Région de l’Est : « Les autorités ne nous ont pas demandé de surseoir à notre manifestation », selon Emmanuel Ouoba, coordonnateur de « U Gulmu Fi »

Le samedi 24 avril 2021, la région de l’Est « s’est réveillée » pour son développement. A l’appel du mouvement « U Gulmu Fi », plusieurs ressortissants de cette région se sont mobilisés à Fada N’Gourma pour dénoncer la non-prise en compte de leurs souffrances. Dans cet entretien, le coordonnateur de « U Gulmu Fi », Emmanuel Ouoba, revient sur la marche et jette les perspectives.

Lefaso.net : Rappelez-nous la date de la création du Mouvement « U Gulmu Fi » et les principales revendications.

Emmanuel Ouoba : Après plusieurs tractations, le mouvement « U Gulmu Fi » a été porté sur les fonts baptismaux le 10 avril 2021 à travers l’assemblée générale des structures qui a adopté une feuille de route assortie de la plateforme revendicative. Cette plateforme s’articule principalement autour de quatre axes. Il faut noter que c’est une plateforme minimale qui a voulu tout simplement se limiter aux questions urgentes du moment. Il s’agit d’abord de la question sécuritaire.

A ce niveau, le mouvement demande la garantie effective de la sécurité des personnes et de leurs biens. Ensuite, le mouvement demande la prise en charge adéquate des déplacés internes au niveau de la région de l’Est, parce que c’est vrai qu’il n’y a pas un camp de déplacés internes, mais tout de même, il y a des déplacés internes dans la région, principalement dans les périphéries de Fada N’Gourma, qui vivent dans des conditions difficiles, surtout en termes de ravitaillement en eau potable, d’alimentation, d’abris et d’éducation d’enfants.

Ça fait deux ans que ces personnes sont dans ces conditions et les enfants ne vont pas à l’école. Nous demandons au gouvernement d’avoir un meilleur regard sur la situation de ces personnes afin d’y apporter la solution. Le dernier aspect de la situation sécuritaire, c’est la sécurisation des ressources pastorales et des espaces pastoraux, conformément aux législations en vigueur. Il faut le dire, parfois aussi il y a des conflits qui naissent du fait de ces ressources pastorales. Nous pensons que s’il y a une bonne politique à ce niveau, cela pourrait éviter ces tensions et amener davantage de cohésion et davantage de sécurité dans la région.

Le deuxième axe de la plateforme concerne le réseau routier. Aujourd’hui dans la région de l’Est, le réseau est quasi-inexistant parce que les voies bitumées sont en état de délabrement terminé ; il n’y a pratiquement plus de bitume. C’est ce qui nous a poussés à inscrire cette question dans la plateforme pour demander aux autorités la réhabilitation effective des voies et leur entretien courant et régulier. Et tout cela, il faut un travail de qualité.

Le troisième axe est lié à la santé. Le Centre hospitalier régional (CHR) de Fada N’Gourma, qui est quand même le centre de référence de la région, est malheureusement souffrant actuellement. Une souffrance liée à la vétusté du bâtiment, au manque d’infrastructures. Si vous partez dans la maternité du CHR, vous trouverez par moments des femmes avec leurs bébés dans le couloir ; cela n’est pas acceptable. Si vous partez à la pédiatrie, vous assisterez à la même scène, des enfants couchés sur des nattes parce qu’il y a un manque de lits. Les autorités doivent apporter un changement à ce niveau.

C’est pourquoi, le mouvement demande le démarrage effectif de la construction du nouveau CHR, qui est d’ailleurs un CHU (Centre hospitalier universitaire), car il y a longtemps qu’on nous parle de cela. Au-delà du manque d’infrastructures, le CHR souffre d’un manque de personnel. En attendant la construction du nouveau CHR, il est souhaitable que des ressources humaines soient trouvées pour que ce qui est déjà là puisse fonctionner. Le CHR souffre également de manque de matériel. A ce niveau, il y a même un problème de groupe électrogène.Celui qui existe connaît des pannes récurrentes, alors que ce groupe est censé supplier les délestages de la SONABEL, qui ne sont pas rares non plus. Le matériel médico-technique manque dans beaucoup de services du CHR. En plus de toutes ces insuffisances, il y a une situation inimaginable dans ce CHR de Fada N’Gourma. Il y a au moins deux ans de cela que des travaux d’extension ont été entrepris. Malheureusement, juste après la fondation, les travaux ont été abandonnés. Pendant la saison pluvieuse, les eaux stagnent dans les trous et deviennent des marais où pullulent à souhait les moustiques.

Le dernier axe de la plateforme revendicative, c’est l’exploitation du phosphate de Koutchari, un village de la commune Tansarga, dans la province de la Tapoa. Depuis 1978, il y a un gisement de phosphate qui est exploité dans ce village. Malheureusement, depuis tant de décennies, ce gisement n’a pas de retombées concrètes et substantielles pour les populations riveraines, puisqu’il n’y a eu aucun investissement lié à l’exploitation de ce phosphate. Voilà pourquoi le mouvement demande que des mesures soient prises.

Une marche annoncée en grande pompe qui a finalement tenu ses promesses. Quel bilan pouvez-vous dresser de cette action ?

La manifestation a tenu ses promesses si bien qu’en termes de bilan, nous avons une appréciation positive, un sentiment de satisfaction. La marche a connu une forte mobilisation ; les gens étaient venus de partout, au-delà de la région. Mieux, au-delà du pays, les gens sont venus du Bénin, du Togo, du Niger et même d’Europe pour y prendre part. Ça, c’est un premier élément de satisfaction. Ensuite, le deuxième motif, c’est le fait que la marche s’est bien déroulée, sans heurt. Avant la marche, certains nous prêtaient des intentions de violence.

Cette marche pacifique montre que la population adhère à la plateforme du mouvement. Cela montre aussi la confiance que la population accorde au mouvement.

Avez-vous eu des difficultés qui ont failli annuler la marche ? Lesquelles ?

Pas véritablement. Mais il y a eu quand même quelques perturbations dans la préparation de la manifestation. Le fait que les gens pensent que c’est une révolte, cela nous a poussés à approfondir la réflexion et à prendre davantage de précautions pour que l’activité puisse bien se dérouler. Au-delà de ces insinuations, nous avons rencontré le chef de l’Etat, aux derniers jours avant la marche. Cette rencontre a contribué à semer le doute sur le maintien de l’activité, car des rumeurs circulaient sur l’annulation de l’activité.

A quelques jours de la marche, des autorités dont le président du Faso vous ont accordé des audiences. Malgré toutes ces rencontres, la marche a eu lieu. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

En effet, il y a eu des audiences avec des autorités, en occurrence le ministre des Infrastructures, qui a effectué un déplacement à Fada N’Gourma pour nous expliquer que les travaux avaient déjà démarré. Nous l’avons simplement écouté et remercié. Dans tous les cas, ce n’était pas la première fois que le ministre Éric Bougouma se déplaçait à Fada N’Gourma pour cette question de route.

Nous avons eu aussi l’honneur de rencontrer le chef de l’Etat, qui a effectivement écouté nos doléances et reconnu leur pertinence. Maintenant, vous nous demandez qu’est-ce qui n’a pas marché pour que la marche soit maintenue. D’abord, je voudrais dire que les autorités ne nous ont pas demandé de surseoir à notre manifestation. Et dans tous les cas, au regard du timing de la rencontre avec le chef de l’Etat, il était difficile, car c’était à deux jours de la manifestation.

La question du temps et la ferveur sur le terrain ne permettaient pas d’annuler cette manifestation. Et Dieu merci, la manifestation a eu lieu. C’était une occasion d’expliquer aux manifestants ce qu’il y a eu comme éléments de réponse du chef de l’Etat.

A en croire vos communiqués, la marche du 24 avril fut un succès. Quelle est la prochaine étape, si rien n’est fait ?

Ce ne sont pas nos communiqués. Il y a eu pas moins de 5 000 manifestants à Fada N’Gourma, même les médias qui ont couvert l’événement ont reconnu unanimement le succès de la manifestation.

Qu’est-ce que nous allons faire d’ici là, si rien n’est fait ? Nous sommes optimistes, nous osons croire que quelque chose de concret et substantiel sera fait par les autorités. Actuellement, on peut parler d’un début positif en ce sens que nous avons demandé la suspension de la taxe de péage sur les routes de l’Est.

A l’heure-là, les postes de péage sont fermés. Pour la question de la santé, le président du Faso a promis que le ministre de la Santé serait à Fada N’Gourma. Finalement, il est venu et nous osons croire qu’il ne va pas tarder à nous présenter ce qu’il a comme thérapie par rapport au CHR, en attendant la construction du nouveau CHU. C’est notre espérance afin de ne pas encore marcher par rapport à ces questions. Mais si rien n’est fait, le mouvement va se réunir avec les structures membres pour apprécier la situation sur le terrain et une décision sera prise par rapport à ce qu’il conviendra de faire comme action sur le terrain.

Propos recueillis par Cryspin Laoundiki
Lefaso.net

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