque village pour leur permettre de mécaniser leurs cultures traditionnelles. « On pense que la femme sahélienne, peul, sonraï, tamasheq, ne sait rien faire d’autre que du lait. Elles cultivent de l’arachide, de l’oignon, du gombo, du haricot. Avec un tracteur, elles vont augmenter les superficies déjà cultivées », note l’animateur de la conférence de presse.

Avant ce rendez-vous avec les journalistes, le PCD a fait l’objet d’une table ronde, avec pour objectif de le faire connaitre afin de susciter l’intérêt des partenaires techniques et financiers à sa mise en œuvre. Il faudra 1 milliard 100 millions de F CFA. « Les appuis annoncés ce jour et ceux à venir permettront à la commune de jouer pleinement le rôle qui est le sien dans la promotion du développement local », se félicite l’édile de Falagountou qui a ainsi souhaité que les intentions de financement se traduisent rapidement en mobilisation de ressources. La table ronde ne met pas fin au plaidoyer pour la mobilisation des ressources, et le maire d’ajouter que les prospections vont se poursuivre.

Si la municipalité de Falagountou a de grands appétits, c’est aussi parce qu’elle abrite une grande mine industrielle dans le village de Essakane. Une source non négligeable de ressources, même si le maire est souvent monté au créneau pour dénoncer certaines pratiques de la mine. « Les bagarres avec la mine, c’est quelque chose de permanent. Avant d’être maire, j’ai eu la chance la faire un stage à l’école des mines de Paris, sur le suivi des projets miniers, leurs évaluations économiques. Donc cela m’a outillé sur certains aspects du fonctionnement d’une mine. On ne pourra jamais dire que les choses sont rentrées dans l’ordre. Il y a certes des impacts positifs, mais il y a aussi des impacts négatifs. Sur ce point, ce sont des choses qu’on ne peut jamais rattraper. Pour l’exploitation de la mine de Essakane, nous avons perdu l’essentiel de nos terres cultivables. Ce sont des fosses qui y sont implantées », clame Saïdou Maïga.

Un ilot de paix dans les sables mouvants du sahel ?

Falagountou se porte plus ou moins bien. Ce n’est pas le cas d’autres communes de la région du Sahel où les populations souffrent le martyre, avec les attaques terroristes à répétition. Mais le maire refuse de présenter sa commune comme un ilot de paix. « La présence de l’exécutif municipal est importante. Il ne faut pas qu’à cause de l’insécurité, nous désertions nos communes. En ce moment qu’est-ce que les populations qui y sont deviendront ? C’est un devoir moral pour nous, élus locaux, d’être à côté de ces communautés », conseille le maire, inspecteur des eaux et forêts.

Il a ainsi saisi cette occasion avec les journalistes pour féliciter les fonctionnaires qui sont restés sur place malgré les menaces. « Malgré le contexte sécuritaire très difficile, tous ces fonctionnaires sont à pied d’œuvre nuit et jour. La rentrée passée, toutes les écoles sont restées fonctionnelles jusqu’aux vacances », indique-t-il.
Lefaso.net

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