Réouverture des classes : « Nous ne sommes pas impliqués dans les prises de décisions au niveau des autorités du ministère », révèle Hector Ardent Ouédraogo, porte-parole des structures des parents d’élèves

Le gouvernement burkinabè a annoncé la réouverture progressive des classes, à partir du 11 mai 2020 (en principe). A quelques jours du rendez-vous, l’Union nationale des parents d’élèves du post-primaire, du secondaire et supérieur du Burkina (UNAPES-B) et le Conseil national des associations des parents d’élèves du Primaire (CNAPEP) ont, ce vendredi, 8 mai 2020 à Ouagadougou, animé une conférence de presse pour se prononcer sur le sujet et, corrélativement, sur la pandémie du COVID-19 et la fronde sociale.

« Nos deux structures s’étaient retrouvées pour examiner le rapport relatif au plan de riposte pour la continuité Éducative dans le contexte du COVID-19 fait par le MENAPLN au titre des dossiers inscrits à l’ordre du jour du Conseil des ministres en date du 16 avril 2020. Notamment, la reprise des cours en présidentiel alors programmée pour le 28 avril. Nous avions exprimé nos doutes quant à la faisabilité de certaines mesures d’accompagnement recommandées. Il nous avait semblé très problématique que des établissements scolaires publics et privés puissent, dans un délai proche, être équipés en dispositifs suffisants de lave-mains, même avec le soutien de l’État », ont campé les conférenciers.

M. Ouédraogo avec à sa gauche, Adama Fayama (secrétaire général du CNAPEP) et Joachim Vokouma (chargé de communication de l’UNAPES-B)

Dans le souci de sauver l’année et d’éviter qu’elle soit déclarée blanche, l’Union nationale des parents d’élèves du post-primaire, du secondaire et supérieur du Burkina (UNAPES-B) et le Conseil national des associations des parents d’élèves du Primaire (CNAPEP) disent avoir fait des propositions au MENAPLN qui méritent d’être étudiées. C’est en cela qu’elles émettent, au pire des cas, la validation de l’année scolaire 2019-2020 à partir des évaluations des deux trimestres écoulés et la mise en place d’un système de rattrapage des programmes non achevés de l’année scolaire 2019-2020 dès le premier trimestre 2020-2021.

« Quant aux examens, ils pourront être organisés dès que la pandémie du COVID-19 aura été maîtrisée, en veillant à ce que les épreuves portent sur le programme déjà exécuté. L’autre solution étant l’annulation des examens 2019-2020, en les remplaçant par le bilan des notes de contrôles contenus des deux dernières années (CM1 et CM2, 4ème et 3ème, 1ère et Terminale) », confie Hector Ardent R. Ouédraogo, président de l’UNAPES-B, principal intervenant à la conférence.

« L’UNAPES-B et le CNAPEP ne sont pas contre la reprise des cours. Au contraire, nous l’encourageons. Mais il se pourrait que les dispositifs de prévention de la maladie ne soient pas opérationnels pour tous les établissements sur l’ensemble du pays. Dans un tel cas de figure, nous encourageons vivement les associations des parents d’élèves qui en ont les capacités de tout mettre en œuvre pour assurer la protection des enfants. Il s’agit principalement de la mise à disposition de masques, de lave-mains, de savon, de gel ou solutions hydro-alcooliques, le nettoyage des locaux pour accueillir les élèves dans les meilleures conditions », relève-t-on dans la déclaration liminaire.

L’UNAPES-B et le CNAPEP qui disent apprécier à leur juste valeur, les efforts du gouvernement, affichent donc leur disposition à fédérer les énergies pour faire face à l’épreuve du COVID-19 et protéger les apprenants et leurs encadreurs.

Quel est le degré d’implication de ces organisations dans le processus de reprise ?

C’est l’une des préoccupations soulevées par les journalistes. Sur ce point précis de la collaboration entre le ministère et les faîtières des organisations des parents d’élèves, les conférenciers ne sont pas allés du dos de la cuillère pour présenter la situation.

« Nous sommes des partenaires du système éducatif. Nous sommes un partenaire social et en principe, nous devrions avoir une position privilégiée, en tant que partenaire au niveau du système éducatif. Malheureusement, nous avons constaté, ces derniers temps, et nous nous devons de le dire franchement, que nous ne sommes pas impliqués dans les prises de décisions au niveau des autorités du MENAPLN (Ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la promotion des langues nationales) », a avoué Hector Ardent R. Ouédraogo.

Puis étaye-t-il : « Pour exemple, le 8 avril dernier, dans l’après-midi, nous avons reçu une communication du MENAPLN, nous invitant à une rencontre d’information prévue pour le lendemain 9 avril. Et, plus tard dans la soirée, nous avons reçu le mail relatif à cette invitation. Nous nous sommes rendus le lendemain, mais c’était juste pour que le MENAPLN nous donne une information relative à la prochaine rentrée, qui était prévue pour le 14 avril 2020  ».

Les structures des parents d’élèves ne conçoivent pas ainsi leur collaboration avec le ministère… « Nous ne sommes pas une structure qui accompagne seulement ; nous sommes une structure dont le rôle est vraiment de travailler étroitement avec l’autorité dans le but de faire des propositions afin de parvenir à un consensus. Et là, c’est ces derniers temps que nous avons, malheureusement, constaté cela (mise en marge dans les prises de décisions : ndlr) avec le MENAPLN et nous le disons avec beaucoup de force. Nous avons adressé deux correspondances au ministre pour lui traduire notre mécontentement par rapport à cette situation et nous avions fait des propositions par rapport à la prochaine réouverture des classes », explique M. Ouédraogo, précisant que jusqu’à ce jour, les propositions adressées au ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la promotion des langues nationales n’ont pas reçu de retour.

« Avant-hier, nous avons eu une réunion, nous avons commis un de nos collaborateurs, qui est dans cette salle ici, de demander une audience urgente auprès du Premier ministre afin que nous puissions échanger. Mais, le monsieur est parti, il a rempli la fiche d’audience, mais jusqu’à présent, nous attendons. Ça, je le dis, nous ne sommes pas contents, on l’a traduit de façon claire au ministre de l’éducation nationale », dévoile le porte-parole à la conférence, Hector Ardent R. Ouédraogo.

Pour la reprise du 11 mai 2020, poursuit-il, « on n’a pas été associé par rapport à la gestion de tout ce matériel (masque, boule de savon…). Si le ministère veut travailler seul et ne veut pas nous impliquer, notre rôle, c’est de relever cela. De toute façon, le jour où il y aurait un problème, l’UNAPES-B et le CNAPEP se seraient prononcées  ».
Qu’à cela ne tienne, pour la réouverture des classes, ces organisations entendent descendre dans les provinces pour faire passer, de façon large, l’information nécessaire par rapport aux gestes barrières pour un bon suivi-évaluation des cours.

Les conférenciers ont en outre porté le regard sur la fronde sociale, saluant au passage la décision du président du Faso qui a instruit de rétablir pour le mois d’avril, les salaires suspendus dans l’éducation nationale.

Le CNAPEP et l’UNAPES-B encouragent également le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la promotion des langues nationales à tout mettre en œuvre afin que tous les agents recouvrent leurs droits et pour ainsi contribuer à l’apaisement du climat social. « Dans le même ordre d’idée, nous souhaitons que le dialogue reste permanent entre les deux partenaires, seul moyen d’aboutir à des solutions de compromis au profit de tous », lancent les animateurs de la conférence, invitant chaque acteur à mettre du sien.

O.L
Lefaso.net

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