Réélection de Roch Kaboré : La lutte contre corruption aura-t-elle une oreille attentive ?

Le président sortant, Roch Kaboré, a été réélu dès le premier tour du scrutin du 22 novembre 2020. Des maux à reprocher à son premier mandat figure le fléau de la corruption. Le sentier donc des Burkinabè dans le nouveau contrat des cinq années avec le président réélu, doit être le contrôle des institutions et des actions de chaque citoyen.

L’essentiel pour le développement d’une nation ne réside pas dans le contenu de son programme de développement, mais plutôt dans la façon dont il finance son économie et gère ses ressources. Est-ce sur la base de ses propres ressources qu’il finance son économie ou c’est sur des ressources empruntées ? Dans le dernier cas, l’emprunt est-il fait dans quelle condition ? Du genre à compromettre les capacités de financement ultérieur pour l’économie et partant l’avenir des futures générations ?

Pendant les cinq années passées du premier mandat du président Roch Kaboré, les Burkinabè entendaient dire qu’il y a eu plusieurs réalisations en matière d’infrastructures, qu’elles soient routières, énergétiques, numériques, etc. Plusieurs écoles ont été construites et des hôpitaux érigés en CHU. Ce sont des choses palpables, obtenues à partir d’éléments non palpables et non maîtrisables par le citoyen lambda. Sont-elles financées sur ressources propres ? Sinon, permettent-elles d’augmenter les capacités de production de l’économie de sorte à pouvoir absorber la dette ainsi créée et dégager des marges profitables à la nation ?

En 2019, le Burkina Faso a obtenu de l’extérieur plus de 900 milliards de F CFA pour le financement de son économie et plus de 800 milliards en 2018. Comment ces crédits seront-ils remboursés ? Quelles sont les contreparties qui se cachent derrières ceux-ci ? On se souvient encore des années 90 où les financements de la Banque mondiale et du FMI étaient assortis de conditions (le programme d’ajustements structurels) qui n’ont pas permis aux Nations de développer des structures économiques compétitives et de se tirer d’affaires.

Conséquence, le chômage s’est agrandi, la pauvreté s’est aggravée et les nations bénéficiaires se retrouvent non seulement incapables de rembourser leurs dettes mais avec toujours un besoin d’assistance pour continuer à financer leurs économies. Naquirent ensuite l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) pour l’allègement de la dette et la lutte contre la pauvreté. Cependant, le sous-développement et la pauvreté sont toujours omniprésents, des diplômés restent sans emploi.

Pourtant en matière de ressources, le Burkina est aussi un eldorado de matières premières, sources d’entrée de devises. L’exploitation faite de ces ressources (or, coton, bétails, etc.) profite-t-elle à l’économie nationale ? Difficile de répondre lorsqu’on sait que la corruption a gangrené la machine du développement au Burkinail y a belle lurette. Le premier mandat du président Roch Kaboré n’a pas fait le contraire. Il a aussi été entaché de faits de corruption. Mais le plus inquiétant a été l’absence de sanctions à l’encontre des contrevenants, malgré les multiples interpellations de certaines structures ainsi que les dénonciations de la presse. Quand on réalise qu’on vit sur la base de dette (aussi bien externe qu’interne) qu’il faut collectivement rembourser et que des individus, par fait de corruption accaparent ces ressources sans être sanctionnés, il faut vraiment s’inquiéter.

La corruption, première cause de la misère des populations

La mauvaise gouvernance ou mauvaise gestion (pour ainsi s’adresser à tout responsable de structure) est la mère de la corruption. Vigilance dans l’action des autorités et prudence dans les faits et gestes de tout citoyen doit en être de mise. Lorsqu’un de vos proches parents tombe malade et qu’il faut l’évacuer vers d’autres horizons à des coûts de millions alors que vous n’en possédez même pas le quart du coût, vous comprenez que le manque d’expertise nationale est très suicidaire. Mais lorsque vous allez assister impuissant à son agonie, vous réalisez que la pauvreté est démoniaque ; la vie pourrait ne plus avoir de sens pour vous. Beaucoup de démunis dans nos sociétés cherchent à s’assurer au moins deux repas par jour.

Malheureusement, le citoyen burkinabè est incapable d’établir une corrélation entre sa situation et la qualité de la gouvernance des structures du pays. Il pense toujours que la politique c’est la campagne et que la gestion de la cité n’a pas beaucoup d’incidence sur son petit commerce. Pourvu qu’il vende sans dérangement, pourvu que son salaire soit régulier. Sauf que tout ceci peut être amélioré grâce à une gestion saine des affaires publiques.

Le citoyen a un droit de regard sur l’action de son autorité et l’autorité un devoir de rendre compte. C’est la taxe payée dans l’achat du savon, de riz, des vêtements etc. c’est l’impôt régulièrement versé, c’est l’argent de l’or, que l’autorité emploie dans les dépenses qu’elle engage. Alors aucun service public ne doit encore faire l’objet de rançon.

Ce sont ces rançons, c’est-à-dire la corruption et la complicité de corruption qui maintiennent le Burkinabè dans sa condition de démuni depuis des décennies. Le soutien et la collaboration avec les structures de lutte contre la corruption telles que le REN-LAC, l’autorité supérieure de contrôle de l’Etat et de la lutte contre la corruption (ASCE-LC) et toutes les autres structures, s’avère un impératif.

Malheureusement le Burkinabè refuse de s’engager par égoïsme. Il veut être le seul qui profite d’une meilleure situation. Conséquence, le profit va à une minorité. Pour se donner bonne conscience, il n’hésite pas à dire que même les dirigeants ne sont pas exemplaires, que le poisson pourrit par la tête.
Le président de Kaboré doit alors travailler avec les Burkinabè à faire de la lutte contre la corruption un combat sans complaisance afin d’assainir les finances publiques durant ce nouveau quinquennat.

Étienne Lankoandé
Lefaso.net

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